1. // Journée internationale de la langue basque

Garitano, pour l’amour du basque

En cette journée de la langue basque, difficile de ne pas s’arrêter sur l’ancien entraîneur d’Eibar. Gaizka Garitano, aujourd’hui sans club, se révèle le plus grand défenseur de sa langue natale dans un monde du ballon rond qui n’a pas toujours souhaité son bien.

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Actuellement en Segunda Division, Almería a longtemps rempli le rôle de Téfécé de Liga. Son stade, toujours pour moitié vide, et ses ambitions, en berne à chaque saison, expliquent pour beaucoup l’anonymat qui entoure ce fanion andalou. La saison passée, pour le compte de la 33e journée, un épisode vient pourtant sortir de sa torpeur le stade de Los Juegos del Mediterraneo. Défait par les propriétaires des lieux, Gaizka Garitano, entraîneur d’un Eibar dans la zone rouge, affiche la mine des mauvais jours en entrant dans la salle de presse. Deux questions à la télé basque plus tard, ce revers semble déjà un lointain souvenir. « Il se passe quelque chose ? » , peste-t-il face aux incessantes moqueries de deux gratte-papier locaux qui ne se démontent pas : « Oui, il se passe clairement quelque chose. Nous ne comprenons rien. » Un dernier manque de respect qui presse Garitano à quitter un auditoire médusé face à tant d’incivilité. Bien que soutenu par une grande majorité des acteurs du ballon rond outre-Pyrénées, le natif de Derio a tout de la proie parfaite pour les militants d’une Espagne qui ne parle que le castillan. Et il s’en moque, ou presque.

Gaizka et ses huit noms de famille


« Garitano, Aguirre, Urkizu, Asla, Zubikarai, Madariaga, Garraminia et Arteche, voici mes huit noms de famille basques. » À l’heure d’évoquer ses origines, Gaizka Garitano n’est pas du genre à se défiler. Pis, il en fait sa fierté personnelle, comme il l’explique au quotidien Publico : « Je suis un Basque, comme ceux de toujours, qui ont cette manière d’être. Je suis un mec sérieux, identifié à ma région. Il faut comprendre que, mis à part les années où je jouais à Ourense et Lleida, j’ai toujours vécu ici, au Pays basque. » Natif d’une bourgade aux 5000 âmes située à quelques encablures de la capitale Bilbao, il grandit dans une culture exclusivement basque. Forcément, lorsqu’il décide de faire du football sa profession, il intègre la cantera de l’Athletic et, plus tard, devient international avec la sélection régionale. Rien d’illogique, donc, à l’entendre dire « faire partie des 59% de Basques qui souhaitent un référendum pour l’indépendance » : « Mais je ne souhaite qu’une indépendance démocratique, qui répond au souhait de la majorité. Il faut prendre en compte l’opinion de tous, comme je le fais dans le vestiaire d’Eibar. »

Aujourd’hui loin du banc de touche d’Eibar - il présente sa démission à la suite de la rétrogradation sportive du club, finalement repêché aux dépens d’Elche -, il vient d’être limogé par Valladolid. Dans l’attente d’un prochain poste, il peut toujours se concentrer sur son rêve d’enfant : devenir chanteur de bertsolari. Poésie improvisée en langue basque, elle lui permet « de ne pas être aussi dur qu('il) puisse paraître » : « Cela raconte bien comment je suis. En revanche, je ne suis pas un être exceptionnel. Au Pays basque, il existe des championnats de bertsolari où participent plus de 15 000 personnes. » Le premier public du Garitano chanteur est d’ailleurs celui d’Eibar. Pour fêter la montée historique en Liga de mai 2014, il s’empare du micro et, depuis le balcon de la mairie, commence à entonner des airs de bertsolari : succès garanti. Pour autant, le seul diplôme extrasportif dont dispose Garitano est un master de journalisme. Une attirance vers le monde de la presse dont il se défait dès son début de carrière sur le banc de touche : « Je fuis les critiques et les éloges, les deux peuvent m’affaiblir. »

La mystique des Astérix et Obélix basques


Dès sa fin de carrière, à l’été 2009, il devient l’entraîneur adjoint d’un Eibar alors en troisième division. Petit à petit, il grimpe les échelons et, suite à une expérience de 2010 à 2012 à la tête de la réserve, prend les commandes de l’équipe première. La mayonnaise prend, et le fanion des Armeros crée la sensation en s’offrant deux montées coup sur coup. Une surprise pour toute l’Espagne du football qui s’amuse à caricaturer Eibar comme le village des Astérix et Obélix version basque. Idem, le terrain d’Ipurua est réduit au rang de place forte des fervents Basques. « Encore une fois, on rentre dans le cliché. C’est un public et un terrain parfait pour jouer au football, même si le mystique insiste sur le terrain d’une équipe de bouchers, toujours méchants, où la stratégie est plus importante que le jeu. Il n’en est rien : c’est un terrain normal avec un public normal. » Reste que l’exception Eibar relève beaucoup de la nature de sa région et de sa population. Et de sa langue, sans laquelle Gaizka Garitano n’aurait sorti de son anonymat deux journalistes qui n’en méritaient pas autant.

Par Robin Delorme, en Espagne
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Pas mal d'amalgames et de raccourcis, baina maite zaitut, So Foot!

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