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Gilardino, le retour du violoniste

Grâce à un superbe début de saison, Alberto Gilardino a frappé à la porte de la Nazionale, après plus d’un an d’absence. À 30 ans, l’attaquant renaît à Bologne, club qui se fait toujours une joie de réveiller les trentenaires endormis. Et ça marche à chaque fois.

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« Je retourne en équipe nationale après plus d’un an et j’en suis très heureux. Ça me fait plaisir de retrouver le maillot azzurro, qui plus est aux côtés d’un ami et grand joueur comme Alino Diamanti. Mais je dois remercier avant tout mes coéquipiers, l’entraîneur Stefano Pioli, le staff et le club de Bologne, qui m’ont permis de bien faire sur ce début de championnat. » Alberto Gilardino est content, et c’est logique. Plus sélectionné depuis septembre 2011 (pour deux matchs de qualification au dernier Euro), l’attaquant était donné sur la pente descendante, la faute à des statistiques en chute libre depuis deux saisons. Seulement, depuis son arrivée (en prêt) à Bologne cet été, Gila revit. Cinq buts en six matchs avec les Rossoblù, et le voilà qui passe la barre des 150 réalisations en Serie A, et qui prétend de nouveau à la Nazionale. Pour ça que le joueur n’oublie pas de remercier Bologne. Mais le club a l’habitude. Dans son histoire récente, il a toujours su relancer ses attaquants trentenaires.

La renaissance d’un buteur

Alberto Gilardino est certainement le buteur le plus prolifique de sa génération. Le plus doué techniquement, sûrement pas. Car le Gila ne régale pas par d’éventuelles prouesses, retournés ou grosses frappes à l’extérieur de la surface. Non, le Gila se caractérise par son sens du placement, et un jeu de tête exquis. Un vrai renard des surfaces, qui ne vit que dans les 16 mètres. Pas pour rien qu’Inzaghi l’avait lui-même adoubé comme son successeur. Statistiquement, il faut dire que l’attaquant transalpin est costaud : avec son doublé face à Catane (4-0) la semaine passée, Gilardino a passé le cap des 150 buts en Serie A. Mais s’il réalise actuellement le meilleur début de saison de sa carrière (du moins depuis ses deux saisons folles à Parme), le buteur a pourtant connu une période de doute. Période qui s’étale de la fin de sa saison 2010/2011 avec la Fiorentina à cet été. La saison passée, Gila ne marquait ainsi que 6 petits buts en 26 rencontres, entre la Viola et le Genoa, où il a été transféré l’hiver dernier contre 8 millions d’euros. Pour beaucoup, le buteur était déjà fini à l’orée de la trentaine.

Parce qu’il s’est révélé très jeune dans le Calcio, fait rarissime pour un Italien à l’époque (il avait 21 ans à Parme en 2003), personne n’était étonné par la chute de ses statistiques. En fait, on peut avancer des éléments réalistes : sa blessure en début de saison dernière, qui le tiendra écarté des terrains pendant plus d’un mois (et le fera galérer pendant un certain temps), et la médiocrité de ses fournisseurs. A la Fiorentina version Mihajlovic et au Genoa en mode dépressif, personne n’était capable de lui servir de bons ballons. Ce qui est bien bête, pour un renard. Un argument que l’on peut traduire avec une stat, à Gênes, Gila a réalisé plus de passes décisives (7) qu’il n’a marqué de buts (4). Autant dire que ça ne lui était jamais arrivé. Du moins, cela peut expliquer son manque de réussite "statistique" au Genoa. Quelque chose d’inhabituel, encore, pour Gilardino. Car depuis son transfert au Milan AC en 2005, l’attaquant a toujours réalisé une première saison dantesque pour ses nouveaux clubs : 17 buts pour les Rossoneri en 2005/2006, 19 en faveur de la Viola en 2008/2009. A chaque fois cela dit, le buteur chutait dans ses stats les saisons suivantes (12 puis 7 à Milan, 15 puis 12 à Florence). Voilà le topo, Gilardino a besoin de renouvellement, besoin de bouger, pour retrouver le but et la confiance.

Gila après Baggio, Signori et Di Vaio


Sans doute pour cela qu’il a choisi de rejoindre Bologne cet été. Quand bien même Gila restait dans l’esprit des tifosi rossoblù comme celui qui propulsa le club en Serie B en 2005, son choix n’a rien d’hasardeux, si on se penche sur l’histoire récente d’un club qui s’est fait une spécialité de réveiller des buteurs endormis. Le premier de la liste est Roberto Baggio. Lorsque le Divin Codino débarque à Bologne en 1997, il a 30 ans, et reste sur deux saisons très moyennes au Milan AC (51 matchs, 12 buts en championnat). Il avait au préalable passé un deal avec le président de l’époque, Giuseppe Gazzoni : en venant à Bologne, Baggio avait la certitude de jouer, en plus de quoi il serait libre à la fin de la saison pour rejoindre le club de son choix. Une aubaine pour l’attaquant, qui avait un Mondial en ligne de mire. Et ce donnant-donnant se révélera des plus efficaces : le club terminera 8e de Serie A, et Baggio claquera 22 buts en 30 matchs, soit le meilleur total en carrière, avant de participer à la Coupe du monde en France et de rallier l’Inter. L’année suivante justement, un autre attaquant au profil similaire le remplaçait : Beppe Signori. Lui aussi, était en galère. A 30 ans, sa dernière saison entre la Lazio (6 matchs, 2 buts) et la Sampdoria (17 matchs, 3 buts) ne poussait pas vraiment à l’enthousiasme. Résultat ? Six saisons plus tard, Beppe a marqué 84 buts en 178 matchs toutes compétitions confondues, et son visage est encore imprimé sur tous les drapeaux, au Stadio Renato Dall’Ara.

Il en est de même avec le dernier buteur trentenaire passé dans le coin. On parle bien entendu de Marco Di Vaio. Arrivé en 2008, lui a déjà 32 ans, et surtout, est en perte de vitesse depuis au moins trois saisons (il est même passé par une pige en Serie B au Genoa pour se relancer, Ndlr). Mais encore une fois, la sauce prend direct : 24 buts en 38 matchs pour sa première année, 41 autres les trois suivantes, dans un rôle de sauveur toujours assumé. Avec Gilardino, la tendance se confirme, donc : Bologne est LE lieu pour se relancer. La faible pression autour du club, habitué à naviguer dans le ventre mou, est encore la meilleure explication à fournir. Mais comme le pointait l’ancien président Gazzoni au Corriere dello Sport : « Derrière les résultats, il y a toujours un grand entraîneur. À l’époque de Baggio, il y avait Ulivieri comme coach, Mazzarri en second et Pioli chez les jeunes. Eh bien, pour le connaître, je pense que Pioli a réalisé un travail remarquable avec Gilardino, tant sur le plan tactique que psychologique. » Pas pour rien que Gila a remercié son coach pour son retour en équipe d’Italie. Pas pour rien non plus qu’il a cité Diamanti, son pourvoyeur attitré. Le reste, c’est un environnement tranquille, qui permet aux vieux buteurs de se refaire une santé. Et dans ce cas précis, de ressortir le violon de sa boîte.

Par Alexandre Pauwels
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