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Gandhi, défricheur du foot sud-africain

Assassiné il y a 68 ans, Gandhi est reconnu comme un leader spirituel, père de l’Inde indépendante. On oublie que dans sa jeunesse, le Mahatma s’est aussi impliqué à fond dans le foot sud-africain.

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La non-violence, le végétarisme et l’indépendance de l’Inde : voilà les trois poncifs généralement accolés à Gandhi en Occident. Assassiné le 30 janvier 1948 par un extrémiste hindou, le leader spirituel a laissé une autre image en Afrique du Sud, où il a vécu plus de 20 ans (1893-1914). Une période souvent occultée, mais fondamentale. Gandhi s’est construit intellectuellement et politiquement à ce moment-là. Le football a alors été un moyen pour lui de tester ses capacités à mobiliser une communauté. Pourtant, rien ne le prédestinait à se passionner un jour pour le ballon rond. Lors de sa jeunesse dans le Gujarat (Nord-Ouest de l’Inde), le petit Mohandas Gandhi, issu d’une famille aisée de la caste des marchands, n’est pas branché sport. « Il n’y a pas vraiment de traces pour dire qu’il était intéressé. D’ailleurs, dans son autobiographie, il dit qu’il ne prenait part à aucune activité sportive, comme le football ou le cricket, sauf si elles étaient obligatoires » , explique Ronojoy Sen, auteur de Nation at play : A History of Sport in India. Lors de ses études de droit en Angleterre, Gandhi commence à suivre doucement différentes disciplines.

Organisateur et secrétaire d’une ligue


Le tournant intervient réellement lors de son arrivée en Afrique du Sud, à 24 ans. Tout jeune avocat, il vit et bosse avec la vaste communauté indienne (2,6% des Sud-Africains sont originaires du sous-continent aujourd’hui). Principalement des familles de basses castes arrivées sous contrat avec les autorités coloniales, employées dans les champs de canne à sucre ou dans les mines. Les conditions de travail sont proches de l’esclavage. Plusieurs lois imposant la ségrégation raciale envers les Noirs et les Indiens marquent Gandhi. À l’époque, le football est à l’image de la société : éclaté entre les différentes communautés. « Les premières fédérations et associations étaient réservées aux Blancs, comme par exemple la South African Soccer Association (SAFA), établie en 1892. Les Indiens ont ensuite été les premiers à s’organiser » , rappelle Peter Alegi, historien à l’université du Michigan et auteur de Laduma ! Soccer, Politics & Society in South Africa.

Gandhi est un des piliers de la Transvaal Indian Football Association, fondée en 1896, qui regroupe plusieurs équipes indiennes. En tant que secrétaire, il participe à l’organisation des rencontres, assiste aux matchs. Mais a-t-il joué un jour ? « La grande question, c’est : à quel point était-il un footballeur ? Je ne crois pas que c’était vraiment un sportif » , s’interroge Peter Alegi, qui rappelle qu’il n’y a aucune preuve que Gandhi ait un jour chaussé les crampons. « Gandhi a toujours été plus attiré par des exercices physiques comme les longues marches » , détaille Ronojoy Sen. Personne ne l’aurait donc vu déborder sur l’aile gauche. Il était en revanche très actif auprès de trois clubs, à Durban, Pretoria et Johannesbourg, fondés au début des années 1900. Sur plusieurs photos d’archives, on aperçoit Gandhi, moustache bien taillée, visage candide. « Sur l'une datant de 1913, on le voit au dernier rang, affublé d’un manteau » , précise Ronojoy Sen pour montrer que l’avocat ne participait pas aux matchs.

Le club des résistants passifs


En réalité, c’est la période où Gandhi commence à construire le principe de satyagraha, la désobéissance civile par la non-violence. « Grâce au football, Gandhi a développé ses qualités d’organisateur. C’était un moyen de mobiliser la communauté indienne » , analyse Peter Alegi. À chaque mi-temps, Gandhi en profite pour délivrer ses discours aux spectateurs. Il parle des discriminations et du racisme les touchant, évoque des moyens d’actions pacifiques, la lutte pour les droits civiques. Les prémices de son combat en Inde. L’histoire raconte que ces trois clubs auraient eu le même nom : Passive Resisters Soccer Club, en référence à l’idéologie gandhienne de non-violence. Il n’y a aucune certitude à propos de ces noms, mais la légende est ainsi transmise. Une chose est sûre, « ces clubs ne participaient pas aux ligues officielles » , précise Ronojoy Sen.

Cet épisode fait la fierté de la communauté indienne en Afrique du Sud, et notamment des fans de football. Mais il est loin de faire l’unanimité. Certains historiens, comme Ashwin Desai et Goolam Vahed, ont travaillé sur l’autre face de Gandhi, avançant que le leader hindou n’avait pas forcément une attitude si différente des Blancs envers les Noirs et avait privilégié sa communauté avant tout. Comme au football. L’héritage reste toutefois précieux. «  La plus grande contribution de Gandhi, c’est d’avoir montré aux Noirs sud-africains qu’ils pouvaient organiser leur propre ligue. Et qu’ils n’avaient pas besoin des Blancs » , estime Peter Alegi. Sur leur lancée, des collaborateurs de Gandhi ont, après son départ, continué à structurer des clubs. G.R Naidoo a fondé en 1928 les Manning Rangers. Une équipe qui fut sacrée championne lors de la première édition de la Premier Soccer League, en 1997. Le Mahatma aurait été fier.


Par Guillaume Vénétitay, à Kolkata
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