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François Kamano, en vol et contre tout

Révélé au grand public la saison dernière sous le maillot de Bastia, François Kamano est sans doute appelé à un avenir radieux ballon au pied. Pourtant, du haut de ses 19 ans, c'est peu dire que le jeune attaquant guinéen a beaucoup ramé (ou volé) avant d'en arriver là. Retour sur le parcours d'un combattant.

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À tout juste 19 ans, François Kamano doit déjà avoir les poches pleines... de Miles. En l'espace de quelques mois en effet, celui qui fera peut-être les beaux jours du Sporting Club de Bastia cette saison a beaucoup bourlingué avant de finalement poser ses valises en Corse. Ce jeune joueur plein de promesses, né à Conakry, la capitale de la Guinée, est rapidement convoité par de nombreuses écuries européennes qui scrutent sans cesse le continent africain pour y dénicher les petites pépites de demain. C'est donc plein d'espoir que le garçon s'envole pour l'Europe afin d'y passer plusieurs tests, en Espagne d'abord - à Villarreal notamment - puis en France où François a tapé dans l'œil des recruteurs du Stade rennais. Problème, malgré un talent indéniable et un intérêt réel de la part des clubs qui ont l'ont reçu à l'essai, celui-ci voit ses premiers rêves de signature s'envoler pour différentes raisons, administratives pour la plupart. N'ayant pas encore atteint la majorité à l'époque, Kamano ne peut en aucun cas signer de contrat avec une équipe française, et c'est donc à regret qu'il quitte Rennes après y avoir passé un mois en stage. Juste le temps de réempaqueter ses affaires et le voilà de retour à la case départ, chez lui, en Guinée. Mais François est aussi têtu que sûr de lui. Son avenir, il le sait, c'est le football. Et pour vivre du foot, c'est en Europe qu'il faut aller. Ainsi, pour ne pas perdre de temps en attendant le jour béni de son 18e anniversaire, le joueur choisi de repartir au plus vite sur le Vieux Continent afin de parfaire sa formation, ou de la faire tout court, et de s'acclimater au plus vite aux exigences du football de haut niveau. C'est à ce moment-là qu'intervient le Sporting Club de Bastia.

Le système D, la Suède et la Corse


Sur les conseils d'un de ses contacts africains, la cellule de recrutement bastiaise décide de passer à l'action. Mais là, nouveau problème : l'ambassade refuse de délivrer un visa au jeune garçon... Le sort s'acharne. Mais il en faut plus aux joueurs et au Sporting pour baisser les bras. Spécialistes de la débrouille, les Corses échafaudent un plan B en urgence, une sorte de système D en mode filou. S'il ne peut entrer en France par la grande porte, c'est par la fenêtre qu'il déboulera ! L'idée était de faire transiter le joueur via un autre pays européen, la Suède, pour ensuite le récupérer ultérieurement. Finalement, le deal est conclu avec un club de Stockholm, l'AIK Solna. François Kamanao est censé y faire un essai jusqu'à ce que Bastia ne lui propose de rejoindre ses rangs. Mais là encore, nouveau couac. Ravi des prestations du Guinéen, l'AIK décide de la faire à l'envers à Bastia en lui proposant un contrat tout beau tout neuf qu'il n'a plus qu'à parapher. Tempête sous le crâne de Kamano qui ne sait plus vraiment sur quel pied jouer.

Pierre-Paul Antonetti, responsable de la cellule de recrutement du club corse, se souvient très bien de cet épisode : « Le gamin ne savait plus quoi faire parce qu'il avait la certitude d'avoir un contrat en Suède alors que nous ne pouvions pas lui assurer qu'il en soit de même à Bastia. C'est là que je lui ai parlé au téléphone et que je lui ai dit de me faire confiance, que l'essai serait concluant et que l'on croyait vraiment en lui. Il a donc pesé le pour et le contre et il a finalement fait le pari de nous rejoindre. » Un dernier vol entre la Suède et l'Île de Beauté plus tard et voilà Kamano revêtant une énième tunique en l'espace de quelques mois. Malgré quelques désaccords initiaux à son sujet, les dirigeants et le staff bastiais décident de ne pas se séparer de leur diamant brut. Une bouffée d'oxygène bienvenue après tant de galères et de kilomètres parcourus pour notre steward en herbe. D'autant qu'avant de boucler sa ceinture au décollage, François a dû batailler sec avec ses parents pour parvenir à les convaincre que son destin était là-bas, sur les terrains de football européens.

