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Garande : « On ne refuse pas un joueur comme Jérôme Rothen »

Meilleure défense de Ligue 2 l’an passé, le Stade Malherbe a bouclé l’exercice 2012-2013 à la place du con, dans la roue de l’AS Monaco, de Guingamp et de Nantes. Patrice Garande y a cru jusqu’à la 36e journée et une défaite à domicile contre les Canaris (0-1). Pour sa seconde saison sur le banc normand, le technicien caennais se veut optimiste.

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Avec du recul, conservez-vous certains regrets concernant la dernière saison ?
Oui, bien sûr, mais cela ne sert à rien. En fait, il subsiste surtout la frustration d’avoir laissé passer notre chance contre le FC Nantes, à domicile... Après cette défaite, inutile de dire que les deux derniers matchs ont été très difficiles à préparer, parce qu’on savait très bien que c’était fini. Mais si on les avait battus ce soir-là, le scénario aurait sans doute été très différent. Même un match nul nous aurait permis d’espérer. Donc oui, je dois dire qu’il y a des regrets.

Sur quels détails s’est jouée la montée ? On a souvent eu l’impression que Malherbe péchait techniquement en phase offensive…
On a surtout péché en termes d’efficacité. Les chiffres sont éloquents : on a perdu six matchs lors de la phase aller, et seulement trois lors de la phase retour. Nous avons toujours été très costauds sur le plan défensif, mais en attaque, il nous a manqué ce brin de réussite qui nous aurait permis de nous imposer lors de quelques matchs. Ce n’est pas seulement la faute des buteurs, c’est un ensemble de choses…

Vous avez plusieurs fois déploré un certain « manque de folie » dans la moitié de terrain adverse…
Oui, mais ce n’est pas tellement une question de technique ou de talent, c’est surtout dans la tête que ça se joue. Certains joueurs abordaient chaque match très motivés, et d’autres n’ont peut-être pas été assez efficaces dans les moments décisifs. On faisait preuve de maladresse devant les buts, ou on jouait trop « petit bras » … En fait, dans la façon d’évoluer de chaque joueur, il y a l’aspect technique, l’aspect tactique, mais aussi l’aspect émotionnel, et c’est sans doute à ce niveau que nous avons manqué de lucidité. Cela s’est traduit notamment contre Nantes, avec ce penalty raté alors que le score est toujours de 0-0. L’aspect psychologique est capital, dans le football… Quand Guingamp s’impose 7-0 contre Lens et comble l’écart avec nous à la différence de buts en une seule rencontre, alors que nous avions une certaine marge, la donne n’est pas du tout la même, après cela. On n’a pas toujours bien géré cet aspect du jeu, et cela nous a coûté beaucoup de points…

Objectivement, les trois équipes promues étaient les plus fortes, non ?
Eh bien, si on s’en tient aux résultats, oui. De toute façon, si une équipe monte en Ligue 1, c’est qu’elle l’a mérité. Monaco, c’était plutôt « cahin-caha » avant la trêve, et puis ils ont pu faire quelques recrues, Ranieri a trouvé son équipe, et il ne l’a plus jamais changée après cela, ils sont devenus imbattables… Nantes ne disposait pas véritablement d’un groupe exceptionnel, mais ils étaient solides, réguliers, et pouvaient compter sur un tueur devant, avec Djordjevic. Quant à Guingamp, ils ont fait un départ médiocre, et puis Jocelyn Gourvennec a trouvé son onze, et cela s’est avéré être la formule gagnante. Il faisait d’ailleurs toujours les mêmes remplacements, les mêmes joueurs qui entraient toujours en jeu au même moment. D’ailleurs, Guingamp a gagné beaucoup de matchs grâce à son banc.

Le Stade Malherbe ne pouvait pas compter sur le même banc ?
Non… Nous, on ne l’avait pas. Mais je reste néanmoins persuadé qu’on avait notre place sur le podium. Je tiens malgré tout à tirer mon chapeau à mes joueurs, qui ont été exemplaires jusqu’à la fin. On dit toujours que la 4e place, c’est la place du con, mais je fais partie de ceux qui préfèrent terminer à la 4e place plutôt qu’à la 5e.

