Fumigènes, Moscato et politiquement correct
Fumigènes, Moscato et politiquement correct
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Le quatrième volet de l’interview de Renaud, membre actif de la Brigade Sud de Nice, aborde des sujets plus légers que ceux de la répression ou des violences physiques évoqués jusqu’ici. Où il est question de Vincent Moscato, de chasse, d’une suggestion de transformation de la loi sur les fumigènes rejoignant d’ailleurs une préconisation récemment formulée par Brice Hortefeux, de dénonciation de l’usage « dangereux » des fumigènes et d’une proposition d’allumage contrôlé.
En ce qui concerne l’usage des fumigènes, quelle est votre position ?
Là aussi, ils ne savent même pas de quoi ils parlent, les dirigeants et les médias. Et comme ils ne connaissent pas le problème, ils sont dans la surenchère permanente, dans l’amalgame, dans le tout et n’importe quoi. On a l’impression maintenant que celui qui allume un fumigène, c’est un braqueur de banque…
Déjà, il faut distinguer les torches, qui sont rougeoyantes ; les fumigènes qui ne font que de la fumée ; et les bombes agricoles ou les gros pétards. Les fumigènes, ce n’est pas dangereux. Ca peut devenir dangereux seulement si on les jette parce que la boîte est en fer. Les torches, oui, ça peut être dangereux. Et les bombes agricoles, c’est très dangereux. On le sait bien, à Nice, car on en a connu les conséquences, je pense notamment au pompier blessé par un gros pétard lors d’un Nice-OM. Du coup, on n’en utilise quasiment plus. Ca fait une grosse détonation, c’est impressionnant, mais ça peut aussi être très dangereux.
Ça me fait penser à ce que dit Moscato, sur RMC. Il critique les fumigènes, les ultras, il nous traite de tous les noms. Mais je suis sûr que s’il vient à Nice, si on le garde quelques temps, il sera le premier à cramer des torches. Il deviendra même un meneur du groupe. Il en a tout à fait le profil. Il ne s’en rend pas compte. C’est fou, ces gens qui se mentent sur eux-mêmes [rires]. Mais, je l’aime bien Moscato, il me fait rire.
Cela dit, ce soir [jeudi 24/9], RMC, ils ont fait une émission sur les fumigènes et un journaliste a bien analysé la situation, ça m’a agréablement surpris. Il a souligné que ce qui est interdit par la loi, c’est l’introduction d’un fumigène dans le stade, pas son utilisation. C’est complètement absurde. Ce qu’il faut punir, c’est l’utilisation. Et s’il y a utilisation, il faut punir en fonction de la nature de l’utilisation. Allumer une torche pour illuminer sa tribune c’est différent de viser une autre tribune avec une torche. On peut faire de la prévention aussi. Pourquoi ne pas sanctionner l’allumage de fumigène par une interdiction administrative ? C’est suffisamment marquant de prendre quelques matches d’interdiction de stade pour allumage de fumigènes, ce n’est pas la peine de devoir subir une comparution immédiate en correctionnelle et une procédure judiciaire.
Après, celui qui lance une torche sur une autre tribune, il est sanctionné et c’est normal. Ceux qui font les cons avec les fumigènes, ils doivent assumer leurs actes. Nous, à la BSN, on condamne les gars qui utilisent les fumigènes à des fins dangereuses. On n’a jamais utilisé de l’argent du groupe pour défendre ceux qui avaient fait ça.
Et puis, ce qu’on ne dit jamais, c’est que pendant les discussions que nous avons eues avec la LFP en 2004 [plusieurs réunions entre ultras et dirigeants du football avaient abouti à la remise d’un rapport qui n’a guère eu de suites, au grand dam des ultras –NDLR], on avait fait des propositions. On avait dit : on matérialise un endroit en bas de la tribune, on prévient à l’avance, on apporte le matériel nécessaire, on donne nos identités avant, et comme ça on peut allumer des fumigènes sans nuire à personne. Mais ça n’a pas eu de suite. Pourtant, la solution, c’est ça : un allumage contrôlé, prévu à l’avance, avec un dispositif bien en place. Et tout le monde jouera le jeu. »
Vous en êtes sûr ?
On n’est jamais sûr. Mais oui, je pense que ça peut marcher. Et puis, je voulais dire aussi, on nous parle des hooligans, des ultras, des fumigènes. Mais tout ça, ça évite de parler de faits plus graves. Les agressions contre les arbitres dans les petites divisions. Les bagarres rangées entre joueurs. Ca, on n’en parle presque jamais. Si on allait voir dans les petites divisions, on serait édifié. Ce qui s’est passé à Grenoble [les jets de fumigènes sur le terrain lors du match contre Rennes –NDLR], ce n’est rien à côté de ça. Ils ont bon dos les ultras. Parce que se battre sur un terrain en foot amateur, c’est bien plus grave, c’est une atteinte à l’éthique du sport dans sa pratique même.
Les insultes verbales et les banderoles outrancières sont également fortement critiquées. Qu’en pensez-vous ?
« Plus on génère de frustration, plus on interdit les banderoles, plus on interdit le chambrage, plus on donne envie aux gens d’aller dans un autre registre. La banderole des Stéphanois contre les Lyonnais, « La chasse est ouverte », franchement, c’est marrant… [Un tifo des Magic Fans représentant les joueurs lyonnais en animaux de la savane, accompagné d’une banderole « La chasse est ouverte : tuez-les », a provoqué une plainte de l’OL et une sanction de 500 euros avec sursis pour les ultras stéphanois – voir Haine, savane et fumigènes –NDLR] Aujourd’hui, on ne peut plus s’exprimer. On ne peut plus faire ce genre de chambrage qui faisait rire, on ne peut plus faire certaines chorégraphies parce qu’il y a de plus en plus d’interdictions. Qu’est-ce qu’il reste comme défouloir ? L’affrontement physique avec les supporters adverses. Il y a de l’affrontement physique parce qu’ils empêchent l’affrontement symbolique. Certaines banderoles, c’est du Desproges. On est en plein délire quand on dit que c’est violent, que c’est la guerre.
Alors, après, les insultes, ce n’est pas politiquement correct. C’est vrai qu’on est dans une société polie, réfléchie, civique, posée, civilisée [ton ironique]. Moyennant quoi, ils ont muré tout moyen d’expression.
Premier volet : Ultras : ennemis du football ?
Monaco-de-la-greve-aux-incidents-117283-article.html" class="spip_out">Deuxième volet : Nice-Monaco : de la grève aux incidents
Troisième volet : Violences et jeux du cirque
Concernant le troisième volet de l’interview, Renaud nous demande d’apporter la précision suivante : « J’ai utilisé l’expression petits blancs en écho au discours lénifiant sur les banlieues. Je voulais souligner qu’il y a de la souffrance partout. Il y en a même dans les quartiers privilégiés. Et tout ça se retrouve au stade ».
Demain : Cinquième et dernier volet : Ultras : acteurs du football ?






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