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France – Espagne, c’est la famille

C’est l’heure du vrai foot, des exploits et des héros. Pourtant l’Espagne affronte son encombrant voisin du nord avec un mélange de méfiance et d’admiration. Un peu comme dans les vieilles familles. Ambiance.

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La France est amie de l’Allemagne, rivale de la Grande-Bretagne et secrètement amoureuse de l’Italie. Pourtant l’Espagne, elle, n’a pas droit à tant d’égards. Les Espagnols, ce sont les cousins un peu bruyants, ceux qu’on retrouve vers le 15 août à l’abri d’un parasol, qui sont au chômage, qui n’ont jamais de thunes, mais qui se marrent quand même. Une fois par an, après des semaines à se terrer dans la nuit des tunnels et de la grisaille, revoir les cousins du sud rappelle qu’un autre monde est possible. Dans ce monde-là, parler fort, vivre avec deux heures de retard et se coucher tard soulagent les peines. Les cousins espagnols s’effondrent sous le poids de leurs dettes en braillant la composition de la Selección. Le foot, c’est beaucoup plus important que l’économie. L’argent ne donnera jamais le bonheur. L’Euro si. France et Espagne se retrouvent ce soir sur une prairie ukrainienne. Ces deux pays ont trop de sang mélangé pour ne pas se connaître et ne pas se craindre. L’Espagne redoute au moins autant la France que Laurent Blanc l’équipe de Del Bosque. La France, c’est le modèle, l’Espagne, c’est le petit dernier.

Le vieux cousin Luis Aragonés ne lâche rien. Dans la gorge, il a encore les huitièmes de 2006 : « Je maintiens que nous avons été meilleurs et que l’arbitre nous a porté préjudice sur des actions ponctuelles, les typiques actions auxquelles on ne fait pas attention. Je connais bien ces arbitrages sibyllins. La faute de Puyol sur le deuxième but aurait dû être sifflée dans l’autre sens. La faute était d’Henry. » Six ans plus tard, le vieux fou n’en finit pas de ruminer sa défaite contre la bande à Thuram. Pourtant le foot, continue-t-il, « ce n’est pas être le meilleur, c’est savoir jouer une compétition comme eux. Au final, nous avons perdu contre la France qui pouvait gagner, mais qui n’aurait pas dû. » Les Bleus de l’époque avaient beaucoup de poils aux pattes, tandis que les Casillas, Ramos, Alonso, Villa, Torres, Xavi, Iniesta sortaient à peine de la crèche. Pauvres enfants.

L’odeur du sang

Six ans plus tard, en additionnant les 23 joueurs, les Espagnols ont disputé 60 finales (Euro, Mondial, Ligue des champions et Ligue Europa). Ils en ont remporté 54. Il y a même pire statistique. Casillas, Valdés, Albiol, Piqué, Juanfran, Ramos, Iniesta, Xavi, Busquets, Cazorla, Navas, Silva, Pedro, Mata et Torres n’en ont même jamais perdues. El Pais est poli et ne revient pas sur le désert français. Question d’éducation. Les sportifs espagnols ne sont qu’objet d’admiration et de respect. Jamais de moquerie ni d’ironie. L’Espagne est devenue grande en Europe à la mesure que les Indurain, Delgado, Ferrero, Alonso, Raúl, Nadal, Gasol et Casillas forçaient l’admiration du monde. La grande voisine en bleu allait enfin regarder les petits progresser et les applaudir comme le reste du monde. Enfin les cousins pourraient s’assoir à la table des grands et deviser des affaires du monde. Mais le sport n’est pas un motif d’orgueil en France. Marca rappelle à ce titre que les Guignols sont français et qu’ils méritent donc une danse ce soir. Les trompettes de la renommée joueront un pasodoble, sans doute.

