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France : mon derby est un fake ?

Ce soir les Verts affrontent les Gones. Un derby ! Le seul derby hexagonal, disent les mauvaises langues. En France, le qualificatif se trouve quelque peu galvaudé. La faute à l'histoire et à l'exception française en matière de foot. Et ce n'est pas l'emphase du CFC ou de Téléfoot qui va y changer quelque chose.

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Un derby en France ? Logiquement, si l'observateur « neutre » s'attache avec un peu de rigueur à la définition originelle, l'affaire ne peut concerner qu'une rivalité entre deux équipes d'une même ville, et encore, les conditions à remplir dépassent cette simple coexistence spatiale. Tous les « résidents » de Londres n'entretiennent pas forcément de rapports d'inimité suffisamment intenses, complexes et sur la durée, pour justifier l'usage d'un terme aussi fort et lourd de sens caché. En France, toujours habitée par un certain sentiment d'infériorité en matière de ballon rond, on ne cesse donc de chercher « son derby » , un des critères d'entrée parmi les grandes nations du foot.

« De manière générale, les matchs disputés contre des équipes géographiquement proches sont des moments attendus par les supporters parce que le sens du football, ce qui fonde sa popularité, tient à sa territorialité, explique le spécialiste Ludovic Lestrelin. La proximité attise la rivalité : le proche est celui qui nous ressemble et c'est aussi celui que l'on aime à détester. Construire une identité, cela passe aussi par la négation, le rejet, être contre. En France, les derbys sont une affaire d'honneur et de suprématie au niveau régional, car il n'y a pas de véritables derbys au sens premier du terme, opposant deux équipes d'une même ville. Les ultras sont particulièrement sensibles à ces rencontres, car ils construisent une cause qui est celle de défendre les couleurs de leur ville. De plus, en raison des courtes distances, les derbys sont l'assurance de mobiliser un nombre important de supporters pour effectuer le déplacement et envahir le territoire adverse. Cela génère donc une tension fondamentalement plaisante pour les supporters radicaux. » Seulement, comme aucune municipalité « bien de chez nous » ne possède deux maillots antagonistes capables de prétendre à cet « honneur » , on fait avec ce que l'on a, en négociant des marges de manœuvre de plus en plus amples avec la rigueur lexicale et géographique. L'histoire ne s'achète pas, une rivalité ne se fabrique pas, mais à force d'y croire, PSG-OM est bien devenu un Classico ! Inventaire des cas d'école et des abus de biens sociaux.

Le presque derby qui finit par en être un

#ASSEOL qui va se dérouler ce soir possède presque toutes les qualités pour être reçus à l'examen. Bien qu'elles ne soient pas situées dans le même département (d'où une expression « derby du Rhône » qui sent l'Anschluss), la proximité géographique des deux rivales, ainsi que l'ancienne inimité, largement romancée, entre Lyon « la bourgeoise » et Saint-étienne « l'ouvrière » , muée aujourd'hui en métropole arrogante contre la cité dévastée par la crise, donnent largement crédit à l'affect de ce choc footballistique. Le tout renforcé par de véritables dimensions sportives. Ce fossé est si grand et ancien que déjà en 1943, le très pétainiste préfet de la Loire ne cessa de réclamer le report de la fusion « régionale » des deux formations – décidée par le très anti-foot régime de Vichy -, fortement inquiet devant la « forte effervescence » et le « mécontentement » suscités par la dissolution de l'équipe première de l'ASSE dans celle des « rivaux » du Lyon-Lyonnais. La Terre ne ment pas, la vérité du terrain non plus !

Aujourd'hui, les ultras, mais pas seulement, puisque les présidents s'y sont mis, ont repris le flambeau de cette bataille symbolique à coups de banderoles assassines appelant Louis Lumière à la rescousse. La récente tournure, souvent violente, des événements, notamment en virage sud et chez les Magic Fans, rend aujourd'hui impossible les déplacements des Gones. Bref, le résultat est là, et personne là-bas, surtout à « Sainté  » , ne peut ignorer le jour fatidique du derby.

