Faux papiers, s'il vous plait !

Le Bordelais Diego Placente et les Stéphanois Gonzalo Bergessio et Augusto Fernandez sont au cœur d'une nouvelle affaire de passeports falsifiés, dix ans après l'affaire Alex-Aloisio. Il s'agit cette fois-ci d'un réseau de corruption qui aurait permis aux Argentins de sauter quelques étapes dans les démarches d'attribution de la nationalité italienne.

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Le souvenir d'Alex et d'Aloisio a fait planer l'ombre d'un doute sur le stade Geoffroy-Guichard. Non pas que la Panthère et le Taureau envisagent de rechausser les crampons pour venir donner un coup de main aux Verts, qui en auraient bien besoin. Mais plutôt parce que souffle de nouveau le vent d'une affaire de faux passeports dans le Forez, mais aussi en Gironde. Les Stéphanois sont montés au créneau pour rappeler que seul Bergessio évolue en tant que joueur extracommunautaire et que Fernandez détient son passeport italien depuis deux ans et demi. Sauf que contrairement à l'affaire des Brésiliens, c'est cette fois-ci la façon dont ces passeports ont été obtenus qui pose problème, plus que leur nature frauduleuse. Début 2009, Giancarlo Curcio, le consul d'Italie à Buenos Aires, transmet une liste de personnes ayant bénéficié de la nationalité italienne de façon suspecte à la justice argentine. Des irrégularités sont prouvées dans plusieurs cas, comme dans celui de Leandro Cufré, transféré de Monaco au Hertha Berlin quelques jours après. Plus d'un millier de dossiers sont actuellement épluchés par le tribunal correctionnel et criminel fédéral numéro 5 de Buenos Aires. « Cela fait plusieurs années que les autorités argentines et italiennes ont des doutes sur des centaines de dossiers présentés dans les différents consulats d'Italie en Argentine » , assure-t-on du côté du cabinet de Norberto Oyarbide, le juge chargé de l'enquête.

Carrizo et son arrière grand-père imaginaire

Ce n'est pas tant l'ascendance des demandeurs qui est remise en cause, même si Giancarlo Curcio prétend notamment qu' « on a tenté d'inventer un arrière grand-père italien à Juan Pablo Carrizo (le gardien de Saragosse) » . C'est davantage la manière dont cette nationalité a été obtenue qui interpelle. En effet, étant donné le nombre important d'Argentins d'origine italienne qui sollicite la double nationalité, il faut entre quatre et cinq ans pour que la demande, le temps que le consulat procède aux vérifications d'usage, statue sur les documents présentés et, si tout est en bonne et due forme, accorde le précieux sésame. Dans cette affaire, la plupart des suspects (de gros entrepreneurs, des sportifs, etc.) auraient effectué toutes ces démarches en... trois mois ! Comment ? Grâce à plusieurs sociétés spécialisées dans la prise en charge de ces formalités, dont l'une est particulièrement visée par l'investigation en cours : Ciudadania Express (Citoyenneté Express). Jusque-là rien d'illégal, sauf que ces sociétés auraient mis en œuvre des moyens douteux pour que leurs clients obtiennent plus rapidement la nationalité italienne.

Plusieurs internationaux albiceleste concernés

Inscriptions dans plusieurs consulats, falsifications de registres civils, associations illicites, envoi d'un faux représentant consulaire en Italie afin de récupérer des documents administratifs auprès de diverses municipalités et surtout versements de commissions salées (de « 5000 à 50 000 dollars » , selon le cabinet du juge Oyarbide) : voici en substance, le grief de Maria Elena Tedaldi, la dirigeante de Ciudadania Express, des responsables de l'Estudio Massimo et d'une trentaine d'autres personnes mises en examen. « Ce système est intéressant pour les joueurs et leurs représentants : cela leur coûte plus cher, mais ils obtiennent la nationalité plus vite » , concède l'un des principaux accusés. Il est toujours plus facile de vendre un joueur possédant un passeport européen à un club du vieux continent, où le nombre de joueurs extracommunautaires est limité (à cinq en France). La justice argentine a récupéré les enregistrements de nombreux échanges téléphoniques et entretiens impliquant des joueurs ou, à défaut, leurs agents. Ceux-ci vont devoir s'expliquer sur certaines manœuvres visiblement pas très honnêtes. En dehors de nos frontières, parmi les quinze footballeurs suspectés, apparaissent notamment les noms des internationaux Fernando Gago (Real Madrid), ceux de Germán Denis (Napoli), Juan Forlín (Espanyol de Barcelone), Juan Pablo Carrizo (Real Saragosse) ou encore Jesús Dátolo (Olympiakos). Juan Sebastian Veron, qui a obtenu la nationalité italienne grâce au concours de Mme Tedaldi, avait été acquitté en 2007...

Par Alejandro Carbone, à Buenos Aires

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