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Faut-il chanter son hymne ?

Jeudi soir, les Brésiliens ont fait vibrer les colonnes d'acier du stade de São Paulo au moment d'entamer leur hymne. On ne comprenait rien à ce qu'ils chantaient, mais peu importe. C'était beau, c'était le Mondial qui commençait enfin.

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On avait pourtant été bien préparés à ne plus rien ressentir du tout. Depuis un mois qu'on nous bassinait, on avait déjà tout vu, tout lu, tout regardé sur le Brésil, les favelas, la prostitution dans les rues de Rio. On avait même été obligés de se choisir une école de samba pour le carnaval de l'an prochain. La Mangueira ou la Portela, on savait déjà avec qui on défilerait en février. On nous promettait, on nous jurait même, qu'on en aurait pour notre argent, qu'il suffisait de télécharger quelques applications sur nos tablettes, puis de se procurer, moyennant grisbi, toute une quantité de choses qui rempliraient nos armoires et nous donneraient, à nous aussi, l'impression d'avoir pris l'avion, traversé l'Atlantique et atterri sur la Terre la plus cool du monde. À vrai dire, après trois semaines sans foot, on était prêts à avaler n'importe quelle histoire, pourvu qu'il y eût un peu de caïpirinha, de Caetano Veloso et de Neymar à l'intérieur. Nous n'allions pas au Brésil, mais le Brésil était déjà en nous. Alors quand, hier soir, les deux équipes entrèrent sur la pelouse de la São Paulo Arena, on y était enfin. Dans les journaux, ils nous avaient parlé de cet hymne brésilien, de cette version courte, puis des chœurs qui reprendraient ensuite le refrain comme les esclaves de Verdi dans ses opéras. Contre l'Espagne en finale de Coupe des confédérations l'an dernier, ils avaient transporté le Brésil vers les sommets et vaincus à eux seuls les champions du monde espagnols. Mais on n'en était pas à notre premier Mondial. Et puis la Marseillaise aussi, c'est quand même quelque chose.

La sensation de match

Mais quand la caméra s'arrêta sur Neymar, vers 21 heures, qu'il mit sa tête dans ses mains avant même que l'Hino Nacional Brasileiro ne fût entamé, on se dit que quelque chose n'était pas comme d'habitude. D'habitude, on regardait les hymnes en tâchant de prophétiser les intentions des joueurs, en étudiant de près leur physionomie. On démasquait la motivation de l'un à sa façon de brailler ou de forcer sur ses traits au moment où l'objectif de la caméra passait devant lui. On interprétait les attitudes de cet autre qui ne chantait pas, mais qui s'accrochait à son copain tant qu'il pouvait, comme pour ne pas s'effondrer sous le poids des enfants de la patrie entamant les premières notes de l'hymne glorieux. Lors des hymnes, certains chantent, d'autres moins, d'autres encore posent leur main sur leur cœur et tout ceci participe d'un spectacle propre à cette compétition complètement folle que constitue une Coupe du monde. On aura beau nous mettre des publicités entre deux chants ou des autocollants Nike sur le visage de chacun des héros, on y croira encore. C'est du folklore, oui. Mais la fonction de ce folklore est de nous accorder au diapason émotionnel du match auquel nous sommes sur le point d'assister. L'hymne, ce n'est pas encore le match, mais c'est déjà sa sensation.

Et hier soir, ils chantèrent tous. Mais au lieu de gueuler encore plus fort au moment où la caméra s'approchait de leur visage, pour ainsi prouver à force de décibels leur attachement à leurs couleurs, ils baissèrent un peu le ton, serrèrent les dents et fermèrent les yeux. Ils avaient l'air bouleversé. On devinait des larmes affleurant au bord de leurs paupières. Évidemment qu'ils étaient émus. Ce n'est pas rien de vibrer à ce point quand vous représentez votre pays dans votre stade pour le premier match de votre Coupe du monde. Souvenez-vous de notre première Marseillaise au stade Vélodrome en 1998 ou de l'hymne sud-africain lors de la finale de rugby 1995. Neymar, Oscar, Marcelo, Júlio César et tous les autres ont dû sentir bouillir leur sang comme François Pienaar ou Joost van der Westhuizen à Johannesbourg avant cette finale contre l'Australie. Au moment où le stade de São Paulo reprit l'hymne a cappella, on sut que le temps des commerçants était terminé et que le Mondial débutait enfin. Les mots que Thiago Silva hurlait (És tu, Brasil, Ó Pátria amada !) se changeaient en frissons qui remontaient la colonne vertébrale, se faufilaient dans la nuque, envahissaient les avant-bras et s'étalaient enfin sur tout notre épiderme.

Mondial ou JO ?


Le football, ce n'est pas la guerre bien sûr. On sait bien qu'un Brésil-Croatie n'a rien de si grave. Chanter un hymne dans un stade a d'ailleurs plus à voir avec le folklore du chauvinisme décomplexé qu'avec le patriotisme sincère et cordial. Certes, durant un Mondial, il y a moins de sports qu'aux JO. Mais une Coupe du monde, c'est beaucoup plus que les JO. Parce qu'aux Jeux olympiques, il n'y a que les vainqueurs qui ont le droit au lyrisme. Les hymnes (souvent russes ou américains) ne sont destinés qu'à célébrer un peu plus la grandeur d'une seule nation au-dessus de toutes les autres. Ces chants écrasent plutôt qu'ils unissent. En Coupe du monde, c'est l'inverse : on chante et on joue ensuite. Le cœur a ainsi la préséance sur les jambes. L'Iran, le Honduras, le Cameroun ou le Ghana auront aussi le droit d'être fiers de leur hymne et de le faire vibrer dans les oreilles du monde. Le temps d'un hymne, leur maillot sera aussi grand que celui de l'Italie, de l'Allemagne ou des autres grandes nations habituées aux podiums internationaux. Au Mondial, on chante avant de jouer parce que c'est l'émotion qui compte. Voilà pourquoi les footballeurs ne sont pas des soldats. Hier soir, les Brésiliens tardèrent ainsi plus de 10 minutes à se défaire de toutes ces émotions dont ils étaient responsables. Ballon au pied, ils avaient perdu leur joie, à croire que toute cette fierté collait leurs chevilles à la pelouse et les paralysait. Ils encaissèrent même un but (contre leur camp) dès les premières minutes de jeu. Parfois, il vaut mieux prendre sa tête dans ses mains, et ne pas chanter.



Par Thibaud Leplat, à Madrid
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