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Gazélec Per Sempre

Hier encore, c'était l'un des plus beaux romans de l'histoire du football français. Puis, un an après la première montée de son existence en Ligue 1, le Gazélec Ajaccio est redescendu au soir de la dernière journée de championnat en mai dernier. Chronique d'un retour au quotidien, au cœur d'une nouvelle ère où presque tout a changé. Sauf l'esprit.

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Il parle de cette soirée comme de « la fin d’une aventure » . Lorsqu’il est arrivé ce soir-là au Moustoir, pourtant, Thierry Laurey avait envie d’y croire. Son Gazélec était alors dix-huitième de Ligue 1, embrayé dans une finale à distance pour le maintien avec Toulouse, seulement devant grâce à la différence de buts (-11 contre -20). Quelques jours plus tôt, l’entraîneur corse avait eu un accident de scooter alors que ses joueurs venaient de dépenser l’ensemble de la cagnotte des amendes pour un dîner commun. La donne était alors simple : il fallait gagner pour y croire, gagner pour vivre et gagner pour espérer un faux pas de la bande à Dupraz à Angers. Reste que Laurey savait aussi que ses joueurs n’avaient remporté que deux matchs en 2016 et n’avaient plus gagné un match à l’extérieur depuis le 2 décembre à Montpellier. Puis, l’histoire a retourné la raison. Il y a eu la patte gauche de Bodiger et une demi-volée de Moukandjo. « On croyait vraiment à ce maintien, se rappelle Thierry Laurey. On pensait qu’Angers allait accrocher Toulouse et que Lyon allait accrocher Reims. On avait notre destin en mains et c’est vrai que, quand on regarde ce match, la déception est immense. Finalement, on a laissé beaucoup de forces dans la bataille pour très peu de résultats à l’arrivée. » Voilà comment s’est brutalement terminé le roman fou du Gazélec Ajaccio, avec ses bénévoles qui s’arrachaient chaque semaine pour retaper à genoux la pelouse défoncée de Mezzavia. Assez loin du rêve de maintien de début de saison, mais plutôt dans la lignée d’une quête impossible que Laurey qualifiait en février « d’exploit » , après une série de onze matchs sans défaite entre une première victoire fin octobre contre Nice (3-1) et une première baffe à Rennes le 22 janvier (0-1). Comme si le Gaz’ était finalement revenu à sa place, dans un silence qui raconte beaucoup de choses, mais qui a surtout beaucoup à raconter.

La nouvelle page Vannuchi


Plus de quatre mois ont coulé depuis ce point final posé à Lorient le 14 mai dernier. Aujourd’hui, le Gazélec n’a plus le même visage : Thierry Laurey a filé à Strasbourg et est revenu il y a quelques semaines à Ajaccio avec un nouveau costume ; plus de 60% de l’effectif professionnel a été modifié, et la Ligue 2 est redevenue un quotidien avec ses difficultés et sa raison parfois dure à suivre. « Un nouveau chantier s’est ouvert face à nous avec cette descente, pose le président Olivier Miniconi. Sur le coup, ça a fait mal, ça a été difficile à digérer, notamment avec une deuxième partie de saison compliquée sur plusieurs points. Aujourd’hui, c’est le sentiment de déception qui domine, alors on a voulu éviter le traumatisme liée à la relégation avec un nouveau projet. » Une nouvelle page qui s’écrit désormais dans les bras de Jean-Luc Vannuchi, l’ancien entraîneur de l’AJ Auxerre. « Le changement fait du bien, vraiment. C’est une situation que je vis bien, car on est repartis sur des nouvelles bases. Il fallait repartir sur du neuf, c’était le moment parce qu’un cycle se terminait » , explique Amos Youga qui a retrouvé une place de titulaire en puissance cette saison. Un nouveau cycle qui s’est ouvert sur cinq matchs consécutifs sans défaite en Ligue 2, jusqu’à ce premier revers à Reims (0-2) vendredi dernier. Aujourd’hui, le Gazélec veut avancer par le jeu, avec un nouveau système – un 4-4-2 à plat – et des principes renouvelés.

Les impasses et la lessive


Au-delà des chiffres, il faut maintenant regarder les feuilles où l’on ne retrouve que quatre hommes du dernier onze aligné par Laurey en Ligue 1, à Lorient en mai. Cet été, le Gazélec a vu filer la majorité de ses cadres (Filippi, Martinez, Boutaïb, Sylla, Djokovic, Mayi, Mangane, Zoua, Pujol) pour des raisons différentes. La situation était attendue, mais pas forcément dans de telles proportions. « Oui, on s’y attendait, complète l’expérimenté Jérémie Bréchet, qui a décidé de rester au club cet été et qui a été rejoint dans ce rôle par Steeve Elana et surtout François Clerc. Je connaissais les situations contractuelles de chacun, c’est un passage obligatoire dans le cas d’une descente qui laisse une mauvaise dynamique. L’arrivée d’un nouveau staff et de nouveaux joueurs permet d’éviter la psychose des derniers mois que j’ai personnellement mal vécue. On sentait qu’il y avait une histoire qui touchait à sa fin, que plus les matchs avançaient et plus le groupe était incapable de trouver les leviers pour se relever. Là, c’est une nouvelle approche, de nouvelles idées et, paradoxalement, les anciens doivent cette fois s’habituer aux nouveaux et pas l’inverse. » La méthode marche, mais les choix de carrière ont laissé certains joueurs dans l'impasse, à l’image de Rodéric Filippi, au club depuis 2009 et qui est toujours libre après avoir quitté le Gazélec pour tenter de trouver un projet à l’étranger. Ou encore Mohamed Larbi, révélation de la saison passée, qui s’apprête à revenir au club cette semaine malgré plusieurs contacts. « Je pense avoir les qualités pour jouer en Ligue 1 avec ce que j’ai prouvé la saison dernière » , glisse l’international tunisien.

L’appel de la jeunesse


Reste que la Ligue 1 a également eu des effets positifs sur un club dont le président a encore des contacts avec ses anciens homologues. C’est une leçon d’apprentissage de la vie, de la gestion, mais aussi du sportif pour une institution qui « attire toujours » , comme l’explique Olivier Miniconi. Si, pour le moment, l’objectif est de faire « un championnat sérieux et cohérent » , le Gazélec a également bougé sur les infrastructures, avec une refonte de son terrain d’honneur cet été comme du terrain d’entraînement et alors que le permis de construire pour le prochain centre de formation vient d’être déposé. La formation est un but pour l’avenir, et l’école devrait ouvrir l’année prochaine, histoire de continuer à professionnaliser le club et le maintenir à l'échelon professionnel dans la durée. Voilà comment s’est relevé le Gazélec quatre mois après sa chute, alors que Mezzavia n’a pas cessé de vivre entre son Bistrot, ses grandes gueules et sa macagna. Avec le cœur, toujours.



Par Maxime Brigand Tous propos recueillis par MB.
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