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Fernando Molinos : « Marcelo, il vous irradie de football avec ses mots »

Fernando Molinos, ancien directeur sportif et vice-président de l'Espanyol Barcelone est le premier Européen à avoir fait confiance à Marcelo Bielsa. C'était en 98. Et les choses ne s'étaient pas exactement passées comme prévues pour les Catalans.

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Comment et pourquoi vous êtes-vous intéressé à un entraîneur qui n'avait pas d'expérience en Liga à l'époque ?
L'Espanyol Barcelone a toujours eu beaucoup de connexions en Argentine. À un moment donné de notre histoire, on a même fait des tournées là-bas. Au fil du temps, de plus en plus de personnes me parlaient de Marcelo, de ses méthodes, de sa philosophie et c'est quelque chose qui me séduisait. C'est une personne qui me semblait très intéressante et talentueuse. Bref, il avait le profil qu'on recherchait pour l'Espanyol Barcelone.

Ça s'est passé comment la première fois que vous lui avez parlé ?
Marcelo est quelqu'un de très éduqué, très affable et il nous a très bien reçu, mais il était un peu… spécial. En réalité, il n'a pas beaucoup changé. Il nous avait reçus chez lui, en Argentine, avec le président du club, Daniel Sanchez Llibre. Ça s'est très bien passé. C'est un personnage atypique, mais ça s'est très bien passé.

Est-ce qu'il a eu des demandes particulières au moment de signer le contrat avec le club ?
Je me rappelle qu'on avait mis une clause dans son contrat qui stipulait qu'on pourrait le laisser libre seulement et uniquement si la Fédération argentine lui proposait de devenir sélectionneur. La clause ne disait pas explicitement qu'on lui donnerait sa liberté au cas où la Fédération argentine frapperait à sa porte ou presque. Tout ce que cette clause disait, c'est que l'Espanyol étudierait cette éventualité au cas où elle se présentait. C'est moi qui ai rédigé ce contrat, et évidemment, je n'avais pas mis une clause qui disait qu'il pouvait partir du jour au lendemain. Ça n'aurait pas été prudent de notre part.

Quelques jours après le début du championnat espagnol, la sélection argentine propose le poste à Marcelo…
C'est comme ça que ça s'est passé malheureusement ! (rires) Marcelo était très motivé par l'idée de reprendre l'Albiceleste et il nous a annoncé qu'il voulait quitter le club pour rentrer au pays. Sans aucun préavis. Je lui ai dit que ce n'était pas possible, qu'il ne pouvait pas faire ça du jour au lendemain et que ce n'était pas ce que nous avions convenu. Il y a eu une incompréhension de sa part, et il a commencé à devenir nerveux. J'ai essayé de le calmer en lui disant : « Tranquille, ne t'inquiète pas, on va étudier l'offre et tu pourras partir comme prévu. » Tous les jours, il venait me voir en me disant : « Eh Fer ! Qu'est-ce que t'entends par "étudier" la proposition ? » Moi, je lui répondais : « Ça veut dire que tu ne peux pas prendre l'avion du jour au lendemain pour l'Argentine. » J'avais bien conscience qu'il était enchanté par la possibilité d'entraîner l'Argentine, mais en tant que dirigeant, je ne pouvais pas laisser partir un entraîneur comme ça, sans même lui avoir trouvé un remplaçant. Il avait du mal à comprendre ça, il était impatient. On était d'accord pour dire qu'il y avait une clause, mais l'interprétation qu'il s'en faisait était légèrement différente de celle qu'on s'en faisait.

Son comportement a changé à partir de ce moment-là ?
Ça a commencé à être tendu, mais il a toujours gardé les formes. Marcelo est quelqu'un de très éduqué. Il sait se comporter même quand il est énervé. Au bout d'un moment, il a compris qu'on ne pouvait pas le laisser partir comme ça. L'Espanyol, c'est un club historique et personne n'aurait compris que notre entraîneur puisse partir après seulement quelques matchs de Liga. Comment j'aurais expliqué ça aux socios ? J'étais dans une position inconfortable. J'avais donné ma parole à Marcelo de le laisser partir, mais il fallait que ça se fasse bien, pas du jour au lendemain comme lui le désirait. Plus les jours passaient et plus Marcelo était énervé, mais au final, il a eu une fin heureuse et l'Espanyol aussi. Aucun club dans le monde ne peut retenir un entraîneur, encore moins si c'est Marcelo. À chaque fois que je le croisais, il me disait : « Fer, alors, t'as étudié l'affaire ou pas ? » Il me fatiguait avec ça… S'il avait été plus calme et moins impatient, je crois qu'on aurait trouvé une solution plus rapidement. Ses nerfs lui ont joué des tours. Il croyait sans doute qu'on n'allait pas respecter notre engagement, alors que c'était tout le contraire. J'ai un respect énorme envers l'homme et le professionnel qu'il est, mais il regardait la chose uniquement à travers son prisme à lui.

