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Geoffrey Jourdren : « Personne ne m’aime dans le foot »

Le douloureux départ de Montpellier, l’arrivée compliquée à Nancy, les moqueries à répétition, la suspension de dix matchs, son rapport aux médias, l’équipe de France... Interview goal volant avec Geoffrey Jourdren.

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Tu sors d’une année 2017 mouvementée. Quel bilan tu en tires ?
J’ai surtout vécu une saison 2016-2017 très compliquée à Montpellier, avec l’arrivée d’un nouvel entraîneur des gardiens avec qui ça se passait très mal (Teddy Richert, ndlr). Je n’ai pas compris son intégration dans le staff, et ça n’a pas du tout accroché, à la fois professionnellement et humainement. Au début, j’ai fait les efforts pour m’adapter à ses exigences, mais j’ai vite compris que ça ne collerait pas entre nous. Et à la fin de la saison, je me suis fait dégager.

Tu sais pourquoi ?
Je ne sais pas ce qui a été rapporté à la direction du club et à M. Nicollin sur mon comportement et la qualité de mes entraînements. Peut-être que ça a été déformé... Je ne sais pas ce qu’il s’est passé. Le staff savait ce que je ressentais, connaissait mes problématiques, mais la direction a préféré me dégager. Ils m’ont annoncé ça par un coup de fil pour me dire qu’ils ne comptaient plus sur moi. Je voulais continuer à me battre, il me restait un an de contrat, mais ils n’ont pas accepté et ils m’ont écarté. Ça m’a fait mal. Surtout après tout ce que j’ai vécu avec Montpellier. Sans prétention aucune, j’ai quand même fait partie de toutes les grandes histoires de ce club. Quand j’y ai commencé ma carrière, on avait cinq points de retard sur le premier relégable, mais on arrive à se sauver en Ligue 2. Ensuite, on monte en Ligue 1 grâce à Carrasso et moi-même, quand je fais un arrêt à la dernière seconde qui propulse le club en première division. Ma carrière décolle à ce moment-là.

Tu débarques à Nancy pour te relancer...
À la suite de la blessure de Guy Roland Ndy Assembe, ils cherchaient un gardien. J’ai pensé que ça me ferait du bien de quitter le cadre de Montpellier et de me rapprocher de Paris, où j’ai mes racines. Je suis arrivé sans statut particulier, à moi de me battre pour gagner ma place.

Comment s’est passée ton arrivée dans le groupe ? La concurrence avec Sergey Chernik ?
Ça se passe vraiment bien, il y a une superbe ambiance. Moi, je ne suis pas dans une logique de concurrence, je suis à Nancy pour reprendre du plaisir et retrouver des gens avec qui ça se passe bien humainement. Aujourd’hui, c’est le projet humain qui m’intéresse. J’ai tout connu dans le championnat : le titre de champion, la première partie de tableau, la deuxième... Maintenant je joue pour les gens, si le feeling est bon je joue vraiment pour toi. Et c’est ce qui s’est passé à Nancy. Je me suis complètement fondu au groupe, ça se passe vraiment bien, même si les résultats pourraient être meilleurs.

« J’ai une image médiatique qui est exécrable. Les gens me voient comme une personne qui s’exprime mal, un peu bête, donc ils se moquent de moi. »

Et ton rapport aux supporters ?
Le début a été un peu compliqué, à cause d’un conflit entre Chernik et Correa. L’année dernière, les équipes de J+1 ont filmé une séquence où l’entraîneur traite Chernik de « gardien en bois » , et de nombreux supporters ont pris parti pour le gardien. Donc au début de chaque match, le public scande son nom, même quand moi je joue, pour le soutenir. Ça n’a rien à voir avec moi, mais, forcément, au début ça a été compliqué. Et aujourd’hui ça se passe super bien.


Au début de saison, il y a aussi eu cet incident à Brest, tu peux nous raconter ?
C’est un événement regrettable. Pour moi, pour le club, pour ma famille... Dix matchs de suspension, c’est une sanction exceptionnelle, complètement disproportionnée. J’ai subi des insultes, ma femme et mes enfants étaient visés... Comme en Ligue 2, tu as moins de public, tu entends tout ce qui se dit. J’ai pété un plomb. J’aurai dû passer outre, mais j’ai eu du mal. J’ai été sanctionné, trop sévèrement à mon goût. Mais, surtout, quand j’ai lu le rapport de l’arbitre, je suis tombé du 25e étage. Des mensonges de A à Z.


