Gérard Houllier file à Aston Villa !

Hou(-llier), le Villain ! A 63 ans, Gérard Houllier quitte la DTN pour aller coacher Aston Villa. Un bail de deux ans au club de Birmingham. Sacré challenge et décision surprenante pour un des hommes forts et controversés du foot français de ces 20 dernières années...

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Une Villa Sam'Suffit ? Pas vraiment... A l'heure où la France entière manifeste pour la retraite maintenue à 60 ans, Gégé Houllier (63 balais) décide de repiquer au truc en allant entraîner un des fleurons de la Premier League, Aston Villa. Club excitant et prestigieux qui appartient au deuxième Big Four, celui des éternels outsiders : Villa, Everton, Man City et Tottenham. A ce propos, c'est pour ça que la Premier League demeure toujours le « plus grand championnat du monde » : un premier Big Four qu'on ne présente plus, et un deuxième qui anime encore plus fort une ligue riche en rebondissements et en sommets véritables : un Arsenal-Everton, c'est une super affiche. Huit clubs à suivre : quel autre championnat peut offrir autant d'intérêt ?... Back to Villa ! Gégé arrive dans un drôle de climat vu qu'il prend la succession de l'intérimaire Kevin Mac Donald, qui avait remplacé au pied levé le charismatique Martin O'Neil. Le célèbre coach irlandais avait planté les Villains juste avant la reprise du championnat pour protester, entre autres, contre les départs d'abord de Gareth Barry, puis surtout de James Milner, parti à Man City ! Une offense de trop et claquage de porte pour Martin, en poste depuis 2006 et auteur d'une honnête 6ème place l'an passé.

Cette situation complètement dingue a plongé le club dans la mouise illico : un taule 6-0 à Newcastle en début de championnat et une élimination à la con en play-off d'Europa League par le Rapid de Vienne (1-1 là-bas, et 2-3 à dom !). Depuis, les Villains se sont refait la cerise : Aston Villa est 4ème, avec 6 points, à 3 unités de Chelsea leader... Pas trop mal pour Gégé qui arrive quand un même dans un club diminué mais qui regorge de (très) bons joueurs. Pas Habib Beye, hein ! Non ! Plutôt Stilian Petrov, Nigel Reo-Coker, Ashley Young, Gabriel Agbonlahor. Et puis les vétérans John Carew, Steward Downing et Mimile Heskey ! Super challenge pour Gégé Houllier qui débarque dans un club qui n'a plus rien gagné depuis sa dernière League Cup en 1996. On ne lui demandera pas de remporter le championnat, bien sûr, mais une petite coupette ferait plaisir dans les travées de Villa Park. Et en coupes, Gégé sait y faire...


L'Angleterre, une passion... anglaise


Aston Villa, c'est l'Angleterre. Pays cher au « cœur » (attention, le jeu de mot va arriver !) de Gérard. Liverpool, bien sûr : le “Hou” avait coaché les Reds pendant 6 saisons, de 1998 à 2004. C'était l'âge d'or des managers français : Wenger (Arsenal), Tigana (Fulham) et Houllier (Liverpool), soit trois Frenchies en Premier League... Donc, l'Angleterre, pays cher au « cœur » (ça vient !) de Gégé. Because, comme Escalettes, Houllier est prof d'anglais à l'origine. Moins connu, jeune prof, Gégé était allé vivre une première expérience anglaise en étant « socio-éducateur » dans des quartiers un peu zones... de Liverpool ! L'Angleterre est donc bien sa troisième patrie, après la France et Clairefontaine. Houllier l'Anglais, c'est donc bien sûr Liverpool. Six saisons pas crades avec en point d'orgue l'année 2001 et ses 5 trophées : C3, FA Cup, League Cup, Charity Shield et Super Coupe d'Europe. Gégé insistera sur le 6ème trophée, un titre individuel : le Ballon d'Or FF décerné à Owen... Owen, qu'il contribua à monter en graine. Mais sa plus grande révélation demeure Steven Gerrard, qu'il a poussé très jeune chez les pros avec le succès futur qu'on lui connaît. Un rapport quasi filial devenu très profondément amical entre les deux hommes au fil du temps.