Le presque derby qui n'en est pas un

2 octobre 2004, stade Louis-II. Tout juste finaliste de la Ligue des champions, l'AS Monaco et sa pléiade de stars accueillent un OGC Nice qui galère en championnat. Alors que l'ASM mène de trois buts, ses supporters décident de chambrer les Nissarts présents dans la tribune visiteurs en sortant une banderole : « Ce soir, c'est votre Coupe d'Europe !  » La réaction niçoise ne se fait pas attendre et les joueurs du Gym réussissent l'exploit d'en planter quatre entre la 66e et la 82e minute. Chez les ultras de Nice, c'est l'extase. « Des chants partent de toutes les tribunes, déclenchant une véritable cacophonie et il faut bien cinq bonnes minutes pour qu'enfin un chant soit repris par tout le monde, se souvient la Brigade Sud Nice dans le livre de ses 20 ans. Mais quel chant ! Le Ce soir, c'est votre Coupe d'Europe ! est tout simplement fabuleux. On le fait non seulement pour les supporters monégasques, en réponse à leur banderole, mais on le fait aussi parce que c'est vrai ! »

Mais cette opposition entre les deux clubs appelée le « derby de la Côte d'Azur » en est-il véritablement un ? Pour le côté géographique, on s'en rapproche. Distante de seulement 20 kilomètres, les deux villes sont presque voisines. L'opposition entre le luxe du Rocher et le milieu « moins favorisé » de Nice pourrait également justifier cette appellation. Mais historiquement, force est de constater que les Niçois ont davantage considéré ce match comme une fête qu'un véritable derby. L'absence d'un gros mouvement de supporters dans les tribunes monégasques expliquant aussi cela. On est loin du temps des rencontres face à Cannes plutôt mouvementées des années 90...

Le derby de sociologue

La France manque de culture foot, mais désormais elle ne manque pas d'experts pour en parler sur les plateaux télés ou dans la presse. Le derby étant bien inscrit dans la grille d'analyse du football, «  fait social total » comme disait l'excellent historien Alfred Wahl, il se transforme en parfait objet d'étude. Le tout est de cocher les cases à remplir pour essayer d'en dégoter un : rivalité sportive, passif historique, opposition politique, distance kilométrée minimum, etc. Ultime subtilité, tenter de faire entrer cette logique très infra-citadine dans le spectre régional hexagonal : Nancy vs Metz, Nantes vs Rennes, sans parler du derby de l'Atlantique entre le FCN et les Girondins, de quoi donner des idées aux Ultras Montréal avant leur prochain déplacement à NYC, etc. Seul petit problème, la vérité des tribunes s'imposent et Red Star/Créteil ou PFC/PSG ne deviendront sûrement pas, même si la réussite leur sourit enfin, des derbys par un petit coup de baguette magique de statistiques sociales ou de clivage Paris/banlieue. Roma/Lazio se sent dans les rues de capitale italienne plus que dans les articles universitaires. Le derby se révèle finalement bien davantage une question littéraire que scientifique, plus proche de Curzio Malaparte que de Maurice Halbwachs.

Le derby d'ultras

Lyon/Nice ou Nice/Lyon, tout le monde s'en bat les couilles chez les supporters. Tout le monde ou presque, car certains fans des deux clubs se vouent une haine sans limite qui fait de chaque match entre les deux équipes une rencontre à très haut risque. La raison ? Un simple Auxerre-Nice en Ligue 1, le 15 septembre 2007. Ce jour-là, un bus de supporters niçois de la Brigade Sud Nice (BSN) se dirige vers l'Yonne. Sur une aire d'autoroute, il rencontre plusieurs dizaines de supporters lyonnais du Virage Sud qui attaquent le véhicule. Posée dans la soute, la bâche domicile (une coutume pour les Gones apparemment, puisqu'ils subtiliseront six ans après un bout de celle des Magic Fans stéphanois) des Niçois saute devant leurs yeux impuissants. Dans le monde des ultras, se faire subtiliser sa bâche (domicile qui plus est) est le plus gros des affronts. Les Niçois tenteront de se venger à plusieurs reprises comme lors de Monaco-Lyon la même année ou même la saison dernière lors de Metz-Nice, les Messins entretenant de bonnes relations avec leurs homologues lyonnais... Les anciens membres de la BSN, pourtant à la pointe de la lutte contre la répression, iront même jusqu'à boycotter la manifestation nationale des ultras à Montpellier suite à la présence de Lyonnais dans le cortège...

Le derby médiatique

Un matin, vous vous réveillez dans une France où Nice-Bastia serait un derby. Du moins dans la bouche des journalistes de Canal Plus. Sans manquer de respect à la grande civilisation méditerranéenne, il faut vraiment tordre sacrément le bâton pour arriver à pondre cette formule. Certes, les ultras des deux clubs ne s'aiment guère (c'est un peu leur vocation), mais les Corses doivent quand même garder, si on veut se la jouer politique, leurs plus belles cartouches pour le PSG, symbole de « l'état colonial » et du foot moderne. De fait, il faut bien vendre un produit payé si cher auprès d'un public souvent novice qui ne demande qu'à y croire. Des joueurs pros de moins en moins sensibles aux enjeux extra-sportifs quand ils ne joueront pas ensemble la saison prochaine (les Parisiens avaient surtout vaincus un poursuivant au classement lors du « Classico » à Marseille) et des clubs qui tentent comme ils peuvent de remplir leur stade n'aident guère. On attend avec impatience Le Havre/Caen, derby normand, ou Évian vs Grenoble, derby montagnard.