L’arbitre a menti ?
Il a durci le rapport, il a inventé des choses, notamment en m’accusant d’avoir été menaçant envers lui. Et la commission a cru à sa version.

Comment tu l’expliques ?
Parce que personne ne m’aime dans le foot. J’ai une image médiatique qui est exécrable. Les gens me voient comme une personne qui s’exprime mal, un peu bête, donc ils se moquent de moi.

Et tu penses que ça a une influence ?
Bien sûr que ça influence ! Je suis quelqu’un qui dit toujours ce qu’il pense, dans le respect, quelle que soit la personne en face de moi. Et ça fait peur dans le milieu du foot.

C’est-à-dire ?
Les clubs sont des entreprises, qui ont leurs stratégies... Et si toi, en tant que joueur, tu ne rentres pas dans cette stratégie, ça complique les choses. Pour en revenir à Montpellier, j’ai travaillé pendant dix ans d’une façon et, du jour au lendemain, on vient me changer mes habitudes. Cette façon de travailler, je l’ai gagnée à force d’efforts. En plus, on me met un entraîneur qui n’avait jamais eu de bons résultats en tant que coach. Il m’a dit comment faire ci, comment faire ça, comment plonger... Des entraînements inadaptés qui n’avaient rien à voir avec mon expérience. Ce n’était pas acceptable.

« J’ai un problème avec ma communication. J’en suis conscient. C’est comme un enfant qui ne sait pas marcher. Tu fais quoi pour l’aider ? Tu le prends par la main. Avec moi, c’est pareil, il aurait fallu éloigner les médias, faire attention. »

Tu penses que ta médiatisation précoce dans le documentaire À la Clairefontaine a joué un rôle dans la perception que les gens ont de toi ?
Ça m’a fait du mal, c’est clair. Plus de mal qu’autre chose... Mais à l’époque, t’as treize piges, t’es pas conscient de ça. Tu ne sais pas que tu vas faire une carrière et que ça va te suivre. Chacun était ciblé et enfermé dans un rôle : le prodige Hatem Ben Arfa, le mec qui a la grosse tête c’était Habib Bellaïd, le mec qui galère c’était le petit Bastien (Bastien Benoît, ndlr), t’avais le fou Garra Dembélé... C’était une télé-réalité.

Les médias peuvent influencer la carrière d’un joueur ?
Mais bien sûr ! En France, on aime bien poser des étiquettes sur les gens. Si on veut te faire passer pour un clown, il suffit de faire un montage, et tu donnes l’image que tu veux. Et comme le Français de base est bête et naïf – je n’ai pas honte de le dire –, il croit ce qu’on lui montre.


Tu n’as jamais réfléchi à partir à l’étranger ?
J’ai été approché par des clubs étrangers, mais j’ai préféré rester dans mon pays. Je suis bien en France.

Pour revenir à Montpellier, tu penses que ça se serait passé différemment à l’intersaison si Louis Nicollin était encore là ?
Louis Nicollin, je l’aimais. Humainement, c’était un mec comme moi. Forcément, sur la fin, il déléguait. Et avec la nouvelle équipe dirigeante, ça se passait moins bien. Sur mon cas, il y a eu un manque de communication. On ne m’a jamais vraiment dit les choses. Et puis, le fils de l’entraîneur était le meilleur ami de mon concurrent Laurent Pionnier... Je savais bien que je n’allais plus jouer, alors que je faisais des entraînements de folie.


À la fin de la saison 2012, lorsque vous finissez champions, beaucoup de joueurs quittent le club. Pas toi.
Ceux qui partent sont surtout ceux qui sont les plus exposés médiatiquement. Ce n’est pas qu’une question de qualité. C’est ça, le monde du foot. Moi, on m’a rarement vu faire la Une des journaux l’année du titre, alors que j’étais le gardien qui avait réalisé le plus de clean sheets. Et mon club ne m’a jamais mis en avant.