Son passage à Liverpool est aussi ponctué par son grave malaise cardiaque (on y est !). Le 13 octobre 2001 lors d'un match contre Leeds United, Gérard Houllier doit subir une opération à cœur ouvert et suspendre ses fonctions à Liverpool. Ayant vu la mort de près, comme Guy Roux, il n'aura plus jamais vraiment la « caisse physique » pour booster jusqu'au bout et avec force les Reds, puis l'OL (2005-2007)... Petite anecdote : pendant son séjour à l'hôpital, il recevra la visite de Sir Alex Ferguson en personne. Preuve incontestable de l'immense respect que le foot anglais lui portait, et lui porte encore. La preuve : Aston Villa l'a contacté. Son nom a même parfois circulé pour manager la sélection aux Trois Lions, mais sans suite... Gégé effectuera un retour triomphal à Anfield quelques mois plus tard, en début 2002, et les Reds achèveront le championnat à la deuxième place. Malgré une nouvelle victoire en coupe de la Ligue en 2003, à l'issue de la saison 2003-2004, son contrat n'est pas renouvelé. La direction n'a plus confiance en lui pour enfin gagner ce championnat que les Reds n'ont plus remporté depuis 1990. L'Espagnol Benitez lui succède et avec l'effectif bâti par Houllier, il gagne la fantastique C1 2006 à Istanbul contre Milan... Les boules ! Benitez, bon prince, associera le “Hou”, invité à la finale, à cette victoire... Gégé reprendra du service à Lyon, où il remporte deux championnats fastoches (2006 et 2007) avec peut-être le plus bel OL de l'histoire, malheureusement barré par le Milan AC en quart de C1 2005. Il était depuis revenu à la DTN.


Houllier, le controversé...


Encore un peu de Gérard Houllier pour finir... C'est le premier coach historique du PSG : c'est avec lui que le club parisien remporta son premier titre de Champion de France en 1986. Une gloire qui va le faire connaître dans le foot français, au point qu'il succèdera à Platini à la tête des Bleus après l'Euro raté de 1992 en Suède. Pour l'éternité, comme il le dit lui-même (toujours blessé par ce France-Bulgarie 93), il restera l'artisan majeur du désastre de l'élimination de la World Cup US 94. Kostadinov hante toujours ses nuits... Gégé commettra l'erreur de charger injustement Ginola après la défaite (2-1 au Parc), s'attirant jusqu'à aujourd'hui une antipathie chronique. Antipathie aggravée par son image de grand loser. Attention ! Pas « petit loser » de bas étage... Non, plutôt « grand » loser. Car Houllier est un bon technicien... Reste ses trois échecs majeurs dans sa carrière : l'élimination de Bleus pour le Mondial 94, l'échec à Liverpool où il avait pour mission de remporter le championnat qui le fuyait depuis 1990 (à ce titre, il fut le premier entraîneur de l'histoire des Reds à être « démissionné » ...) et enfin l'échec à l'OL, où à défaut de remporter la C1, Aulas lui avait assigné le challenge de qualifier au moins Lyon en demies de C1, objectif qu'il n'atteindra pas... Trois revers, donc. Mais comme les défis étaient quand même de taille (sauf les Bleus 93 ?)...

Mais c'est surtout son attitude au sein de la DTN qu'il a rejoint après l'OL, en 2007, qui a brouillé à nouveau son image. A la base, un conflit avec Domenech : « Adversaire » et « rival » de longue date de ray à cause d'une embrouille dans les années 90 du temps où Ray Strange drivait les Espoirs sur lesquels Gégé (coach chez les – de 20 ans) lorgnait. D'où une méfiance réciproque qui va culminer en 2007 lorsque Gégé et Ray se disputent la place de chef de la DTN, finalement attribuée par Escalettes à Houllier... Viendra ensuite le désastreux Euro 2008 : après la compète, c'est Houllier lui-même qui se fera l'un des avocats les plus fermes au maintien de Ray Strange à la tête des Bleus. On a prêté à Gégé la volonté machiavélique d'envoyer Domenech au casse-pipe Sud-africain afin d'apparaître ensuite comme LE recours du foot français...et revenir en sélectionneur ! Ceci dit, la piste Lolo Blanc était déjà amorcée... Tout se gâte cet été : après l'autre désastre de l'Afsud, Gégé se défaussera de manière un peu péteuse sur Dirty Raymond : « Depuis un an et demi, on sentait que si on ne changeait pas quelque chose, on allait droit dans le mur. » Retournement de veste ? Gégé avait-il senti passer le vent du bouler qui allait exploser les structures fédérales dont il était un des maillons forts ? Pris lui aussi dans la tourmente, son avenir était de plus en plus compromis à la DTN. Sa tête était prête à rouler prochainement. Est-ce que c'est pour ça que Gégé est parti dans une longue fuite en avant, en signant un poil trop rapidement à Aston Villa ?

Un dernier mot : Gérard Houiller a fait du très bon boulot à la DTN. Aussi bien en tant que coach des sélections de jeunes, en tant aussi que formateur d'entraîneurs et surtout en tant que tête pensante de la formation des jeunes « à la française » . Auteur de plusieurs rapports vitaux sur l'avenir du foot français, il prône pour le futur les notions modernes du changement nécessaire du foot hexagonal : jeu offensif, retour à la technicité des joueurs (trop supplantée par le « physique » ), importance du mouvement et de la vitesse dans le jeu. La prochaine révolution d'un foot français plus audacieux (qu'un Laurent Blanc appelle de tous se vœux) portera la signature de Gérard Houiller.

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