À titre personnel, comment avez-vous vécu votre première saison aux commandes du Stade Malherbe ?
J’ai adoré ! Je fais un métier que j’adore, de quoi pourrais-je me plaindre ? J’ai apprécié chaque instant, y compris les moments plus difficiles, parce que c’est souvent à ce moment-là qu’on se rend compte qu’on peut compter sur les autres et que les relations se créent. J’ai vraiment adoré chaque aspect de mon travail, le terrain, le management, la gestion de l’aspect psychologique, la préparation tactique… En fait, la déception a été à la hauteur de mon investissement et du plaisir que j’ai pris, mais je ne suis pas découragé pour autant.

Raphaël Guerreiro et Jérémy Sorbon, deux des piliers de votre défense l’an passé, ont quitté le club. Leur départ était-il prévu ?
Les deux cas sont tout à fait différents. Le petit Raphaël, je ne voulais pas qu’il parte, et lui non plus, d’ailleurs, au début. Après, il existe une réalité économique qu’on ne peut pas se permettre de nier. Il est arrivé une offre de Lorient, et on n’a pas pu la refuser. Alain (ndlr : Cavéglia, directeur sportif) et le président Fortin sont venus me demander mon avis, et après avoir étudié l’offre et les possibilités qu’elle nous offrait, nous avons choisi d’accepter. C’était à la fois intéressant pour le club et pour le joueur : Lorient, c’est le club idéal pour Raphaël. Il va s’éclater et pouvoir progresser rapidement, le projet de jeu correspond tout à fait à ses qualités. Quant à Jérémy, il était en fin de contrat. Nous lui avons proposé une prolongation, mais il voulait jouer en Ligue 1… Comment peut-on lui en vouloir ? J’aime beaucoup l’homme et le joueur, et il était parfaitement intégré au projet de jeu ; il y avait même des possibilités de reconversion pour lui au sein du club. Mais bon, voilà, il est parti, et il faut faire avec. Le plus gênant, dans cette histoire, c’est le timing : j’aurais préféré que ce soit réglé avant, parce qu’on a laissé passer des opportunités et que ça nous a laissé peu de temps pour nous retourner…

La logique du recrutement, jusqu’à aujourd’hui, semble avoir été de compenser les départs et de remplacer les joueurs partis (Sorbon, Guerreiro, Cuvillier, Leca), plutôt que de renforcer et d’étoffer le groupe. L’équipe actuelle est-elle plus forte que celle de l’an dernier ?
De toute façon, on n’avait pas les moyens financiers de pouvoir prétendre à conserver tous les joueurs que vous avez cités et de se renforcer en plus. On a cherché des solutions et recruté des joueurs aux postes où nous en avions besoin, et aujourd’hui, j’estime qu’on a quand même un peu plus de variété en attaque. Et puis nous avons également fait signer Jérôme Rothen… Je suis sûr que j’anticipe votre prochaine question…

Gagné…
(rires) Jérôme, je connaissais déjà l’homme, et tout le monde connaît le joueur et ses qualités. On ne peut pas refuser un joueur comme Jérôme Rothen. Alain et le président sont venus me présenter ce projet, et j’ai aussitôt dit oui.

Justement, Malherbe proposait l’an dernier un jeu très direct, et une remontée rapide du ballon jusqu’aux attaquants… Jérôme Rothen peut-il s’intégrer à ce schéma de jeu ?
Jérôme n’a peut-être plus ses jambes de 20 ans et il faudra en tenir compte, mais il a toujours cette fameuse patte gauche, qui devrait nous faire beaucoup de bien. C’est pour cette raison que le système a changé depuis qu’il a signé. Ma première idée était de jouer en 4-4-2 et de trouver un partenaire en attaque à Mathieu Duhamel. Finalement, nous sommes revenus à un 4-3-3, avec un joueur positionné devant la défense et deux garçons un peu plus haut. Et à partir du moment où le système a changé, je n’ai plus vraiment besoin d’un autre attaquant.

Le recrutement du SMC est-il donc terminé ?
On peut dire que oui, même s’il y a encore des joueurs que nous souhaiterions prêter, et d’autres qui seront peut-être amenés à partir. À l’heure actuelle, je considère que j’ai un effectif complet avec lequel je peux travailler correctement et débuter le championnat. Mais dans le football, tant que le mercato n’est pas fini… Tout va dépendre des offres et des joueurs qu’elles cibleront. Si ça vaut la peine qu’on en discute, on ira déjeuner avec Alain et le président, et on verra.

