1. //
  2. // 19e journée -Monaco/Valenciennes

François Launay : « Tu as l'impression que Valenciennes est maudit »

Alors qu'il vit une saison galère, le club de Valencienne fête son centenaire. À cette occasion, le journaliste (et supporter depuis un VA-Angers en 1989) François Launay publie « Regards sur le centenaire du VAFC » . Un livre où il a récolté 100 témoignages (de Jean-Louis Borloo à Steve Savidan) sur un club attachant mais à l'histoire tumultueuse.

Modififié
0 2
Quand on se penche sur l'histoire de Valenciennes, on se rend compte qu'on ne connaît pas grand-chose en dehors de l'affaire VA-OM…
C'est sans doute parce qu'on est face à un club qui n'a rien gagné en 100 ans d'existence, à part deux titre de champion de D2 en 1972 et 2006. La seule finale de Coupe de France (perdue) remonte à 1951. Du coup c'est difficile de rentrer dans l'imaginaire collectif avec ce genre de palmarès. Tu n'as pas marqué les gens, tu n'as amené personne au Stade de France ou au Parc des Princes. La seule équipe qui laisse une trace, c'est celle de 1965 et 1966 qui termine deux fois troisième. Sauf qu'à l'époque, le troisième n'est pas qualifié en Coupe d'Europe. C'est tout Valenciennes ça. Le club n'a jamais disputé un match européen. Supporter Valenciennes tient du sacerdoce. Tu as l'impression que ce club est maudit. La seule affaire de corruption avérée dans le football français tombe sur Valenciennes qui n'avait rien demandé à personne.

Est-ce que cette page a été tournée ?
Pour moi, la page est tournée en 2007 quand VA bat Marseille à Nungesser sur un doublé de Savidan. Il fallait les battre pour solder les comptes. Mais dans l'esprit des gens, Valenciennes reste lié à cette histoire. Sans cette affaire, l'OM regagne peut-être une autre Ligue des champion derrière, continue à dominer le foot français et Tapie serait encore président et ne serait jamais allé en prison. L'OM a payé en passant deux ans en D2, mais la principale victime c'est Valenciennes. Le club descend en National en deux ans et dépose le bilan en 1996. Les joueurs sont insultés partout, Valenciennes est un club de balance pour la France qui aime l'OM. Il a fallu 13 ans pour revenir en Ligue 1. C'est triste à dire, mais Valenciennes est rentré dans l'histoire du foot français avec cette affaire.


Les acteurs de l'affaire en parlent facilement dans votre livre ?
Jean-Louis Borloo – qui n'était plus président à l'époque –était forcément gêné parce qu'il était l'avocat et l'ami de Tapie. J'ai préféré prendre un acteur neutre en interrogeant le procureur De Montgolfier. On a déjà beaucoup écrit sur le sujet, je ne voulais pas m'y attarder plus que ça. Glassmann a déjà écrit un livre, il a préféré me parler de ses bons souvenirs à Valenciennes où on ne l'a pas vraiment défendu pourtant. Il faut se souvenir que quand le club descend en National en 1994, il n'est même pas prolongé et part à Maubeuge en amateur avant de terminer sa carrière à la Réunion. Il a été traité comme un pestiféré.

Quelle est l'identité du club par rapport à ses deux principaux voisins : Lens et Lille ?
Elle se rapproche de celle de Lens. Valenciennes est aussi une ville ouvrière et minière qui a beaucoup souffert économiquement de la fermeture des mines. Mais à la différence de Lens, VA a raté le virage des années 90 quand le foot explose économiquement. Quand Lens est champion, VA est en CFA. Au début des années 90, les deux clubs avaient un public comparable. Sauf qu'avec la descente en enfer de Valenciennes, certains sont partis du côté de Lens qui n'est qu'à 40 minutes de route. Même si Lens est encore en L2, Valenciennes reste clairement le troisième club du département.