Tu as souffert d’un manque de reconnaissance ?
Je n’étais pas suivi à la hauteur de tout ce que j’ai fait avec Montpellier. Certains ont manqué de professionnalisme. Par exemple, j’ai un problème avec ma communication. J’en suis conscient. C’est comme un enfant qui ne sait pas marcher. Tu fais quoi pour l’aider ? Tu le prends par la main. Avec moi, c’est pareil, il aurait fallu éloigner les médias, faire attention. Pendant un temps, tous les lundis, J+1 se moquait de moi... À un moment donné, tu défends ton joueur, tu chopes le mec et tu lui dis : «  Coco, mon joueur, tu le respectes. » Chose que n’a jamais faite Montpellier. Au contraire, j’ai même reçu un avertissement de mon club à cause de J+1. Un jour de match, je vois l’un des présentateurs de l'émission au stade. Normalement, tu ne les croises jamais, hein. Les mecs se la racontent à 900 kilomètres, mais quand tu les vois en face de toi, c’est des canards. Le type, il te détruit médiatiquement, il fait du mal à ta famille... Je suis obligé d’aller lui demander des explications. Et là, la personne en charge de la communication du club essaye de venir calmer le jeu. La même personne qui n’a jamais géré le problème jusque-là, donc je l’ai envoyé balader. Forcément, ça s’est mal passé.

« T’imagines, Jourdren en équipe de France ? La FFF, elle ferme. Parce que je dévoile tout. Les coulisses, tout. »

L’équipe de France, c’est le plus gros regret de ta carrière ?
Je ne veux pas me mettre sur un piédestal, mais, oui, j’ai des regrets. À un moment donné, je pense sincèrement que j’avais les résultats pour recevoir une présélection. Surtout par rapport à mes concurrents...

Comment tu expliques n’avoir jamais été appelé ?
T’imagines, Jourdren en équipe de France ? La FFF, elle ferme. Parce que je dévoile tout. Les coulisses, tout. Je peux dire des choses et, médiatiquement, ça peut être très compliqué pour la Fédération. Donc on ne prend pas de risque, on n’y pense même pas. Je suis persuadé que c’est à cause de ma personnalité. Il y a des joueurs comme ça : Nasri, Benzema... Très très compliqué à gérer pour la FFF, des mecs comme ça ! Moi, à l’époque, j’avais ma place en troisième gardien.


Tu n’as jamais eu d’explications ?
Non, rien, c’est ça le monde du foot. Mais, attention, peut-être que je m’enflamme et que je n’avais pas le niveau. En revanche, il faudra m’expliquer pourquoi Costil y va et pas moi. Il n’avait pas de meilleurs résultats que moi, collectivement et individuellement. J’ai fait des grandes choses avec Montpellier, le quatorze ou quinzième budget de France. L’équipe de France, c’est une blessure... Moi, j’aimerais que les gens raisonnent logiquement, mais, malheureusement, dans le foot c’est impossible, ça part en cacahuètes, c’est une pièce de théâtre. Aujourd’hui, si tu veux faire une carrière dans le foot, il faut se taire et avoir les médias derrière toi. C’est dramatique. C’est le terrain qui devrait définir ta carrière. Il y a trop d’argent en jeu, l’argent a tué le football. Des gens, pour 1500 euros, ils vont se prostituer dans le foot. Ils vont dire « Amen » à tout, dire le contraire de ce qu’ils pensent pour être aimés.

Quels sont tes objectifs pour 2018 ?
Maintenir Nancy en Ligue 2, c’est le plus important. Ensuite, j’aimerais retrouver un effectif de Ligue 1. C’est un autre niveau, une autre atmosphère. J’aimerais qu’un coach, qu’un président prenne le pari de recruter Jourdren.

Tu as réfléchi à la fin de ta carrière ? Comment tu envisages l’après-foot ?
Honnêtement, je pense que je serai heureux. Je ne me retrouve plus humainement dans ce milieu-là. Ce sera sans les faux-culs et les suceurs... Je serai dans la vraie vie et je m’y retrouverai à 200%.

Avec le recul, tu changerais des choses ?
Non, j’aurais tout fait pareil. Je ne sais pas faire semblant, je ne peux pas faire l’acteur. J’aimerais juste que le public arrête de juger uniquement à partir de ce qu’il voit dans les médias. Il faut que les Français arrêtent d’enfermer dans des cases.

Propos recueillis par Alexandros Kottis