L’an dernier, vous aviez insisté sur la priorité de s’appuyer sur une assise défensive solide… Est-ce que cela sera votre credo encore cette saison, ou le manque d’efficacité offensive lors de la seconde partie de saison pourrait-elle vous inciter à vous concentrer davantage sur cet aspect du jeu ?
Écoutez, je cherche le meilleur équilibre, avant tout. Si on a fini avec la meilleure défense de Ligue 2, c’est parce que nous avions un excellent gardien, de très bons défenseurs, mais surtout parce que l’équipe dans son ensemble défendait bien. Aujourd’hui, si on décide de se projeter vers l’attaque sans réfléchir et qu’il faut marquer trois buts par match pour espérer s’imposer, ça ne m’intéresse pas. La priorité, en effet, sera de retrouver de la complémentarité et des automatismes en défense. Mais ne pas prendre de but, c’est une question de comportement général. Et c’est la même chose en attaque : pour marquer, il faut être agressif, tenter des choses avant de frapper. En fait, le chantier est partout.

Quand vous êtes arrivé sur le banc, il y a un an, vous nous aviez dit que l’objectif était de jouer la montée le plus rapidement possible. Cela signifie-t-il que vous n’envisagez rien d’autre que la montée en Ligue 1, cette saison ?
Je ne peux pas répondre « non » ! Donc oui, l’objectif, c’est de monter en Ligue 1. Et comme je le disais, ça va impliquer de notre part un autre comportement, une adaptation, parce que le contexte sera cette fois très différent. Quand j’ai pris l’équipe il y a un an, on n’a pas gagné un seul match de préparation, personne ne croyait en nous, personne ne croyait en moi, et les joueurs ont abordé la saison sans la moindre pression. À notre sujet, il n’y avait que des interrogations… Et cela nous a beaucoup servi au cours de la première partie de saison. On parvenait à créer la surprise, parce que personne ne nous attendait. Même à la télé, on était le 3e, voire le 4e choix. Les choses seront différentes, cette fois. On nous attendra de pied ferme. Nous attaquons la saison avec une étiquette de favori, et il va nous falloir assumer, créer une nouvelle dynamique…

Quelles sont vos premières observations, après quelques matchs amicaux ? L’équipe sera-t-elle prête pour aborder la première journée, dans deux semaines ?
Eh bien écoutez, j’espère bien ! Bon, les matchs de préparation, ça reste des matchs de préparation, hein… Le premier est disputé en plein milieu du stage d’été, il est intégré au travail, et le résultat n’a aucune importance. Les autres matchs sont l’occasion de donner un peu de temps de jeu à tout le monde. On a disputé le Trophée des Normands face au Havre, comme tous les ans (2-2, défaite du Stade Malherbe aux tirs au but). C’était compliqué pour les joueurs, parce que le HAC avait repris sa préparation une semaine avant nous et que nous étions en fin de stage de préparation. J’ai pu constater beaucoup de choses intéressantes dans le secteur offensif, et pas mal de déchet sur le plan défensif. Aujourd’hui, j’estime que les garçons ont une heure de jeu dans les jambes, et il va devenir important de perfectionner ce qui peut l’être : gommer les approximations défensives, tout en restant intéressant devant.

Quelles équipes craignez-vous particulièrement, à l’abord de la nouvelle saison ?
Il y a Troyes, qui propose un jeu intéressant… Auxerre a recruté pas mal de joueurs, Lens devrait également avoir une belle équipe, tout comme Nîmes et Angers, qui ont eux aussi raté la montée de peu la saison dernière… C’est très difficile d’évaluer quel sera le niveau effectif d’une équipe, même en tenant compte des départs et des arrivées. On aura sans doute beaucoup de concurrents pour la montée, et sans doute qu’il faudra aussi compter sur une ou deux équipes « surprises » , comme tous les ans.

Êtes-vous d’accord pour dire que le niveau en Ligue 2 sera plus faible cette saison, avec la montée de Monaco, Nantes et Guingamp ?
Je ne suis pas sûr. En fait, on en revient à ce qu’on disait tout de suite… Qui peut dire comment va se comporter le RC Lens, par exemple ? Je connais très bien Antoine, et je connais son travail, mais je ne sais pas où ils vont se situer. Je ne pense pas que le niveau sera réellement plus faible. Peut-être les matchs seront-ils un peu plus homogènes, avec moins d’individualités mises en valeur, comme il y en avait à Nantes ou à Monaco… En fait, je ne pense pas que le niveau de la Ligue 2 sera moins élevé, ni même qu’il soit faible, quoi qu’on en dise.

Propos recueillis par Julien Mahieu
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