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Gilles Cioni : « Le club aurait pu crever »

Lors de ses cinq saisons en Ligue 1, le Sporting Club de Bastia s’est toujours appuyé sur un noyau de joueurs corses. L’intellectuel de la bande, Gilles Cioni, est le seul à être resté après la rétrogradation en National 3. Le latéral droit de 33 ans porte désormais le brassard de capitaine de son club de cœur, qu’il espère faire remonter vers les sommets au plus vite. Pendant près d’une heure, il revient sur l’été cauchemardesque du peuple turchinu.

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Bonjour Gilles. Comment ça va ?
Ça va. On dira qu’on fait aller. On vient de faire trois victoires en une semaine, ça me réconforte. Je me dis qu’on va peut-être réussir à remonter dès cette année. On a deux matchs en retard. Si on gagne contre le leader, Aubagne, on est ex æquo. Puis on a un match contre Endoume.

On t’a vu très ému lors du retour à Furiani cette saison contre l’AS Casinca, en Coupe de France. Tu peux me parler de ce moment ?
Dans le couloir, je suis content et ému de retrouver ma maison. Parce que ça aurait pu disparaître. Le club aurait pu crever. Mais je me dis : « Putain, tu vas reprendre contre la Casinca ? En 5e tour de Coupe de France ? » (Il souffle) Ça fait bizarre. Je n’avais pas prévu de descendre de quatre divisions en un mois. Puis j’avance et je vois la tribune sud pleine : 7000 personnes au stade. C’était surréaliste. Là, tu as la preuve que tu joues dans le grand club populaire de la Corse. Puis en même temps, tu te dis : « Comment on a pu en arriver là ? » Il y avait beaucoup de sentiments entremêlés.


Cet été, à partir de quand as-tu compris que le Sporting allait être en réelle difficulté ?
Après Marseille, j’étais un peu abattu. Je ne pense pas avoir dormi cette nuit-là. On a ressassé la saison dans la chambre d’hôtel de Jean-Louis (Leca), avec Toto (Squillaci) et Yannick (Cahuzac). Mais je me disais que de toute façon, on repartirait au combat en Ligue 2. Ça faisait déjà quelques années qu’on vendait pour 3 ou 4 millions et qu’on passait ric-rac devant la DNCG. Pourquoi on n’y aurait pas cru ? La veille du passage de la DNCG, on vend Djiku à Caen pour 2 millions et des poussières. On pensait que c’était bon. Quand on a su que non, on a commencé à se poser pas mal de questions. Puis le couperet est tombé avec la décision du COMEX, qui nous envoyait en National 1. J’ai lu ça sur Twitter à 100 mètres du terrain, avant de me garer, alors qu’on avait un amical contre le Gazélec. Je suis arrivé et j’ai vu que certains le savaient déjà. On savait que financièrement, c’était fini, qu’on allait dégringoler. Je nous revois sur le terrain, à Biguglia, avec les autres. On était KO debout.


Les dirigeants étaient dans le coin à ce moment-là ?
Non. Je ne veux pas faire d’interview polémique, mais sur cette période-là, on ne les a pas énormément vus. On était seuls... On s’est demandé qui voulait jouer le match. Le club était condamné. Réginald Ray savait qu’il ne resterait pas. On a décidé de ne pas jouer ce match amical parce que mentalement, c’était impossible. Les dirigeants du Gazélec étaient touchés et peinés. Ils savaient que c’était peut-être la disparition d’une partie du patrimoine de la Corse. Et une partie d’eux-mêmes. Tout le monde a été, à un moment donné, supporter du Sporting.


Quand as-tu revu les dirigeants pour la première fois ?
(Il hésite) Je ne sais pas. Ça ne m’a pas marqué. Ils se sont un peu cloitrés dans les bureaux, à tenter des appels, essayer tous les recours judiciaires. À partir de là, on ne les a plus vus. Jusqu’au COMEX, Pierre-Marie (Geronimi, l’ancien président, ndlr) nous disait de ne pas nous inquiéter. Après le CNOSF, il n’y a plus rien eu. C’était délicat de voir les nouveaux repreneurs être déboutés et les anciens s’enfermer dans les bureaux. On y est allés, mais notre interlocuteur, c’était soit la secrétaire soit la comptable. On n’a plus eu de contact direct. C’était un truc de malade. Je pense qu’ils avaient espoir que le club soit repris et qu’ils le laissent en Ligue 2. Quand ça ne s’est pas fait, je pense qu’ils ont été pris de court. Après, c’était la panique générale. Tout le monde était au téléphone. Débordé. À courir à droite à gauche. Et nous, on se demandait de quoi allait être fait notre avenir.

