Foot & Armistice…
Foot & Armistice…
Chelsea FC Didier Drogba Equipe de France
Foot et Armistice ? Armistice, d’abord. Un souvenir à la con… Terminale B. Automne blafard. Le prof de philo : « Pensez aux pauvres gars qui se sont fait trouer la peau au matin du 11 novembre. Songez que l’Armistice a été signé à 5h15 du matin mais que le cessez-le-feu a été effectif à 11 heures. Entre-temps, des hommes sont tombés… ». L’avait raison, le prof. Le dernier jour de la Grande Guerre a fait près de 11 000 tués, blessés ou disparus. Côté français, la date de décès des morts du 11 novembre a été antidatée au 10 novembre par les autorités militaires pour lesquelles il n’était pas possible ou trop honteux de mourir le jour de la victoire… Voilà, tout ça pour revenir à l’horrible Guerre 14-18 que Jacques Tardi illustrera même après sa mort. C’était le soir du 24 décembre 1914, après 5 mois de boucherie inhumaine. Un truc impensable, miraculeux. Des soldats allemands, britanniques et français avaient fraternisé, le temps d’une trêve, comme à l’époque médiévale. Avec l’assentiment des gradés des deux bords. Le lendemain, des parties de foot sont organisées. On échange le schnaps, le pinard et les clopes. Voir le film Joyeux Noël (2006), réalisé par Christian Carion. Puis les tueries reprendront. A la Noël 1915, les différents états-majors feront bombarder les lignes de Front jugées trop calmes, histoire d’éviter que ne se reproduisent les moments de fraternisation et les matchs de foot à la con où on ne comptait même pas les buts, ni le score…
La Guerre 14-18, c’est aussi l’Union Sacrée qui se finit en Voyage au bout de la nuit. Un peu comme aujourd’hui, avec l’Équipe de France. Tous avec Les Bleus ! La France reste unie derrière les Bleus horizon mais trouve le temps long, très long après des éliminatoires du bout du bout qui n’en finissent pas, jusqu’au 18 novembre, contre l’Irlande. Quand on pense que les Hollandais se sont qualifiés en juin dernier… L’Équipe de France ne part bien sûr pas perdante. Mais comment ne pas invoquer Céline si l’on considère nos 11 Bardamus qui s’apprêtent à affronter l’Irlande : « La loi, c’est le grand Luna Park de la douleur. Quand le miteux se laisse saisir par elle, on l’entend encore crier des siècles et des siècles après ». Remplacez « La loi » par « Les barrages », ça donne une petite touche prémonitoire pas vraiment rassurante. Encore un bout de Céline, dans le Voyage au bout de la nuit ? OK : « Être seul c’est s’entraîner à la mort ». Mais bon, pas de quoi flipper : Raymond jure qu’il n’est jamais seul, alors tout devrait aller. Même si on sait qu’en cas de victoire qualificative au Mondial, Raymond ne signera pas un armistice définitif avec la France du Foot : la guerre larvée reprendra de plus belle au lendemain du 18 novembre, jusqu’en juin 2010. Ce n’est que si les Bleus parviennent au moins en demies en Afrique du Sud qu’on pourra parler de paix entre Raymond et les Français Footeux. Pas avant.
Voilà. Foot et armistice, ça va pas très loin. Le sport n’a jamais empêché les guerres, quelles qu’elles soient. Pas de Jeux Olympiques en 1940, initialement prévus à Tokyo. Le foot n’a jamais arrêté un conflit. Le match USA-Iran du Mondial 98 pourtant disputé dans un réel état d’esprit confraternel n’a pas aboli jusqu’à aujourd’hui les vives tensions entre les deux nations. Aidé un peu au rapprochement des peuples et des nations ? Peut-être, comme on l’a vu entre l’Arménie et la Turquie, récemment. Idem pour les deux Corées, qualifiées au Mondial 2010, et qui se sont affrontées il y a quelques mois. Mais c’est plutôt la politique pure et dure et la diplomatie qui remettent les choses en place. On peut quand même évoquer deux exceptions notables. La première, assez connue, remonte à 1967, durant la terrible et horrible Guerre du Biafra (du nom de cette province sécessionniste du reste du Nigeria qui avait proclamé son indépendance, fin 66). Il fut décrété un cessez-le-feu de 48 heures dans tout le pays pour permettre au FC Santos de poursuivre sa tournée africaine avec un match exhibition à Lagos. Pelé y gagnera là une stature pacificatrice du frère noir revenu apporter la paix sur la terre sacrée de ses lointains ancêtres. Les atrocités de cette guerre civile reprendront juste après le passage des Brésiliens... Plus près de nous, toujours en Afrique, on peut globalement apprécier le rôle pacificateur des footballeurs ivoiriens qui, s’ils n’ont pas mis fin à la guerre civile larvée qui sourd toujours en Côte d’Ivoire, ont peut-être empêché que ne se déroule un scénario tragique à la rwandaise.
En octobre 2005, les Éléphants battent le Soudan et se qualifient pour le Mondial 2006, une première pour le pays. Après le match, les footballeurs à genoux, en signe de prière de recueillement et d’humilité ont laissé parler leur leader, Didier Drogba. La star de Chelsea s’est adressé aux hommes politiques de son pays, un peu comme Bob Marley l’avait fait en 1978 à Kingston, pendant la guerre civile en Jamaïque : « Vous nous aviez promis, hommes politiques, qu’avec notre qualification, vous redonneriez la paix à la Côte d’Ivoire. Donnez la paix aux Ivoiriens. Nous vous en avons donné l’occasion. De grâce, que notre qualification vous dispose à la réconciliation et à la paix. Un pays aussi riche que la Côte d’Ivoire ne peut pendant longtemps sombrer ». Jacques Anouma, le président de la fédé ivoirienne, enquillera avec le même message d’espoir : « J’exprime ma foi de voir un jour la Côte d’Ivoire se doter d’une dream team politique pour que les Ivoiriens réapprennent à vivre ensemble ». Depuis, en Côte d’Ivoire, l’armistice par le foot dure toujours, conforté par la nouvelle qualification récente au Mondial 2010. Reste que les tensions politiques n’ont pas disparu et que la paix demeure fragile. Time will tell, disait Bob…






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