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Gera, Born-Again Zoltán

Premier Hongrois de l’ère Premier League, Zoltán Gera n’est pas un joueur de stats, et encore moins une bête d'archives. Mais ses quelques buts improbables et ses skills brésiliens téléguidés par Jésus et le Tout-Puissant ont au moins le mérite d’en faire un miraculé des temps modernes.

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21 mars 2009. Le Manchester United de Ronaldo, Tévez, Rooney et Berbatov se déplace à Craven Cottage. Le doute ronge les Red Devils, défaits une semaine avant par leur dauphin et rival Liverpool. Zoltán Gera observe du banc le bon match de ses coéquipiers. Manchester concède un penalty sur une folle manchette de Paul Scholes dans sa propre surface. À dix minutes du terme, Roy Hodgson fait appel au milieu hongrois. United pousse, mais s’expose en contre. Seulement six minutes après son entrée en jeu, Gera hérite du ballon dans la surface, se l’emmène et enchaîne un amour de bicyclette qui vient tromper Van der Sar. À 2-0, les Mancuniens sont K.O et Gera titulaire pour les deux années qui suivent. Olivier Dacourt se souvient de ce jour-là : « Il avait marqué un but fantastique contre la meilleure équipe d’Angleterre du moment, mais après ça, il est toujours resté le même. Gera, c’est un blagueur, un sacré bon vivant avec un anglais parfait. Je suis resté 3-4 mois à Fulham, mais j’ai eu le temps de manger avec lui et j’en garde de très bons souvenirs. »

Pas de quoi cependant en faire une carte postale : Zoltán Gera n’est ni une icône de poster, ni un sujet de discussion de comptoir. La coupe basique, les crampons jamais colorés, la plastique d’un pharmacien et le swag d’un agent SNCF, le milieu hongrois est pourtant un sacré joueur de ballon. « Ce n’était pas le plus rapide, mais techniquement, c’était un régal » , glisse Olivier Dacourt. Spécialiste de la frappe de loin, ou du geste technique improbable, Zoltan est une sorte de magicien insoupçonné. Un magicien sous tutelle d’un gourou, qui, le 12 mai 2010, vint superviser son ouaille dans les travées du HSH Nordbank Arena d’Hambourg lors de la finale de l’ancienne Coupe UEFA, contre l’Atlético Madrid. Titulaire, l’homme avait semble-t-il besoin d’un « soutien intellectuel, moral et spirituel » selon le pasteur Németh, taulier de Vidam Vasarnap, une émission religieuse diffusée tous les dimanches à 11h sur la chaîne ATV et qui fait passer le Jour du Seigneur pour une gentille réunion œcuménique de village vu l'ultra-dévotion des adeptes. Dont l'immensément bigot Zoltán.

Sauvé par le Tout-Puissant


Dans le privé, « Zoli » a une femme et deux gamins. Il chérit son épouse, gâte sa progéniture, fuit la picole et ne s’en grille jamais une. La sobriété incarnée. Mais l’histoire aurait pu virer au drame. Surtout quand on sait que Gera a lâché le foot et le bahut pour s’acoquiner avec des petites frappes. Adolescent, Gera séchait les entraînements à Pécs histoire d’aller péter des fenêtres, avec sa clique de caïds acnéiques. Entre-temps, il se chargeait de dope et craquait le fric de son déjeuner au casino du coin. « Je n’ai pas vu un ballon de mes douze à mes seize ans. J’ai découvert les clopes à neuf. J’ai commencé à boire de la pálinka (eau de vie), du vin et des shooters à onze. Je piquais l’argent de ma mère qui ne gagnait que 20 000 forints par mois (66 euros aujourd’hui). Je voulais devenir un criminel, un vrai parrain craint de tous qui braque des gens et se bastonne chaque jour. Je suis chanceux de ne pas être en taule après toutes les conneries que j’ai faites. Ou pire, mort » , confesse le voyou repenti.

Sa survie, « Zoli » la doit à son paternel Sándor... et à Dieu le Père. Gera junior découvre le Tout-Puissant en compagnie de son vieux, habitué de la section pécsoise de l’église pentecôtiste Hit Gyülekezelete. Le pasteur Németh, big boss de l’affaire à Budapest, écume les succursales. Sceptique, le loubard provincial se demande pourquoi les fidèles ont la banane. Puis se laisse lentement déborder par l’aura du Seigneur. L’équipe de foot de l’association dompte l'animal. « Zoli nous regardait attentivement depuis les gradins. Il était quasi squelettique et pas un seul mot sain ne sortait de sa bouche à l’époque. Il était maigre comme mon petit doigt, visiblement perturbé et semblait traîner sa carcasse. Dès le moment où il a intégré les Sinai Sasok, on a vu qu’on avait un diamant brut parmi nous. Il savait tout faire avec le ballon » , se remémore le retraité des terrains Olivér Mink, qui l’a sorti du caniveau en lui achetant des pompes de sport et en lui dénichant un job.

« Sa triplette magique, c’est ciseau retourné, tir dans la lunette et magnifique jeu de tête »


La brebis égarée d’alors s’est métamorphosée en Moïse des pelouses. Capitaine courage de la sélection avant que Dzsudzsák ne lui chipe le brassard, membre de la dream team 2004-2005 de Premier League aux côtés de Petr Čech ou Wayne Rooney, incontournable de Bryan Robson à West Brom, double Ballon d’or magyar (2004, 2005), jongleur de la pub Pepsi pré-Mondial 2006 auprès de son idole Ronaldinho, et légende vivante du Ferencváros qu’il a regagné après une décennie d’exil. Zoli sauvé des eaux affirme capter son énergie de Dieu. Une patate divine qui l’a mené au sommet, dixit József Garami : « Gera est un super-talent capable de tenir le haut du pavé dans n’importe quel championnat de première division à travers le monde. Sa triplette magique, c’est ciseau retourné, tir dans la lunette et magnifique jeu de tête » , raconte son ancien coach au PMFC Pécs et au « Fradi » . Plus une titularisation assurée pour l’Euro 2016, où il déboulera à 37 piges. La rédemption a du bon.

Propos recueillis par Joël Le Pavous et Quentin Müller

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"Zlatan" Gera

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