Tu es quand même parti en vacances cet été ?
Je suis parti 10 jours en Californie avec Jean-Louis. Si on avait pu partir de Marseille, on l’aurait fait. On avait une grosse appréhension vis-à-vis du retour à Bastia. Quand tu viens de subir un traumatisme, tu n’as pas envie d’en parler le lendemain sur la place Saint-Nicolas. On avait besoin d’un temps pour digérer. On a pris nos billets pour le plus tard possible, comme ça si on devait jouer les barrages, on était tranquille. On voulait partir tout de suite. Ne plus voir personne. Les cinq ou sept jours entre Marseille et le départ, je suis resté à la maison. Je n’étais pas en état de sortir et de tenter d’expliquer aux gens. Je n’avais plus la force. On ne voulait pas aller en France parce qu’on ne voulait vraiment croiser personne qui nous parlerait de ballon. C’étaient des vacances un peu moribondes. On voulait tout couper. Être dans de grands espaces. On est partis en voiture, tous les deux. On a fait San Francisco et Los Angeles. On en a profité pour voir une finale de NBA. On a fait des kilomètres et des kilomètres de route. La route 66. On s’est vidé l’esprit. On essayait de faire un maximum de choses parce qu’à chaque temps mort, on se disait : « Putain, ce n’est pas possible. » Mais à ce moment-là, on repartait en Ligue 2. Donc on était déçus, mais prêts à repartir au combat.

Traumatisme dans le traumatisme, Yannick Cahuzac, qui avait construit toute sa carrière, peut-être toute sa vie, comme capitaine du Sporting et homme d’un seul club, est aujourd’hui remplaçant à Toulouse...
(Il souffle) Mais qu’est-ce qu’il devait faire ? Yannick et Jean-Louis sont restés au bout du bout. Pour Yannick, ça a été quelque chose d’atroce. C’est une grande fierté d’être capitaine pour moi, mais ça n’aurait pas dû se finir comme ça. J’étais censé aller au bout avec mon ami Yannick comme capitaine, comme pendant sept ans. Jusqu’à ce qu’il tire sa révérence. Quand il a eu cette offre de Toulouse, il nous demandait ce qu’on pensait. Je lui ai dit qu’il devait rebondir en Ligue 1. Il s’est posé énormément de questions. Ses enfants et sa femme ne pensaient pas partir un jour. Quand il nous a dit qu’il allait passer sa visite médicale, c’est Jean-Lou et moi qui l’avons accompagné à l’aéroport à Poretta. Pour lui dire au revoir.


Comment va-t-il ?
Ça va. Sa femme se fait à Toulouse. Les enfants rentraient tous les jours en pleurant de l’école, mais ça se passe mieux maintenant. Il reste quand même en Ligue 1. Il réalise, il s’appuie là-dessus, il se donne à fond. Il fait du Cahu. Ça me fait encore quelque chose de le voir avec un autre maillot. Depuis tous ces évènements, les seuls matchs de Ligue 1 que je regarde sont ceux de Toulouse. Je ne regardais déjà pas trop le Canal Football Club quand on était en Ligue 1, mais maintenant je ne regarde plus jamais.

Jean-Louis Leca, lui, est parti à l’AC Ajaccio.
Oui. Il aurait pu partir dans des clubs de Ligue 1. Il s’est lui aussi posé beaucoup de questions. Il a fait un choix familial en restant en Corse. S’il n’a pas le plaisir de monter avec l’ACA, j’espère qu’il trouvera un club de Ligue 1. Il le mérite largement. Je n’avais jamais vu un match de l’ACA à la télé de ma vie, mais maintenant je regarde pour le voir jouer.


Je peux te demander pourquoi tu n’y es pas allé, toi, à l’ACA ?
Nos situations sont différentes. Jean-Louis est plus jeune. Il est gardien, il peut jouer beaucoup plus longtemps. La raison principale, c’est le Sporting. À un moment donné, c’est la passion qui fait pencher la balance. Même si c’est peut-être irraisonné. J’ai 33 ans, ma femme a un bon travail sur Bastia, j’ai racheté l’entreprise d’agro-alimentaire de mon grand-père. J’avais le choix entre peut-être continuer le football au plus haut niveau pendant un ou deux ans ou préparer mon avenir. J’ai privilégié ça : rester dans mon club de cœur, le faire remonter et m’inscrire dans la durée. C’était un véritable choix de vie. Mais l’ACA a été très correct. Je les remercie de la proposition. Ils voulaient vraiment un latéral et ne m’ont pas pris pour un con. Ils étaient déçus, mais en même temps contents qu’il y ait encore des mentalités comme ça dans le football. Je leur ai dit que même s’ils montaient en Ligue 1, je ne regretterais pas mon choix. Mais je serais content qu’un club représente la Corse en Ligue 1. Même si ce n’est pas le mien.