Pendant ces négociations, il était comment avec le groupe ?
Il était un peu dégoûté de ne pas récupérer sa liberté pour signer un contrat avec l'Argentine, mais il n'a jamais cessé d'être professionnel. Son exigence envers ses joueurs n'a jamais faibli. Au niveau du travail, il a toujours été irréprochable, parfait même. Il est resté peu de temps avec nous, mais je peux vous dire qu'il a beaucoup marqué les joueurs de l'époque. Bielsa, c'est un personnage entier, atypique. Le professionnalisme coule dans ses veines, c'est un laborantin du football, une bible de ce sport. Quand vous l'entendez parler de football, vous avez l'impression que c'est une discipline universitaire. Je vais te dire un truc : j'ai été joueur pendant 15 ans, puis directeur sportif et même président de club, mais je n'ai jamais vu un entraîneur aussi doué que lui. Il est unique.

Mais concrètement, qu'est-ce qu'il a de si particulier ?
Tout le monde me pose cette question, mais c'est très difficile à dire. Marcelo, il vous irradie le football avec ses mots, ses gestes, sa présence. Il est très charismatique. Tu ne peux pas être indifférent à un personnage comme ça. Il t'embarque dans son univers très facilement. Quand un type aussi impliqué, travailleur, doué et différent de tout ce que tu as pu connaître auparavant te parle, tu l'écoutes et tu fais ce qu'il te dit. Même un joueur qui n'a pas beaucoup de culture se rend compte qu'il peut apprendre beaucoup de choses au contact de Marcelo Bielsa. C'est sa grande force. À son contact, tout le monde progresse.

Avec Bielsa, l'Espanyol n'a pas eu de bons résultats. Vous n'avez jamais douté de lui pendant qu'il était là ?
On était confiants, même après des débuts difficiles. Le fait que l'Argentine veuille en faire son sélectionneur, ça résume tout. On aurait vraiment adoré qu'il reste. Je suis d'ailleurs convaincu que la saison aurait été très bonne avec lui.

Bielsa a vivement critiqué le recrutement de l'OM dernièrement en s'en prenant directement à Vincent Labrune, le président. Quels conseils vous donneriez aux dirigeants de l'OM dans leur gestion du cas Bielsa ?

Je ne connais pas ce président, mais tout ce que je peux lui conseiller, c'est de laisser Marcelo Bielsa travailler. S'il y a bien quelqu'un qui s'y connaît en football, c'est lui. Bielsa, il faut lui donner les rênes et une confiance aveugle, sinon ça ne marche pas. Alors oui, il a des méthodes atypiques, un discours atypique… Mais il faut le laisser tranquille et le mettre dans les meilleures dispositions possibles. La différence, c'est l'essence de Marcelo. C'est quelqu'un de très respectueux et distant à la fois. Mais il est comme ça. Si tout le club est derrière lui, il y aura des victoires au bout, c'est sûr. Enfin sûr… Il n'y a jamais rien de sûr dans le football, mais avec Marcelo, les possibilités de gagner sont plus importantes que sans lui.

Est-ce que Marcelo Bielsa vous a critiqué parce que vous n'aviez pas ramené des joueurs ?
Non, non. C'est vrai qu'on n'avait pas pu satisfaire toutes ses demandes - entre autres Juan Pablo Sorín (River Plate), Claudio Hussain (Vélez) et Diego Cagna (Boca Juniors), ndlr -, mais il ne nous a jamais rien reproché. Il n'a jamais critiqué ses dirigeants ou le club en public ou via la presse. Je ne l'ai jamais entendu dire : « Vous m'aviez promis untel et il n'est pas venu. » Non, ce n'est pas son genre…

C'est pourtant ce qu'il a fait avec l'OM…
Ouais, ouais, ouais… Bah ce problème, on ne l'a pas eu chez nous.

Ça vous surprend ?
Sincèrement, je ne sais pas pourquoi il a dit ça, parce que je ne suis pas l'actualité de l'OM. Tout ce que je peux dire, c'est que Bielsa est un être spécial. Dans le bon sens du terme. J'ai vu défiler une vingtaine d'entraîneurs dans ma carrière, mais je n'ai jamais vu un type travailler autant que Marcelo. Jamais, tu m'entends ? Je n'ai jamais vu un coach aussi exigeant, intègre et investi avec son club et sa profession. Marcelo est un professionnel impressionnant. Quand il parle de football, de ses joueurs ou de son équipe, il a rarement tort. S'il a réagi comme vous dites, c'est qu'il à ses raisons, mais je ne les connais pas...


Propos recueillis par Javier Prieto-Santos
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