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Gerrard, cap ou pas cap ?

Terry destitué, Ferdinand out, c'est donc à Steven Gerrard que revient le brassard à l'occasion d'Angleterre-Egypte mercredi, dernier rendez-vous avant la préparation de la Coupe du monde. L'heure enfin de la prise de pouvoir du capitaine de Liverpool ?

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L'anecdote remonte au 1er novembre 2001. Lors d'un sommet décisif pour obtenir le billet pour la Coupe du monde 2002, l'Angleterre concasse l'Allemagne (5-1) à Munich avec en vedette Michael Owen, auteur d'un triplé retentissant. Pourtant, à la sortie de ce carnage, Michael Ballack, encore groggy, rame à contre-courant : « Owen ? Il a bien fini le travail c'est vrai, mais c'est le jeune Steven Gerrard qui a tout fait » . Vrai. Ce soir-là au Stade Olympique, le milieu de Liverpool, âgé seulement de 21 ans, survole les débats et griffe ce match mémorable à sa façon si particulière : infranchissable derrière, patron au milieu et percutant devant (un but). Le patron de demain de l'Equipe d'Angleterre, Ballack et quelques autres désormais en sont certains. Hélas pour la sélection aux Trois Lions, annoncée comme une des grandes favorites lors du Mondial asiatique, Gerrard, dans une forme ascendante après le triplé des Reds (FA Cup, League Cup et C3), se fait opérer des adducteurs et rate ce premier rendez-vous majeur avec l'équipe nationale. Une manière de symbole en vérité. Car il faut bien le dire, jamais ou presque, le natif de Whiston n'a joué sur son immense valeur lors des joutes internationales. Un vrai mystère...

Sa polyvalence : un atout à Liverpool, un souci en sélection

C'est que Steven Gerrard aurait un drôle de problème : il sait absolument tout faire. Jacques Crevoisier, consultant chez Canal+, et ancien adjoint de Gérard Houllier à Liverpool tient les compte : « Stevie a débuté au poste de latéral droit, il a ensuite tenu les deux fonctions axiales du milieu, récupérateur et relayeur, les positions excentrées à droite chez les Reds et à gauche en sélection, ainsi que le rôle de neuf et demi derrière Torres. Six postes tenus au plus haut niveau. Car Gerrard attaque aussi bien qu'il défend, presse, récupère, oriente et marque. Des joueurs comme ça, vous en connaissez beaucoup vous ? »

A Liverpool, Rafael Benitez remercie tous les jours le ciel de posséder le Scouser dans un effectif très inégal, son but étant de le mettre dans les meilleures dispositions possibles. C'est ainsi que depuis quelques saisons, Rafa place son leader plus près de l'attaque en le déchargeant de la récupération du ballon. L'an dernier, Gerrard a même pulvérisé son record de pions en une saison : 24 en 44 matches. Chez les milieux de terrain, qui dit mieux ? Un atout dans son club chéri mais peut-être pas en équipe nationale. C'est un fait, si l'Angleterre dispose de plusieurs joueurs de classe internationale voire mondiale, elle connaît aussi sa part de maillons faibles dans son onze. Passons rapidement sur le poste de gardien de but pour rappeler qu'Albion court depuis longtemps après un six d'envergure et un milieu gauche saignant. Et qui balade-t-on au gré des besoins ? Sûrement pas Frank Lampard, précieux par son flair et sa force de frappe mais incapable d'évoluer ailleurs qu'à son poste de relayeur. Lampard-Gerrard, l'insoluble problème. Leur association dans l'axe affaiblit la récupération de l'équipe ; le décalage du Red à gauche prive le onze d'un vrai spécialiste du couloir, Gerrard ayant tendance à repiquer dans l'axe sur son pied droit. Et voilà comment le meilleur joueur anglais des années 2000 se saborde dès lors qu'il revêt les couleurs de son pays.

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Déresponsabilisé par les autres tauliers

Et puis, il y a l'aspect mental. Ou quand le point fort de Gerrard laisse place à une faiblesse... Car c'est évident, le skipper indestructible de Liverpool, guide absolu des siens et gardien du temple en toutes circonstances -même les plus désespérées-, n'est plus qu'un joueur comme un autre, sitôt franchi les grilles de Bisham Abbey, le Clairefontaine anglais. Comme si la présence d'autres leaders potentiels anesthésiait son propre leadership, dans une sorte de déresponsabilisation inconsciente. Ce que confirme Crevoisier : « Les grands joueurs ont cette faculté à se surpasser dans les moments clés car ils sentent que c'est à eux et à personne d'autre de faire la décision. Et jusqu'ici, Steven n'a jamais eu la sensation qu'on lui confiait les clés de la sélection, que c'était à lui plus que les autres que revenait cette responsabilité » . Ok mais sans vouloir rejouer le sketch de l'œuf ou la poule, on peut aussi se demander si ce n'est pas la torpeur du chouchou d'Anfield qui est à l'origine de son manque d'emprise sur ses partenaires au maillot blanc. Mais là encore, Crevoisier, indécrottable défenseur de son ancien protégé, monte au créneau pour éclaircir le cas de ce grand sensible. « Gerrard fait partie de ces rares joueurs qui ne lâchent jamais. Jamais. Les autres disent “On ne lâche rien” mais en vérité quand ça paraît sans espoir, ils lâchent tous. Sauf Steven. Mais c'est encore plus vrai à Liverpool car il puise dans le soutien sans faille des fans les ressources pour aller renverser les situations les plus invraisemblables. En sélection, la relation avec les supporters est moins intime que dans son club et Stevie n'y a pas toujours trouvé les ressorts pour se surpasser comme il peut le faire chez les Reds » . Au fond, Gerrard illustre à l'extrême ce décalage permanent depuis quarante ans (et la fin des 60's dorées) des cracks anglais entre leurs prouesses en club, le vrai cœur du football outre-manche, et en équipe nationale, le parent pauvre.

Une époque peut-être révolue et plus particulièrement pour Gerrard. Effondré par le fiasco des qualifications manquées pour le dernier Euro, l'homme aux 77 capes (16 buts) avait publiquement promis de tout faire pour remettre l'Angleterre sur le devant de la scène mondiale. Une parole en passe d'être tenue après le parcours quasi sans faute pour aller en Afrique du Sud sous la baguette de Fabio Capello et un Gerrard plus incisif (3 buts en qualifs) et désormais placé devant ses responsabilités à l'heure de récupérer le brassard enlevé à Terry et momentanément laissé par Ferdinand blessé. A bientôt 30 ans (le 30 mai prochain), Gerrard n'a plus le temps d'attendre. L'Angleterre non plus.

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