Les Espagnols n’ont plus vraiment de complexe, même s’ils se méfient des vieux lions. Casillas précise : « Ce sera un match difficile à cause de l’équipe qu’ils ont, pas à cause du fait qu’on ne les ait jamais battus en match officiel. Ces statistiques existent juste pour pouvoir être un jour vaincues. » Après deux ans de voyages, de calculettes, de matchs dans le froid, de pluie et de qualifications qui n’en finissent jamais, Xavi renifle l’odeur du sang. Le vrai foot peut commencer : « Nous sommes prêts, maintenant ce sont les vrais matchs qui commencent. Un autre tournoi débute, c’est l’heure de la compétition. Après la première phase, le choix, c’est gagner ou gagner. » Les esprits ont changé en six ans, l’époque où les Espagnols se tétanisaient vers la barrière des quarts de finale est bien derrière. Les cousins sont fiers, certes, mais ils ont appris. Del Bosque a tout gagné mais « ce qui nous intéresse, c’est transmettre des valeurs comme la simplicité et l’humilité, en donnant une image de gens normaux, de bons footballeurs. Ces choses-là sont parfois même plus importantes que la victoire. Celui qui perd peut lui aussi transmettre des valeurs. » Les valeurs humaines, c’est la seule richesse, mon bon Vicente. Gagner ou perdre n’a pas vraiment d’importance. Mais mieux vaut quand même gagner à la fin, hein !

Par Thibaud Leplat, à Madrid
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Casillas et Xavi avait au moins 25 ans en 2006, ils étaient loin de sortir de la crêche...
allez les bleus faites honneur aux supporters !!!
Drew Jarez Niveau : DHR
@ouambee : Surtout que Casillas a débuté très jeune au plus haut niveau (première finale de C1 gagnée à 20 ans si je me souviens bien, titulaire à l'euro 2000 et à la CdM 2002, me semble-t-il) et que Xavi en 2006 venait de remporter la C1 avec ses potes du Barça. Costaud.
Le foot et l'immobilier sont les 2 priorités en Espagne, y'a pas à dire. Le foot car les clubs ne paient plus leur impôts alors que les gens oui, va comprendre...et l'immobilier car on renfloue les banques à l'origine du désastre au lieu d'aider les gens expulsés de leur logement, va comprendre. La 3eme priorité c'est la cerveza.
Comment faire briller l'edf ce soir? Avec du Blanc d'Espanhe!
vinceletah Niveau : CFA
Je pense que ce soir, ca serait vraiment dommage de pas faire jouer Menez, parce que l Espagne va plus avoir le ballon et que leur bloc joue assez haut pour qu on tente de jouer dans le dos des defenseurs, prendre de la vitesse, prendre la profondeur Menez c est ce qu il fait de mieux!
La différence c'est que les espagnols voient dans le football une façons d'oublier la misère de leur économie.Tandis que les français voient dans leur économie un façon d'oublier la misère de leur football.
Que peut-on espérer ? pas un de nos joueur poste par poste n'est supérieur aux Espagnols, même leur banc serait titulaire chez nous.

Il n'y a que Benz' qui serait titulaire chez eux et encore il a du mal depuis le début de l'Euro ( Et j'estime qu'un Torres à 100%, ce qui n'est pas le cas en ce moment, vaut un Benzema ).
Je ne pense pas que garer un bus devant la surface de réparation marche contre le jeu du Barca, Chelsea l'a réussit contre un Barcelone amoindri par des cancer ( Abidal, l'entraîneur adjoint ), un latéral droit un peu en retrait: Alvès, La moelle épinière du milieu de terrain qui sentait le poids des ans: Xavi, et un Iniesta qui commençait à avoir le souffle court ( faudra m'expliquer comment il fait pour gambader désormais d'ailleurs...) Ha oui et j'allais oublier l'attaquant de pointe avec le genou sous le bras à l'hosto... et puis une certaine lassitude dans la faim de titres quand même ( 13 en 4 ans ca vous remplit l'estomac ).

D'autant plus que nous n'avons pas la même solidité défensive que les Grecs, chez nous c'est une passoire où les Finlandais et Suèdois se sont régalés alors les Espagnols...d'autant plus que Koscielny bien que meilleur, à priori, que Mexès va devoir se greffer des automatismes avec Rami à vitesse grand v.

