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Gilles Constantinian : « Je pourrais faire un bouquin avec ma vie »

Gilles Constantinian a été l'un de ces attaquants phares de la D2 et du National du début des années 90. Un joueur nomade, qui aura connu une multitude de clubs et de divisions. Lorsque cette animation permanente a pris fin, c'est dans le jeu qu'il s'est d'abord réfugié et qu'il retrouvait un peu de l'adrénaline des terrains, avant de tout plaquer pour se lancer dans des projets insolites. Tour à tour publicitaire, vendeur de télévisions ou pizzaïolo ambulant à l'arrière d'une camionnette, rencontre avec un homme au CV décousu, que la routine effraie.

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Votre parcours après le football a été assez animé, mais votre carrière sportive l'a été également.
Oui, je suis né à Lyon, donc c'est là que j'ai démarré, au centre de formation de l'OL. Puis j'ai fait partie du groupe professionnel pendant deux ans, je jouais avec Rémi Garde, ou Olivier Rouyer. Puis je suis parti. Gueugnon, et après ça à Niort, avec qui j'ai joué une demi-finale de Coupe de France. J'ai ensuite joué à l'US Créteil, après quoi j'ai eu une petite période sans avoir d'équipe avant de signer à Grenoble, où j'ai terminé meilleur buteur de National. Ensuite, j'ai joué une Coupe des coupes avec Nîmes, on a passé deux tours, et j'ai fini à Besançon. J'avais 34 ans, je commençais à en avoir marre. Le corps est fatigué, mais ce n'est pas que ça. On se retrouve à jouer avec des personnes qui ont 20 ans, et avec qui on se sent en décalage.

Et pour l'après-football, vous n'aviez rien préparé ?
Quand on est dedans, on pense football, on se lève football, on se couche football, on vit football. On est dans une bulle, et quand elle s'ouvre, on n'est préparé à rien. Après ma retraite, j'ai voulu tirer un trait par rapport à ça. Être agent de joueur m'aurait peut-être intéressé, mais je voulais faire autre chose que du foot. Surtout, je me suis rendu compte qu'il ne me restait presque rien de ce que j'avais gagné. Alors dans ces cas-là, on remonte ses manches et on galère. Je pourrais faire un bouquin avec ma vie (rires) !

Vous aviez dépensé tous vos salaires ?
Dans le football, on gagne beaucoup, mais on dépense beaucoup aussi. Moi, j'aime bien les voitures, les montres. Et puis je suis joueur aussi, donc j'aimais bien aller au casino. C'est d'ailleurs au poker que j'ai perdu le plus d'argent. J'ai commencé à beaucoup jouer après ma retraite sportive. J'étais un peu en perdition. Quand on est footballeur on vit des choses très fortes. On entre dans des stades de 20, 30, 40 000 personnes. Pour vous procurer le même genre d'émotions, y a le jeu. Moi, c'était le poker. Ça a duré pendant deux ans.

Comment êtes-vous sorti de cette spirale négative ?
Je gambergeais. Je faisais des mauvaises rencontres. Je jouais au casino, mais aussi dans des parties privées où ça mise beaucoup d'argent. Puis deux de mes amis de jeu se sont suicidés à cause de ça, dont un qui s'est jeté de la fenêtre de son hôtel à Las Vegas, où il était parti pour jouer. Ça m'a fait un électrochoc. J'ai banni les cartes.

Où avez-vous rebondi ?
Une amie qui travaille dans la publicité m'a conseillé d'essayer, car elle pensait que j'en avais les qualités. Elle m'a dit « Gilles, t'as rien à perdre » , et c'était l'occasion d'entrer dans une vraie vie professionnelle. Donc j'ai vendu des encarts publicitaires dans des magazines, pour une maison d'édition. J'étais plutôt bon. La vente, y a pas besoin d'avoir 150 formations. Ou tu l'as, ou tu l'as pas.

Vous vous êtes ensuite mis à votre propre compte.
Oui. Au bout de deux ans, j'ai créé ma propre boîte. Je voulais éditer un magazine, un annuel, nommé Lyon Sports Entreprises. Il me fallait des têtes d'affiche pour rendre mon projet crédible, alors je suis allé voir Jean-Michel Aulas, ou encore Thierry Braillard qui est aujourd'hui secrétaire d'État aux Sports. Le fait d'avoir fait une carrière dans le football m'a un peu aidé à accéder à ces gens-là. Et j'organisais aussi des soirées à cette époque, pour des enseignes de luxe surtout. Là aussi mon passé était un atout. Ma société marchait plutôt bien, mais la crise de 2008 est arrivée et ça a été la rechute. J'ai tout arrêté.

Et vous êtes passé du coq à l'âne en ouvrant une pizzeria ambulante dans une camionnette ?

Pas tout de suite ! J'ai d'abord travaillé dans un magasin d'électro-ménager, que tenait un de mes amis. C'est après que mon frère m'a appelé avec ce projet de monter un camion à pizzas. Il avait quitté sa boîte après un plan social, et avec sa prime, il a décidé de se lancer là-dedans. Donc je l'ai suivi. J'arrive à m'adapter facilement aux situations, c'était festif, et parfois les gens me reconnaissaient. À un moment, j'ai même eu l'opportunité d'ouvrir ma propre camionnette, et d'avoir mon emplacement. Je l'ai fait, mais ça ne marchait pas trop, alors j'ai arrêté. Au fond, la pizza, ça n'était pas pour moi.

Retour dans la pub, donc...
Exact, je suis retourné dans la première société où j'avais travaillé, celle de mon amie, ils étaient contents de me reprendre. Aujourd'hui, je gère plusieurs revues. Dont une sur la restauration d'ailleurs, mais ça ne me fait pas de pincement au cœur particulier. C'est un outil de travail, et la pizzeria un souvenir comme un autre.

Maintenant que vous semblez plus posé que par le passé, avez-vous des projets sur le long terme ?
J'ai 50 ans, je ne fais pas encore de projets. Pour l'instant, je reste dans la publicité. J'organise aussi toujours des soirées sur Lyon. Il n'y a pas longtemps, on m'avait approché pour entraîner un club, pas loin, mais ça ne s'est pas concrétisé. Pourquoi pas. Ce serait un challenge comme un autre.

Votre nom reste associé à Grenoble, où vous avez passé trois belles saisons et où vous avez vécu une remontée. Que pensez-vous des difficultés du GF38, qui a encore raté l'ascenseur pour le National ?
Je ne sais pas, je n'ai pas trop suivi ce qu'ils faisaient.


Propos recueillis par Alexandre Doskov
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