Qui sont les joueurs emblématiques du club ?
Le dernier en date, c'est bien sûr Steve Savidan. Il incarne le renouveau du club, celui qui ramène le club en L1. Savidan, c'est le mec simple, qui aime sortir et boire des coups. Proche du peuple. Après coup, il y a Papin qui est né à Valenciennes. Le club ne croyait pas en lui, il a été envoyé à l'INF Vichy pendant trois ans. Personne ne pensait qu'il deviendrait Ballon d'or. Dans les années 80, il y a Didier Six. Aujourd'hui ceux qui incarnent le club sont Rudy Mater (qui vient du quartier le plus chaud de la ville) et José Saez. José a beau venir de Lille, il est devenu le chouchou du public.

Quels sont les matchs qui sont restés dans la mémoire collective des supporters?
C'est un choix personnel, mais je dirais un Valenciennes – Saint-Étienne en 8e de finale de la Coupe de France en 1990. Valenciennes était en D2 et avait sorti le PSG et Toulon avant de perdre 4-3 en prolongation dans un Nungesser bondé.

Donc une défaite…
Évidemment. La même année, VA dispute un match de barrage pour la remontée et mène 2-1 à cinq minutes de la fin. Sauf que Francis Pelletier lobe son gardien en voulant lui faire une passe en retrait. Strasbourg égalise et gagner en prolongation. Une autre défaite.

«  Le club s'est embourgeoisé  »



Comme voyez-vous le club évoluer si jamais il y a descente en fin de saison ?
Ce ne sera pas une catastrophe s'il remonte dans la foulée. L'avantage – qui est un inconvénient cette saison – c'est que neuf joueurs arrivent en fin de contrat et trois sont en prêt. Pour la réduction de la masse salariale c'est plutôt une bonne chose. En revanche, on sent une désaffection du public. En passant du Nungesser au stade du Hainaut, le club s'est un peu embourgeoisé. Le public ne se reconnaît plus dans des joueurs qui n'incarnent plus le club et donnent juste l'impression d'être de passage. Valenciennes est à la recherche de son âme. Après huit saisons d'affilée en Ligue 1, tu te rends compte que tu n'as jamais dépassé la 10e place. Le public en a un peu marre de voir son équipe jouer le maintien. Sauf que cette saison, tu joues le maintien et tu as un vrai risque de relégation.

Quelles ont été les erreurs commises par la direction ces dernières années pour se retrouver aussi mal classé cette saison ?
Le club s'est planté sur le recrutement depuis deux saisons. VA a voulu acheter dans des championnats mineurs (Autriche, Norvège…) et a oublié de penser à regarder du côté de la Ligue 2. Lindsay Rose est la seule bonne pioche des deux dernières saisons et vient de L2.

Vous croyez encore au maintien ?
Encore un peu. En dehors d'un 4-0 à Nice, l'équipe n'est jamais ridicule. Elle ouvre souvent le score mais n'arrive pas à conserver son avance. Le club l'a déjà fait avec Kombouaré avec seulement 15 points à la trêve. Maintenant, ça ne tient qu'à eux, mais il faut y mettre l'état d'esprit et je crains qu'il leur manque ça.

Regards sur le centenaire du VAFC, par François Launay aux éditions Les Lumières de Lille

propos recueillis par Alexandre Pedro
Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Modifié

Un petit séjour en L2 fera du bien à ce club, qui a beaucoup perdu de son identité.
Le problème c'est que les présidents-supporters c'est sympa mais c'est rarement une réussite. Dès que ça commence à bien marcher les mecs ont tendance à perdre leur sang-froid et à faire nimp, comme Martel à Lens.
Aujourd'hui l'équipe de VA c'est juste un agrégat de joueurs.
Et ce stade du Hainaut...
Nungesser ça avait autrement plus de gueule, rien que le nom déjà, et les tribunes de fer, les pylônes... Ca c'était un stade.
Interview bien sympa sur un club historique du foot français.

Dommage que So Foot ne daigne pas nous parler plus souvent du foot hexagonal non pailleté (si l'on met de côté la franchise qatarie ou Monakov). Il y a énormément d'anecdotes à raconter sur de "petits clubs" et il n'y pas de joueurs dingos qu'en Angleterre ou en Argentine. A quand des articles sur Denis Jouanne, le duo Pardo-Henry ou Gérard Verstraete ?
Mais bon, je vois que le journal de Zlatan fait largement plus de clics, comme quoi les footix et les caves ont toujours raison...
Partenaires
Olive & Tom Logo FOOT.fr
0 2