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Féret, le gros poisson

Ce week-end, le Stade rennais n’a pas gagné le derby breton. Pire, les joueurs de Frédéric Antonetti, qui menaient 2 à 0, se sont fait rattraper comme des bleus. Mais au fond, on s’en fout, parce que le génie Julien Féret a profité de cette saloperie de Breizhico pour inscrire un nouveau but de grande classe. En même temps, quoi de plus logique pour un type qui pue le foot à plein nez ?

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Poète… Vos papiers ! Nom : Féret. Prénom : Julien. Âge : 30 ans. Caractéristique : dernier artiste made in terroir que la France profonde du foot héberge encore. Au vrai, cela commence à faire un bout de temps que voir jouer Julien Féret un soir de Ligue 1 est un énorme bol d’air. Aussi léger qu’une bonne crème chantilly maison, aussi classieux qu’un beau costard Smalto et pourtant aussi insignifiant qu’une incivilité dans le métro parisien, le natif de Saint-Brieuc est un homme à part dans le paysage du football hexagonal. Hymne à l’élégance, Julien Féret est le joueur « frisson » par excellence. Et il le sait. «  J’aime jouer vers l’avant. J’aime prendre des risques et me sentir libre d’oser des gestes difficiles, quitte à avoir plus de déchets dans mon jeu » , confiait récemment l’intéressé à France Football. Conscient d’être au-dessus du lot sans être présomptueux, amoureux du football, mais pas forcément de la gagne, celui qui n’a découvert la Ligue 1 qu’à 26 ans passe le cap de la trentaine comme il conduit la balle : la tête haute. Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir ramé.

Prof d’EPS contrarié

Le temps où Langueux, petite commune des Côtes-d’Armor, n’était connu que pour son musée de la briqueterie est révolu. C’est là, coincé entre Saint-Brieuc et Yffiniac, que Julien Féret a touché son premier ballon. « Je faisais des tennis-ballon contre le mur. Je m’amusais tout en travaillant ma technique. Je pense que cela m’a aidé par la suite, même si j’avais peut-être un peu plus d’aptitudes que les autres » , se rappelle t-il. Il faut dire que, pour lui comme pour beaucoup de mômes, le football est un jeu. Gamin sérieux et bien entouré, il découvre le football en club à l’US Langueux, avant de migrer à Saint-Brieuc à la fin de l’adolescence. Si à 17 ans, Féret a la chance de découvrir la CFA 2 avec le Stade Briochin, pour lui et ses parents l’essentiel est ailleurs. La priorité des Féret ? Le baccalauréat. C’est d’ailleurs pour l’obtention de ce diplôme que le joueur, en accord avec sa famille, essuie d’un revers de main une offre de l’En Avant Guingamp, qui se voyait bien en faire un bon élément de son centre de formation. L’épreuve de terminale passée haut la main en 2000, la pépite du 22 finit par se faire rattraper par son talent et intègre le centre de formation du Stade rennais. Passer de deux entraînements hebdomadaires à neuf fait mal à celui qui a toujours considéré le football comme un jeu et un moyen de se divertir. Il pense même à se barrer : « J’en avais marre et je voulais rentrer chez moi. Il m’a fallu six mois pour me mettre en route. C’est compliqué d’arriver dans une structure pro aussi tard. Tu apprends moins vite dans un club amateur. » Finalement, la pilule passe. Incontestablement brillant, le joueur finit par s’imposer dans le onze type, aux côtés de Didot, Illunga et Puygrenier. De bon augure pour la suite, cette saison réussie ne suffira pas. Jugé « un peu trop juste pour passer pro, notamment par manque de mental, de personnalité et de physique » selon le directeur du centre de formation Patrick Rampillon, Féret se fait jeter et est prêt à jeter l’éponge. Il se voit prof d’EPS. Mais franchement, imaginer un type aussi classe en train de mettre la misère à ses élèves en jogging Panzeri, ça fait mal.

Transféré pour 40 000 euros


Au fond, ce n’est pas beaucoup plus douloureux que de le voir moisir sans proposition, si ce n’est celle du club amateur de Loudéac. C’est finalement à Cherbourg, en National, que Féret rebondit. Titulaire, il se débrouille pas mal, se barre à Niort en L2, redescend en National et est transféré au Stade de Reims pour 40 000 euros. Le début de la réussite. Chez les Rémois, Féret forme une doublette folle avec Cédric Fauré. Épanoui en terre champenoise, il se met à surfer sur la vague de la réussite. Mieux vaut tard que jamais, hein. Et même si sa dernière saison est manquée, le natif de Saint-Brieuc voit, à 26 ans, s’ouvrir pour la première fois les portes de l’élite. Rayon de soleil du Nancy de Pablo Correa, Féret s’impose, saison après saison, comme une référence en Ligue 1 en matière de classe. «  L’élégance ? C’est comme ça que je conçois le foot  » , sabrait-il d’ailleurs dans les colonnes de France Football. « Mais je n’aime pas trop rater ce que j’entreprend…  » L’amour de la beauté du geste tout en sachant pertinemment qu’un beau geste est un geste réussi. Son préféré ? Le crochet tout en finesse, le pas de danse en feinte de frappe et le but un peu en bout de course. Un but qu’il a marqué ce week-end, face à Brest, en terminant par une frappe dans un angle très difficile après un dribble sur le gardien. Jugé pas assez compétiteur et souvent trop mou par ses coachs – à Reims, Thierry Froger le traitait de «  courge » - celui qui a tenté le judo avant de se rendre compte qu’il n’était pas assez combatif est, à 30 ans, aux portes de l’équipe de France. Régulièrement préconvoqué par Laurent Blanc, Féret attend un appel du pied de Didier Deschamps. Et au fond, cette convocation, c’est toute la France du football qui l’attend.

Par Swann Borsellino
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