Fallait pas s'inviter...

Les tribulations d'un fan parisien à Rennes le week-end dernier... Récit.

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Les pouvoirs publics avaient adressé un message clair aux supporters parisiens souhaitant se rendre le week-end dernier à Rennes-PSG en marge du déplacement officiel, en demandant l'annulation des billets réservés par Internet depuis la région parisienne (lire “Privés de Rennes-PSG !”). Ayant entendu l'avertissement, les groupes de supporters qui contestent le plan Leproux ont décidé d'annuler leur virée en Bretagne. Y en a qui ont quand même essayé d'y aller. Ils ont eu des problèmes.

Alain (le prénom a été modifié à sa demande) est l'un d'eux. Il nous livre un récit conforme à d'autres témoignages et aux vidéos disponibles sur Internet. Abonné depuis quatre ans en tribune G, mais encarté dans aucun groupe, il l'a mauvaise contre le plan Leproux. « La plupart des supporters n'ont rien à se reprocher. Pourtant, on nous empêche de profiter du Parc entre amis comme avant » . Malgré l'annulation de son billet pour Rennes-PSG acheté par Internet, malgré la défection d'associations comme “Liberté pour les Abonnés”, Alain « ne veut pas que la flamme de la contestation s'éteigne » . Avec quelques amis, il réussit à acheter des places dans une des tribunes latérales du Stade de la Route de Lorient, celle qui fait opportunément face aux caméras. Pour l'occasion, une petite banderole “Raté, on est encore là” est confectionnée à la hâte. « On voulait marquer notre présence mais agir pacifiquement pour ne pas discréditer notre action » .

Leur coup d'éclat était planifié pour la seconde mi-temps. Sauf que, sans le savoir, ils n'étaient pas seuls. Une trentaine de Parisiens s'était regroupée à côté du secteur réservé aux fans s'étant déplacés avec le PSG. Surtout, un autre petit groupe était lui aussi présent dans leur tribune latérale. A la 30ème minute, ces derniers affichent subitement leur banderole “Toujours là, PSG Fans”. Ni une, ni deux, Alain et ses amis décident de se joindre à eux. « On a été pris par surprise : on n'a pas réussi à bien déployer notre banderole » . Il faut dire que l'intervention des stadiers rennais ne les aide pas. « La sécurité a quand même été plutôt clémente. Ils nous ont ordonné d'enlever nos banderoles, qui sont restées à peu près une minute, puis ils nous ont demandé de nous asseoir et de ne pas chanter » .

Ce premier essai ne leur suffisant pas, les contestataires décident de reproduire leur action à la 60ème. Là, ça se passe tout de suite moins bien. « Les stadiers sont intervenus beaucoup plus rapidement et violemment. Y en a même un, en blanc, qui donnait des coups de poing dans le tas pour qu'on lâche notre banderole » . La SIR, la brigade de policiers spécialisés créée l'an dernier, est également sur les lieux. Est-ce que les fans parisiens ont fait preuve de violence ? « Franchement, je ne pense pas, affirme Alain. On s'est contentés de tenir la banderole. Un jeune était excité de s'être pris un coup de poing et a pas mal gueulé. C'est pour ça qu'il s'est fait directement embarquer. Un stadier est tombé en tirant sur la banderole : je ne crois pas qu'il ait été bousculé » .

Le calme revient rapidement, mais quelques minutes plus tard, « le chef des stadiers et la SIR nous ont demandé de sortir du stade. On les a suivis pour ne pas créer de problème » . Les seize rebelles subissent alors « un contrôle d'identité pendant environ 2h » avant d'être « emmenés au commissariat pour être finalement relâchés vers 1h du matin » pour treize d'entre eux dont Alain. Les trois derniers, interpellés eux aussi pour « violences volontaires sans ITT en réunion » , sortent le dimanche soir : « On leur a dit qu'il n'y aurait pas de suites » .
Alain est doublement énervé : « Pourquoi on a été interpellés ? Qu'est-ce qu'on a fait de mal ? “Rien” nous ont dit les RG. Du simple stadier au chef du commissariat, personne ne savait pourquoi on nous arrêtait. On a eu une seule réponse, d'un responsable des stadiers : “On a des ordres des autorités pour enlever vos banderoles” » . Et ce qu'Alain a encore moins apprécié, c'est le deuxième effet Kiss Cool : « Sur place, tout le monde nous a dit qu'on ne risquait rien et à notre retour à Paris, on apprend par la presse qu'on va être interdits de stade ! Pour l'instant, je n'ai pas de confirmation. Si c'est le cas, on contestera cette sanction » .

Quand on l'interroge sur les revendications précises des adversaires du plan Leproux, Alain préfère botter en touche : « Je suis un simple supporter. Sur ces questions, je laisse les responsables s'exprimer » . On insiste : l'absence d'un projet alternatif visible, les divergences entre les opposants au plan Leproux, les incertitudes sur la dénonciation effective de la violence et du racisme de la part de certains d'entre eux n'expliquent-ils pas le manque de soutien médiatique que déplorent ces supporters ? Alain se contente de parler pour lui : « Ce que je peux dire, c'est que ceux avec lesquels je suis veulent rester dans la légalité et que d'autres actions pacifiques seront sans doute organisées prochainement » . Ça tombe bien, ce samedi à 14h, c'est l'AG de “Liberté pour les Abonnés” dans le 11ème arrondissement de Paris. Une bonne occasion d'avancer de manière constructive dans le débat autour de l'ambiance du Parc ?

Quentin Blandin




- Vidéo des “incidents ” de la 60ème minute de Rennes-PSG :



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Merci pour cet article.

Refuser de vendre des billets à des gens sans motif légitime c'est illégal - ça s'appelle le refus de vente.
Si le motif c'est l'appartenance supposée à un mouvement de supporter alors en plus c'est une atteinte à la liberté de conscience.
Et pour boucler la boucle atteinte à la liberté d'expression en interdisant des banderoles qui n'étaient pas porteuses de messages de haine, n'incitaient pas à la violence et ne causaient pas un trouble à l'ordre public.

Bravo Leproux. Bravo les Préfets qui font exécuter des ordres illégaux. Bravo les journaleux de TF1 et canal qui n'en parlent pas.
Ca fait longtemps qu'il y a plus de journalistes à canal...
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