Fallait-il sélectionner Demba Ba ?

Prolifique buteur du Beşiktaş Istanbul, Demba Ba espérait briller à la CAN 2015. Peine perdue, le sélectionneur sénégalais Alain Giresse a décidé de se passer de ses services. Pourquoi ? Comment ? Tentative d'explications entre insultes bien dosées, marionnettes tricolores et boulards surdimensionnés.

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Sous le coup de l'émotion, on dit parfois de vilaines choses. Et quand il est énervé, mieux vaut ne pas tendre un micro à Demba Ba : « Après la publication de la liste des sélectionnés, on a plus l'impression d'avoir affaire à une marionnette qu'au coach d'une équipe nationale. » La sentence est à la fois violente et irrévocable. Elle s'adresse sans trembler à Alain Giresse, le sélectionneur du Sénégal, qui a oublié de cocher le nom de l'attaquant du Beşiktaş au moment de choisir ses hommes pour la CAN 2015. Vexé, le natif de Sèvres n'a pas tardé à enfoncer le clou, dans un style assez aguicheur : « Giresse est un coach qui ne sait pas quoi faire dans les vestiaires. Après le match perdu en Tunisie, il était là dans les vestiaires, hagard. Il ne savait même pas par où commencer son speech. » Un règlement de compte en bonne et due forme bientôt agrémenté d'une nouvelle salve, pas vraiment nécessaire pour le coup : « Je vais me poser la question de mon avenir en sélection. Si c'est pour aller travailler avec des incompétents, ce n'est pas la peine. »

« Partout où je suis passé, j'ai marqué »


Il est vrai, quand on a marqué seize buts en dix-huit matchs cette saison et que l'on a fait ses preuves dans les meilleurs clubs anglais, se voir préférer le redoutable Henri Saivet a de quoi énerver. Fleurant bon l'odeur d'un nouveau scandale, Willy Sagnol n'a d'ailleurs pas tardé à faire monter la mayonnaise : « Henri a énormément de fierté à porter son maillot d'équipe nationale, mais je trouve étrange qu'un joueur qui n'a pas joué plus de 50 minutes sur un match depuis le mois de mars fasse une compétition comme ça. Mais c'est juste un sentiment. » Surprenant, ce choix doit aussi de se comprendre à l'aune d'une liste élargie de 28 joueurs présélectionnés, parmi lesquels on retrouve des attaquants de haut niveau comme Diafra Sakho, Moussa Sow, Moussa Konaté ou Papiss Cissé. « Il y a de la concurrence en équipe nationale. Mais tout le monde sait ce que je suis capable de faire. Partout où je suis passé, j'ai marqué des buts importants » , rétorque le Sénégalais, visiblement pas convaincu de la logique sportive d'une telle décision : « Je ne dis pas qu'en équipe nationale, mon ratio est exceptionnel, mais je ne pense pas que les autres sélectionnés en aient un largement supérieur au mien. »


C'est pourtant là où le bât blesse. Soutenu au nom de la compétitivité par quelques anciens internationaux comme Tassirou Diallo, Demba Ba est un titulaire indiscutable des Lions de la Terranga sur le papier. Mais en réalité, il n'a marqué que 3 fois en 19 sélections. Pas de quoi fouetter un chat, comme l'a d'ailleurs souligné un Alain Giresse très remonté contre son attaquant : « Je rappelle que nous avons livré six matchs dans les qualifications et que nous en avons gagné quatre sans lui. » Une vérité mathématique qui n'a pas non plus échappé à son compatriote Claude Leroy, invité à s'exprimer sur le sujet en sa qualité d'ancien sélectionneur national : «  Demba Ba est un très grand attaquant et si on arrive à se passer de lui, cela veut dire que le Sénégal n'a pas de problème sur le plan offensif » a-t-il expliqué, avant de préciser le fond de sa pensée : « Une phase finale, ça dure, et il vaut mieux avoir un groupe complémentaire, sinon on risque de tout faire exploser. Ce serait un gros risque que de prendre un footballeur qui n'accepte pas son statut pendant toute la durée de la compétition. »

« Par rapport à Diouf, Demba Ba n'est pas un exemple »


Motivée par des raisons internes, l'absence de Demba Ba pose question. Du moins selon l'attaquant. « Peut-être qu'il y a des personnes chez qui ça fait chaud au cœur si je ne marque pas » a relancé le joueur à la langue bien pendue, jamais à court de sous-entendus : « Quand on voit certaines décisions dans cette équipe, on se dit que ce n'est pas Alain Giresse qui les prend. » Une attaque à peine voilée à l'encontre d'Augustin Senghor, le président de la Fédération, bientôt complétée par un hommage appuyé à un autre boulard entré dans la légende du football sénégalais : « Cela fait sept ans que je suis en sélection, mais je me rends compte que tout ce qu'El Hadji Diouf disait est pure vérité. Certains pensent que Diouf en fait trop, que c'est un marginal. Au contraire, c'est un monument du football sénégalais. Il n'a dit que la vérité. Les problèmes que El Hadji Diouf a toujours soulevés et dénoncés sont encore d'actualité » . À savoir : corruption, népotisme et soucis de primes en tout genre. En 2011, l'ancien Lensois avait par exemple dénoncé : « On ne gagnera jamais de grandes compétitions majeures au Sénégal, et les Africains n'en gagneront jamais au niveau mondial. Tout le système du football africain est corrompu. »

