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Grand club cherche grand entraîneur

Ça devient flagrant. Les clubs les plus prestigieux ne se fient qu’aux entraîneurs du même acabit. Un cercle très fermé où les mêmes rares noms reviennent régulièrement.

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Attractive World l’a bien compris : on peut être célibataire et exigeant, ce n’est pas incompatible. Alors quand les grands clubs se retrouvent libres sur le marché, ils ne se jettent jamais dans les bras du premier venu. Surtout pas. Non, ils préfèrent prendre leur temps et faire confiance à la liste des « grands entraîneurs » . Généralement, ils ne piochent que là-dedans et ne sont que rarement déçus. Rarement surpris, non plus, mais passons… Pour faire court, on y trouve entre autres des noms tels qu’Ancelotti, Guardiola ou encore Mourinho. La preuve ces derniers jours avec les rumeurs de transfert sur le discret mercato des entraîneurs. Les trois cités plus haut devraient respectivement tourner au Bayern, à City et à United. Tout sauf une coïncidence.

Logique économique


Pour comprendre cet élitisme, il s'agit d'abord de définir ce qu’est un « grand entraîneur. » Pour ça, il y a plusieurs écoles. D’abord l’école de l’expérience, celle qui évalue la qualité en fonction du nombre de titres. Un « grand entraîneur » a forcément des trophées en poche, dont au moins une Ligue des champions. Mais il y a aussi l’école humaniste, un peu plus romantique. Un « grand entraîneur » , c’est selon Manuel Sergio, philosophe et mentor de José Mourinho, avant tout un meneur d’hommes : « Il faut savoir communiquer, transmettre le savoir, avoir la culture et le comportement adéquat pour que les joueurs vous admirent. C'est ce qui différencie un entraîneur normal d'un "grand entraîneur". Tous les entraîneurs savent à peu près la même chose sur la tactique. 4-4-2, 4-3-3, 3-5-2, etc. Tout cela, c'est de la musique. Un entraîneur n'entraîne pas des joueurs de foot. Il entraîne des hommes. Ce qui compte, c'est l'aspect humain plus que l'aspect physique. » En fait, le « grand entraîneur » est un mélange de ces deux écoles.


Voilà pour l’offre. Place maintenant à la demande. Qui sont ces grands clubs qui changent d’entraîneur tous les trois ans ? Une institution, une équipe taillée pour la C1, qui a l’ambition de la gagner, jouant le titre dans son pays et avec une marge de manœuvre financière assez large. En gros, le Bayern, le Real, City, United et Chelsea. Le PSG est en train de demander un accès à ce club fermé, la Juve est en phase de réhabilitation et le Barça fait office d'exception. Voilà pour les deux forces de ce marché de la rencontre professionnelle. Et si on regarde la liste des derniers hommes à s'être lié avec ces clubs-là, on se rend vite compte que les mêmes noms tournent en boucle depuis quelques années. Mourinho, Ancelotti, Benítez, Heynckes, Van Gaal, Hiddink, Guardiola, Mancini et Pellegrini. À part pour les deux derniers, tous ont au moins une Ligue des champions et tous ont déjà dirigé au moins deux grands clubs. Les « grands entraîneurs » ne sont pas légion.

Partisans du moindre effort et du plaisir express


Mais pourquoi grands clubs et « grands entraîneurs » ne se fréquentent qu’entre eux ? Parce que déjà, c’est une question de facilité. Les recherches sont courtes et les résultats sont souvent bons. Seule la négociation prend du temps. Chelsea en est la preuve actuelle. Roman Abramovitch n’est pas en mesure de prendre des risques. Il revient donc à des valeurs sûres : Mourinho, l’assurance d’au moins un titre national, et Guus Hiddink, qui peut faire des merveilles en six mois. L'expérience lui a également appris que la nouveauté, avec André Villas-Boas, n'était pas toujours synonyme de bonne surprise. Bref, aujourd’hui, l’usage veut également que les entraîneurs soient de plus en plus éphémères. Hormis à Arsenal, ils ne durent plus, le prochain Ferguson n'existe certainement plus... L'entraîneur d'un seul club est passé de mode.

C'est même tout l'inverse qui se passe. La réussite express dans les différentes institutions d'Europe est bien plus cotée que la longévité. Question encore de facilité,car comme on a coutume de le dire, c’est plus facile d’accéder au sommet que d’y rester. Reproduire ce qu'a fait Sir Alex à Manchester, ou dans une moindre mesure Ancelotti au Milan, c'est beaucoup de fatigue, pour finalement peu de reconnaissance. Les grands clubs, les milliardaires demandent du résultat, vite, et non plus une relation de confiance sur le long terme. En quittant Barcelone, Guardiola avait également pointé du doigt la difficulté de cette course de fond : « Entraîner le Barça pendant quatre ans, c’est une éternité. Le temps est pesant et épuisant, j’ai besoin de repos. » Quoi qu’il en soit, les entraîneurs préfèrent gagner et puis partir une fois au sommet. Le football est toujours, quelque part, le reflet de notre société. La recherche du plaisir rapide, de la séduction et de la reconnaissance gouvernent. Et puis avec des entremetteurs comme Jorge Mendes, traders peu scrupuleux sur le marché de l'emploi, les speed dating ont de beaux jours devant eux.


Par Ugo Bocchi
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