Foot et billard, cousins germains

Il est bientôt minuit quand Vincent Labrune, coincé dans l’antre du Vélodrome, organise un tournoi de billard. La Provence assiste à cette scène surréaliste, au vu de la situation du club, et raconte. Le contraste est choquant. Pourtant, ce n’est pas la première fois que billard et football se rencontrent. Récits croisés.

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En fait, cette histoire commune commence aussi mal qu’elle n’a fini. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Ambrosiana-Inter, qui se fait désormais appeler le FC Internazionale, cherche à se construire et à s’imposer comme l’un des grands clubs de la Botte. Au début de la saison 1946-1947, Carlo Carcano, entraîneur Nerazzurri, annonce qu’il peut recruter à l’étranger et fait donc son marché en Amérique du Sud : Elmo Bovio et Alberto Cerioni les Argentins, Luis Pedemonte, Tomaso Luis Volpi et Bibiano Zapirain les Uruguayens. Mais à une époque où les VHS n’existent pas, Youtube encore moins, l’affaire se révélera être une arnaque. Bovio, en surpoids, arrête par exemple un match à la mi-temps pour rester près du radiateur des vestiaires. Pedemonte, quant à lui, cultive ses bourrelets et passe sa saison en tribune à bouffer des paninis. Cerioni est un gringalet. Pareil pour Volpi. Et Zapirain - venons-en au fait - préfère passer son temps libre à jouer au billard plutôt qu’à s’entraîner. Les « cinque bidoni » , surnom qu’ils obtiendront à l’issue de leur seule et unique saison au club, résume assez bien ce que le billard est pour le football.

« Ginola n’était pas trop mauvais… »


Le billard n'est que distraction, perte de temps, futilité pour le monde professionnel du football. Au même titre que le ping-pong, la belote, ou la Playstation. Un moyen de s'évader de temps à autre, de ne pas penser qu’au ballon, un moyen de se retrouver en dehors du foot. En France, c’est un sport de bar, un art, pas vraiment une passion nationale. La seule image d’un joueur avec une queue entre les mains, qui reste encore aujourd’hui, c’est ce chef-d’œuvre de publicité que Zidane a accepté de tourner pour Grand Optical. Une prouesse d’effets spéciaux.


Mais il existe un pays où le snooker - la variante du billard la plus répandue, attention aux mots - est religion. Le Royaume-Uni, forcément. Ian Walker ancien gardien international de Tottenham et de Leicester, l'a par exemple toujours pratiquée : « Aussi loin que mes souvenirs remontent, j'ai toujours été fan de snooker. Ça permet de se détendre après les matchs, ou après les entraînements. Il y avait quelques bons joueurs chez les Spurs. Darren Anderton, par exemple. On a aussi essayé de convertir David Ginola, qui n’avait jamais trop essayé, et au final il n’était pas trop mauvais. »

Le Ronnie du snooker


Autre souvenir de Ian Walker, qui a assisté à de nombreuses Coupes du monde - que ce soit en Chine où il fait actuellement une escale en tant qu’entraîneur, ou bien à Sheffield, au Crucible Theater, la Mecque de ce sport -, il raconte à Worldsnooker.com comme un enfant : « Je connais même certains joueurs. Ronnie O’Sullivan était souvent dans le coin quand j’habitais près du Hanbury Manor Golf Club. Il habitait vers Chigwell, près du centre d’entraînement de Tottenham. Alors j’ai fait connaissance avec lui. » D’ailleurs, Ronnie, en plus de partager le nom d’un footballeur à dents, est un supporter d’Arsenal (plus de rivalité quand il s'agit de snooker) et la rock-star du circuit. Dans la liste de ses conquêtes, Laila Rouass, entre autres, actrices de la série Femmes de footballeurs. Décidément, tout se recoupe.



Ronnie a également fait équipe pour un tournoi d’exhibition avec Ron Vlaar, l’ex défenseur d’Aston Villa, fan absolu de snooker : « J’ai commencé à aimer ce sport la première fois où j’ai vu Ronnie faire un 147 (le score maximum ndlr). Ma mère m’avait préparé un plat. On était en train de manger. Mais je lui ai dit d’attendre un peu, je ne pouvais pas rater ça. Et elle a attendu. (…) Et puis, quand j’étais à Aston Villa j’ai aussi pu jouer avec lui, un match de gala à Bedworth, pas loin de Birmingham. Une rencontre organisée par l’arbitre international hollandais, Jan Verhaas. C’était vraiment marrant. » Bref, nombreux sont les joueurs britanniques à se mater des compétition à la télé ou à jouer entre eux pour décompresser.

Lahm du snooker


Mais les Britanniques n'ont pas le monopole du billard. Les Belges, les Polonais, les Bulgares en sont également malades. Les Allemands, aussi. On raconte que pendant la Coupe du monde 2010, Joachim Löw a demandé à ce qu’une table de billard soit installée dans leur camp d’entraînement pour que les joueurs puissent « se relaxer » entre les matchs. Philipp Lahm, capitaine de la Mannschaft, est aussi le premier à s’en réjouir lors d'une interview à la Fédération de football allemande : « C’est un sport vraiment très stratégique. Il ne s’agit pas que de mettre une boule dans une poche, mais aussi d’envisager l’après. Il faut toujours avoir un coup d’avance. Le snooker est aussi brutal. Tu dois toujours chercher la perfection. Chaque erreur est punie immédiatement et il faut s’assurer d’un minimum de déchet. Toutes les situations sont différentes et il faut s’adapter. Il y a toujours un défi à relever (…) Alors qu’en tant que défenseur latéral au foot, je commence à connaître tous les cas de figure. »



Finalement, la dernière rencontre entre le football et le billard, c’est certainement l’invention du snookball, par deux Français, Samuel et Aurélien. Un nouveau sport hybride mêlant football et billard auquel de nombreux joueurs se sont essayés. Les Gones, les Gunners, ou même Federer. Ou comment amener les Français à apprécier ce sport que l'on considère, à tort, comme un repose-verre ou un jeu de bar. D'ailleurs, peut-être que c'est ça que Vincent Labrune essayait de faire le week-end dernier. Il essayait peut-être de promouvoir ce sport dans l'Hexagone. Il « déteste le billard » , c'est une chose. Mais le snooker ?


Par Ugo Bocchi
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