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Des accusations lourdes de sens qui ont été rapidement démontées par la FSF, notamment par la voix de son chargé de communication Gaston M'Bengue : « Demba Ba n'a pas le droit de traiter le président Augustin Senghor de la sorte » , s'est-il emporté, avant de contre-attaquer sous la ceinture : « Il prend exemple sur El Hadji Diouf, mais ce dernier a toujours brillé à l'étranger et gagné ses matchs avec le Sénégal. (…) Même s'il avait ses humeurs et son comportement, El Hadji Diouf a toujours fait le bonheur des Sénégalais. Par rapport à lui, Demba Bâ n'est pas un exemple. » En somme, si l'apprenti se paye le luxe d'être aussi bavard que son maître, il n'en possède toutefois pas le talent. Un bref détour par la presse sénégalaise dévoile en outre une personnalité difficile à gérer, jamais le dernier à réclamer les primes, lâcher des remarques négatives et créer des clans grâce à son influence sur les autres bi-nationaux en sélection. Justement, c'est l'un des points de débat : « Moi, j'ai parlé dans les journaux, Diafra Sakho a parlé et Issa Cissokho aussi. Parmi ces trois, il y en a un qui est né au Sénégal et y a grandi, les deux autres sont nés en France et y ont grandi. Quels sont ceux qui ne sont pas sur la liste aujourd'hui ? Ce sont les deux binationaux. »

« L'entraîneur a quand même le droit sportif de faire ses choix »


Jamais à court d'arguments et visiblement adepte de la théorie du complot, Demba Ba multiplie les pistes de réflexion avec une verve qui force l'admiration. « Alain Giresse dit que je ne peux pas jouer tous les trois jours, mais il ne faut pas qu'il se cache derrière les blessures. J'ai passé trois ans et demi ou quatre ans en Angleterre, je n'ai loupé que deux matchs. Il est bien gentil, mais il ferait mieux de trouver une autre excuse.  » Pour contrer définitivement les critiques de la star et soulager le sélectionneur, c'est finalement Bouna Coundoul, le capitaine de l'équipe, qui est monté au créneau : « Demba Ba est un grand joueur, mais c'est l'entraîneur qui décide. Et on ne peut pas prendre tout le monde, car il y a de bons joueurs partout dans le monde. On ne change pas une équipe qui gagne  » , a-t-il tranché, ajoutant que Alain Giresse « sait ce qu'il fait » . Le gardien international en a profité pour délivrer une leçon de morale bienvenue : « Demba va partir, mais le Sénégal reste. Nous allons tous quitter la sélection un jour, c'est juste une question de temps. D'autres joueurs vont venir, et le plus important est de laisser une bonne image derrière nous au moment de la quitter. »

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De quoi clore avec classe ce débat enflammé, qui aura fait honneur aux passes d'armes entre Jacques Santini et Nicolas Anelka. Enfin délesté de son cahier de doléances, le principal intéressé semble, lui, déjà passé à autre chose. Après son laïus, l'attaquant du Beşiktaş a en effet souhaité bon vent à ses coéquipiers, qui tenteront de glaner un premier titre international en Guinée équatoriale : « Cette équipe est jeune et pleine de talents même si elle manque un peu d'expérience. Nous avons une belle génération. Moi, je profite de cette occasion pour souhaiter un bon parcours aux joueurs parce que nous aimons tous le Sénégal et nous savons combien les Sénégalais souffrent quand l'équipe ne gagne pas. » Un clap de fin bienvenu pour les oreilles du sélectionneur français, visiblement exténué par la pression médiatique intense et les questions répétées sur l'affaire : « L'entraîneur a quand même le droit sportif de faire ses choix, cela existe. Bon, arrêtons-là, si c'est pour parler de Demba Ba, on se dit au revoir. » Et bonne année.

Tous propos de Demba Ba recueillis dans le quotidien Stades, ceux de Bouna Coundoul dans le quotidien Waasports et de Claude Leroy dans Compétition

Par Christophe Gleizes
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Pascal Pierre Niveau : Loisir
Après une étude réfléchie de plus de 100 pages pour répondre à cette question, je vous poste ici ma conclusion :

Demba Ba l'a dans le baba.

Désolé.
Lamine Turgut Niveau : CFA
Plus difficile en sélection, hein : il n'y a pas de mercato d'hivers si t'es pas content de ton temps de jeu. La seule réponse que tu peux donner vient du terrain ... sinon si tu choisis de pourrir la situation => tu sautes !

(toute ressemblance avec l'EDF est totalement fortuite).
Au Senegal, ils ont longtemps pensé que si tu avis 4 attaquants remarquables, il fallait tous les faire jouer, c'est ridicule. Il faut faire des choix et pour une fois, un choix courageux a été fait, jsuis pas fan du tout de Giresse, mais faire un choix tel que celui ci, ça dénote du genie ou de l'incompétence, on verra dans quelques semaines.
snocxuatrom83 Niveau : Loisir
Demba les couilles de ta non selection essaie de battre le vieux gekas au classement des buteurs dans ton championnat bidon
snocxuatrom83 Niveau : Loisir
Demba les couilles de ta non selection essaie de battre le vieux gekas au classement des buteurs dans ton championnat bidon
Gros Noblois Niveau : CFA2
Anara Atanes likes this!
Mais objectivement c'est pas sensé être leur meilleur attaquant le Dembavard ?
snocxuatrom83 Niveau : Loisir
Cisse est plus performant en selection
John07000 Niveau : DHR
Ce qui est vrai sur le football africain c'est qu'on laisse souvent les stars foutrent le delbor dans leurs équipes... A l'inverse d'un Alexis Sanchez, James Rodriguez ou encore schevshenko a l'époque, qui s'intégraient parfaitement à leurs sélections.
En même temps pour qu'un joueur respecte le cadre il faut que celui ci soit respectable. On a eu la même faillite en 2010: des guignols à tous les étages. C'est pour ça qu'il faut des gens compétents ET charismatiques dans les fédérations.
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