Quand le paternel s'en mêle


Ses premiers ballons, c'est à Kindia, à 135 km de Conakry, que François Kamano va les martyriser. Avec ses amis, le jeune joueur se tape des petits matchs de quartier, à quatre contre quatre, juste pour le plaisir. On est encore bien loin des centres de formation et d'un quelconque rêve européen. La suite, c'est Pierre-Paul Antonetti qui la raconte : « L'occasion de descendre à la capitale s'est finalement présentée à lui et c'est là qu'il s'est révélé. Mais, même là-bas, il était toujours dans un football de rue, ce que l'on appelle le "football informel" en Guinée. C'est-à-dire qu'il n'y a ni licence ni contrat, ce sont des petits matchs qui s'improvisent dans la rue, dans les quartiers. Il s'est ensuite entraîné dans une académie de football. Abedi, son entraîneur - c'est lui qui nous en a parlé pour la première fois -, a commencé à le former et il a fini par rejoindre le club du FC Satellite pour disputer le championnat guinéen de football. C'est aussi à partir de là qu'il a participé à des matchs internationaux avec les cadets de la sélection guinéenne. »

Pourtant, cette histoire aurait pu être tuée dans l'œuf, car les parents de François ne voient pas d'un bon œil sa passion débordante pour la sphère en cuir. Pour son père, médecin et fonctionnaire d'État, il n'y a que les études qui vaillent. Pas question de mettre l'école hors-jeu pour aller taper dans une chique. Et gare à la punition en cas d'écart à la règle. « Disons qu'en Afrique, le football, ce n'est pas vraiment une profession, explique calmement Kamano dans une interview accordée à SCB TV, la chaîne du Sporting. Ce n'est pas évident d'être un grand footballeur en Afrique parce que déjà les moyens ne sont pas là. Et puis ça a été une grande lutte entre mes parents et moi parce qu'ils étaient tout le temps derrière moi pour que je continue les études. Et quand parfois j'abandonnais les cours pour aller jouer sur le terrain, ils me brimaient quand je rentrais à la maison. Ils me privaient de repas... » Mais même les plus fermes volontés ont du mal à faire le poids devant l'évidence du talent et les promesses qui vont avec. Au prix d'efforts considérables et malgré le ventre qui gargouille, François a donc gagné le droit de tenter ses rêves en Europe, loin de sa Guinée natale.

« Cramé au bout de 10 minutes »


Après plus de six mois passés sans jouer avec le Sporting, attendant toujours d'avoir ses 18 ans, Kamano en a profité pour s'acclimater au pays et aux exigences du foot pro. « Avec le recul, je pense que ça lui a été bénéfique pour découvrir son nouvel environnement, faire connaissance avec ses nouveaux coéquipiers et construire des automatismes sur le terrain » , lâche PPA. Un moindre mal en effet quand, comme lui, on n'a jamais connu de formation classique. Pourtant, le gamin a des fourmis dans les jambes et l'envie d'en découdre : « C'est dur de voir chaque week-end les jeunes du centre sortir et aller jouer des matchs et de devoir rester tout seul. Je m'ennuyais. Il m'arrivait même de me décourager un peu parce que ce n'était pas évident, je me posais des questions, j'étais impatient que la situation se débloque. » Finalement, le grand jour arrive enfin. Après avoir déjà participé à un entraînement avec le groupe pro, Claude Makelele décide de lancer Kamano dans le grand bain. Un grand bain aux allures d'océan, car, pour sa première en Ligue 1, lors de la première journée de championnat la saison dernière, c'est face à l'OM de Bielsa et dans un Furiani au bord de l'implosion que Kamano débute sa jeune carrière.

Même si sa prestation ne fut pas mémorable - il avouera plus tard qu'à vouloir tout donner dans ce match il s'était « cramé au bout de 10 minutes » -, cette entrée en matière lui a permis de prendre la mesure de la L1. Après ce baptême du feu explosif, il faudra attendre la nomination de Ghislain Printant à la tête du Sporting pour revoir durablement l'attaquant sur les pelouses de France. C'est sous ses ordres que le Guinéen va véritablement se faire un nom dans le petit milieu du foot hexagonal. Au final, avec 26 matchs (dont 20 en tant que titulaire), 4 buts et 2 assists, le bilan est franchement fringant pour un gamin de 19 ans. C'est lui qui inscrira d'ailleurs le doublé face à l'ETG qui permettra à Bastia de se maintenir dans l'élite. Entre-temps, la porte de la sélection guinéenne s'est ouverte à son tour et, avec elle, une participation avec le Syli national à la CAN 2015. L'avenir du garçon semble donc tout tracé et aujourd'hui, quand son père prend de ses nouvelles auprès de Pierre-Paul Antonetti, « il veut juste savoir si son fils se comporte bien, s'il est poli avec tout le monde. On ne parle même pas du domaine sportif. Il est simplement content de ce qui arrive à François. » Un papa qui pourra désormais venir en Corse voir cela de ses propres yeux. En profitant des Miles en rab' du fiston, évidemment.

Par Aymeric Le Gall
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Heureusement que cette saison Ayité et Kamano sont restés parce qu'ils étaient très convoités et leur départ nous aurait fait beaucoup de mal.

Si Kamano met ce fameux but du 2-0 contre Lorient ...
Forza BASTIA
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