par Antoine Aubry et Nicolas Kssis-Martov
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le vrai derby normand c'est Hac-fcr. Mais en attendant qu'ils remontent neuf fois, Hac-Caen fait office de subutex.
Romansochaux Niveau : CFA
Note : 5
"La France manque de culture foot", cette phrase est devenu un mantra sur sofoot.
Sapin_de_Noël Niveau : CFA2
Et Brest-Guingamp, c'est du poulet?

Nan, plus "sérieusement", le plus simple pour stopper toutes ces querelles autour de la possibilité d'un derby à la française serait de trouver, de créer un mot qui désignerait ces matchs. Ce serait probablement parfaitement ridicule, mais on aurait moins à assumer la comparaison avec les pays voisins, et ça rendrait compte de notre spécificité.
De dans le temps, on avait un derby qui tuait en Champagne-Ardenne. Un piot Stade de Reims - CS Sedan Ardennes, ça sentait la poudre et la saucisse grillée parfumée aux rots de bière accompagnés des sons mélodiques des cris d'insultes sur les badeaux friqués de la place d'Erlon contre les bouseux Sangliers des Ardennes. Mais depuis le Stade de Reims flambe en Ligue 1 avec son football Champagne et le CSSA se refait la cerise en CFA 2 en attendant des jours meilleurs.

* Désolé pour le post vide.
Sinon ce week-end il y avait le derby alsacien, une nouveauté permise par la jolie trajectoire du RCS : un petit colmar-stras... en national.
Je me rapelle du "derby" stras-metz que j'allais voir quand j'étais môme, et bien en tant qu'alsacien on est pas près de le revoir ce stas-metz en L1 pourtant les grenats nous montrent comment faire pour remonter.
Message posté par Romansochaux
"La France manque de culture foot", cette phrase est devenu un mantra sur sofoot.


Demandons à Fourneyron ce qu'elle en pense.
Pascal Pierre Niveau : Loisir
Content de lire le nom d'Alfred Wahl qui m'a fait découvrir une vraie passion pour l'Histoire du foot quand j'étais étudiant à Metz.


Mine de rien, il y quand même des clubs dont les supporters ne peuvent pas se blairer depuis plus de 70 ans, notamment Metz et Strasbourg.

La rivalité entre Metz et Nancy s'inscrit davantage dans une rivalité économique, politique et sociale, le foot en devenant un exutoire.

Et enfin, les derbys totalement inventés par les médias, comme les Nancy-Sochaux a une période où le Racing et Metz déchantent.


Sinon, on peut trouver des derbys originaux :

Le derby de la saucisse : Toulouse - Strasbourg
Le derby du chômage post-industriel : Dunkerque - Forbach
Le derby "désolé je joue au foot" : Toulouse - Clermont

Et le RC Lens vs LOSC, on en parle pas (plus) ?
Message posté par Taran
Sinon ce week-end il y avait le derby alsacien, une nouveauté permise par la jolie trajectoire du RCS : un petit colmar-stras... en national..


Oui mais pour moi, qui suit aussi alsacien, le vrai derby (et on l'a bien senti l'an dernier en CFA), c'est bien Strasbourg-Mulhouse.

Et là on peut parler de belle rivalité régionale (le mot derby restant mal employé).
Message posté par outah


Oui mais pour moi, qui suit aussi alsacien, le vrai derby (et on l'a bien senti l'an dernier en CFA), c'est bien Strasbourg-Mulhouse.

Et là on peut parler de belle rivalité régionale (le mot derby restant mal employé).



D'accord avec toi et c'est clairement ce que souligne l'article : c'est quoi un derby?
Parce que la rivalité bas-rhin/haut-rhin, historiquement elle s'est traduite par des Strasbourg- Mulhouse et rarement par des Strasbourg/Colmar.
C'est comme les matchs Strasbourg/Metz pour la rivalité Alsace/Lorraine.
ON va faire clair. Ca fait 60 ans qu'on appel ca le Derby. Donc venez pas nous faire chier avec vos définitions à la con.
Culture foot déjà c'est un oxymore.
Qu'est-ce qu'on s'en fout de ce qui se passe en Angleterre ou en Italie ?
Soit-disant pays de foot, tant mieux pour eux mais on s'en branle.
Si on a envie d'appeler derby un Nice-Bastia, bah oui pourquoi pas ? A partir de quel kilométrage de distance on a le droit, messieurs de so foot ?
Y a pas si longtemps certains réclamaient un big four français, parce que c'est vachement bien de faire comme en Angleterre. Snobisme. Moustache appelait ça l'axe PLM, Saccomano parlait carrément de "gros cinq" (je sais plus qui il mettait dans les cinq).
Faut arrêter le délire.
Autre moutonnerie journalistique : la L1 c'est nul parce qu'on a pas plusieurs clubs par ville comme en Angleterre, Italie, Espagne... Mais bande de zozos réfléchissez à ça : la France compte 36000 communes, l'Angleterre et l'Italie environ 8000, et pour une population équivalente. C'est un problème niveau CM2, fatalement y aura moins de clubs par ville en France !
Pour les derbys c'est pareil.
Eh ouais !