En jouant notre jeu, c'est à dire de manière offensive, on se heurtera à une bonne défense Espagnole et au pressing " made in Barca " redoutable ( oui le jeu du Barca c'est aussi un excellent pressing défensif mais tout le monde l'oublie... ) Et puis quand on voit le manque sidérant de joueurs créatifs qui nous a poussé à rappeler Gourcuff dès fois qu'il retrouverait des couleurs avec un maillot bleu sur le dos...
C'est pas Samir Nasri et ces je touche, " 1-2-3-4-5-6-7-8 fois... et parfois plus... le ballon avant de le donner qui va nous faire cela.

Blanc ne le cache d'ailleurs pas:

« Ce qui nous manque, c’est de l’intelligence de jeu, c’est une qualité de plus en plus rare dans le football. Si on avait ça, ce serait mieux que des joueurs qui sont capables d’exploits individuels. »

« J’aimerais bien avoir sous la main un cerveau comme Xavi ou Xabi Alonso, un type qui m’analyse le truc au quart de tour et décide : on fait ci ou ça. Bien sûr que je serai preneur ! Mais pour ça, il faut avoir de la bouteille, s’être imposé en club comme en sélection et avoir atteint un niveau exceptionnel. »

« Depuis que je suis entraîneur ou sélectionneur, il y a très peu de joueurs qui viennent taper à ma porte pour parler et échanger football, pour ne pas dire aucun. […]

"C’est une évolution à l’image de celle de notre société, de plus en plus individualiste. S’il reste un sport profondément collectif, je trouve que le foot devient pourtant de plus en plus égoïste. On s’intéresse d’abord à ses stats, à son match plutôt qu’à celui de l’équipe. »

« Il faudrait se tourner vers le modèle espagnol mais on est très loin de ça »

Et quand on voit le milieu de terrain Espagnols, c'est quasiment tous les joueurs qui sont créatifs !

Une chose à noter néanmoins, l'Espagne est quand même en perte de vitesse sous le poids des ans de Xavi et du nombre de match exponentiel qu'ont, dans les jambes, ses coéquipiers, par ailleurs Torres bien qu'en voie de résurrection n'est quand même pas encore revenu à son apogée ( son Euro va peut-être lui redonner son niveau d'antan ).

Mais ils ont niveau tellement élevé... même en perte de vitesse ils sont capables de rester au-dessus, je ne suis même pas sur que l'excellente Manschaft soit capable de les battre.
Eux sont en progression mais pas encore au top du top. Et je trouve les joueurs Espagnols encore un cran au-dessus en talent.

Allez si jamais notre équipe de France fait un match façon XV de France où chaque joueur joue comme si sa vie en dépendait, peut-être que...
Et puis l'âme du Barca et de cette équipe d'Espagne, Carlos Puyol ne sera pas là pour remettre tout le monde dans le droit chemin.

Mais bon la logique serait, hélas, une défaite large.
A noter également que le premier ministre Espagnol Mariano Rajoy est passé dans les vestiaires Espagnol pour leur faire un discours fort sur ce que représentait leur performances au vu du contexte économique actuel...

Chose qu'aurait très peu apprécié de Bosque en déclarant que la " Roja n'était pas la solution aux problèmes économiques de l'Espagne " ( ou quelque chose comme ca je crois ) d'autant plus que ca met une pression supplémentaire nullement nécessaire, si ca avait l'effet de la lettre de Guy Moquet sur le XV de France en 2007... m'enfin vu la cohorte de vainqueurs de C1 / Euro / Coupe du monde dans leur équipe il faudrait plus pour qu'ils flanchent j'imagine.
Les miracles du dopage!
Les espagnols sont au sport ce que les nazis ont été à la guerre!
Le sport avec eux, c'est les JO de 36, une floppée de jouirnalistes collabos et une espagne sans scrupules!
Ben voyons...

Et tous les autres sont des Saints qui pissent de l'eau bénite.

Félicitation pour le point Godwin.
Belle analyse et belle lucidité de Guardo!

Je te mettrais bien un plus mais il paraît que je ne suis pas connecté.
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