Tu as eu d’autres propositions ?
Mon agent a dit qu’il pouvait me caser à l’étranger. Mais en Grèce, en Turquie... Des trucs comme ça. Pour autant, ne pas être payé pendant quatre mois. Je n’en ai rien à foutre. Je lui ai dit de ne même pas appeler. Si je vais là-bas, ma femme me coupe en morceaux. Je ne suis pas riche, mais je ne suis pas en difficulté financière. Je n’avais pas besoin de courir après un contrat à tout prix. Si c’est pour aller jouer dans le Nord pour toucher 3000 euros par mois, ce n’est pas la peine. Je n’ai pas besoin de cette gloire de me dire que je suis footballeur professionnel. Alors que mes enfants auraient été malheureux comme des pierres.



L’autre option, c’était de tout arrêter, comme Sébastien Squillaci. Tu l’as envisagé ?
Ah oui. Il y a une période de dix jours où il n’y avait plus d’entraînements. Plus rien. Je me disais que je pourrais aller jouer à Furiani-Agliani, là où j’ai commencé en débutants. Toto a été clair : « Si je ne continue pas avec vous, que je n’ai plus la force de continuer le ballon. Je ne continuerai nulle part ailleurs. » Il revenait des croisés, il avait fait des efforts surhumains pour être en forme, alors quand il nous est arrivé tout ça, il n’avait plus la force mentale. Il était au fond du trou. Il a pris cette décision la mort dans l’âme.

Honnêtement, vous n’aviez aucune idée de ce qui se passait en coulisses ? Vous n’aviez pas de suspicions pendant la saison ?
Non. On savait que le club n’était pas au top, mais ça passait chaque saison. Honnêtement, le chiffre de 20 millions de passif, je ne l’ai entendu qu’à partir des réunions avec les repreneurs. Avant, j’entendais des choses, mais ça me paraissait complètement fou. « 20 millions de passif en un an ? Tu me prends pour un malade ? » Certainement qu’il y a eu une mauvaise gestion. Des erreurs. Je me pose même des questions sur la DNCG. Comment peut-on creuser un trou de 20 millions en un an ? J’ai beaucoup d’interrogations moi aussi. Peut-être que c’est le cas, mais je ne veux pas croire qu’ils se sont gavés. Je n’en sais rien. Je suis très cartésien, donc il me faut des preuves.


Tu en veux aux dirigeants ?
Un petit peu, quand même. Parce que je ne pensais pas que ça pouvait exister, passer de la Ligue 1 au National 3 pour ça. Si je te disais : « non, ce n’est pas de leur faute » , je serais un fou. Oui, il y a du ressentiment. Envers les 7, les 9, les 11, je ne sais plus combien ils étaient... Oui, je leur en veux.

C’était quoi le moment le plus dur de tout cet été ?
Il n’y a pas eu un moment. C’était un cauchemar qui ne s’arrêtait jamais. Tu vois tes amis, tes frères partir. Les uns après les autres. Ton club mourir. Heureusement que ma fille est née le 31 juillet. C’était une bouffée d’oxygène. Le Sporting, c’est ma vie. Je suis né en 1984 et j’ai commencé en 1993. On ne peut pas tout le temps dire que Bastia est immortel. Que le club ne mourra jamais. Alors qu’on est passé tout près de la mort. Si on n’y fait pas attention, ce sera toujours plus dur dans une ville de 40 000 habitants d’avoir un club en Ligue 1. Même en étant passionné. Il faudra vraiment tirer les leçons de tout ce qu’il s’est passé. Mais je crois qu’il y a quand même la possibilité de faire un club pérenne en première division à Bastia.

Le Sporting aura-t-il un jour un organigramme d’anciens : Modesto directeur sportif, Cioni entraîneur...?
Pourquoi pas. Il n’y a rien de plus légitime que d’avoir les tiens à la tête d’un club. Peut-être qu’un jour, nous qui avons été tous ensemble sur le terrain, nous serons de l’autre côté du miroir. On verra dans quel rôle je serai, ça reste à déterminer. Mais il faudra être compétent. La passion, ça ne suffit pas.

Propos recueillis par Thomas Andrei
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