Message posté par seb69
ON va faire clair. Ca fait 60 ans qu'on appel ca le Derby. Donc venez pas nous faire chier avec vos définitions à la con.


Pas "On", toi tout seul. Et ce n'est pas parce que "vous" vous trompez depuis 60 ans que "vous" avez raison.
Metz - Nancy le seul sans aucun doute!
La rivalité entre ces deux villes similaires en poids et en démographie est le top en France! Zon même pas été capables de se mettre d'accord sur la localisation de l'aéroport et de la gare régionale c'est dire...
Mais les vrais le savent, c'est bien Metz la dominante! ;)
Rien ne vaut un vrai LOSC-RCL. Surtout aux débuts des années 2000.
Message posté par Romansochaux
"La France manque de culture foot", cette phrase est devenu un mantra sur sofoot.



Comme je suis d'accord!!! Cette phrase est ressorti régulierement ici et la (surtout quand "ici" et "la" sont des synonymes de so foot)!!!

J'adore "so foot" mais c'est vrai que c'est lassant ce "ailleurs c'est mieux"! D'ailleurs je ne pense pas du tout que la France manque de culture foot et ne pas avoir de vrai derby n'est en aucun cas une preuve de cette absence.
Au Pays bas, certes il n'y a pas dans le championnat, de derby (certes il y a eu le sparta rotterdam et le feyernoord). En Belgique, les derby ne courent pas les rues non plus (except a Bruges)! Pourtant ces 2 pays ont dans les critères de so foot, une vrai culture foot.

Enfin il suffit d'aller faire un tour en Italie pour s'apercevoir que certains chocs portent le nom de Derby alors qu'ils opposent des villes distantes de quelques centaines de km (derby d'italie ou derby del sol...)!

Alors oui certes notre pays ne possedent pas de "Vrais derby" ( politique "un club, une ville"). Mais bon est-ce si important apres tout? un bon lyon-saint-etienne, nimes-montpellier, rennes-nantes, metz-nancy ou lens-lille n'est-il pas plus interressant historiquement, qu'un Arsenal-charlton ou Fulham-crystal palace?
Enfin a l'echelle de Londres, le "lens-lille" ou "Nimes-montpellier" pourrait presque faire figure de véritable derby. J'exagère à peine...
Et Schalke 04/BVB on appelle pas ça le Derby de la Ruhr? Newcastle/Sunderland ils appellent ça comment à part un Derby? Et Bilbao/Real Sociedad?
Pourtant tous des pays à la "culture foot" que vous vénérez tant. OL/ASSE c'est un put*** de Derby ne vous déplaise.
clemölösö Niveau : DHR
En attendant, je continue de rêver d'un Red star - PSG....
Fabrizio Gonzalez Niveau : District
Un matin, vous vous réveillez dans une France où Nice-Bastia serait un derby. Du moins dans la bouche des journalistes de Canal Plus. Sans manquer de respect à la grande civilisation méditerranéenne, il faut vraiment tordre sacrément le bâton pour arriver à pondre cette formule. Certes, les ultras des deux clubs ne s’aiment guère (c’est un peu leur vocation), mais les Corses doivent quand même garder, si on veut se la jouer politique, leurs plus belles cartouches pour le PSG, symbole de « l’état colonial » et du foot moderne. De fait, il faut bien vendre un produit payé si cher auprès d’un public souvent novice qui ne demande qu’à y croire.

Donc c'est Canal Plus qui a inventé la rivalité entre Bastia et Nice pour pouvoir le vendre au footix, prenant à la base une rivalité d'ultras. Tres bon boulot de journaliste quand même.

Je rappelle juste que la rivalité date des années 70; époque ou il n'y avait pas d'université en Corse et que des centaines d'étudiants de l'île débarquaient chaque année. Que le syndicat des étudiants corses a été crée à Nice et qu'il a été une des bases du mouvement nationaliste et de la création du FLNC.
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