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Falcao rugit toujours

Une énième fois, ce lundi, Radamel Falcao a prouvé qu'il faisait partie de la caste des plus grands. Toujours à l'Atlético Madrid, El Tigre espère pouvoir s'y épanouir longtemps. Ce qui passe fatalement par un grand exercice avec les Colchoneros.

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Pour avoir sa place sous le soleil des goleadors de renom, la logique du football moderne vous envoie du Barça au Real, en passant de Manchester à Milan, sans oublier une halte à Munich. Radamel Falcao Garcia Zárate fait donc figure d'exception. Avec ses 169 tremblements de filets en 284 matchs officiels, El Tigre trouve la mire plus d'une fois tous les deux coups d'envoi. Ses talents d'artilleur squattent pourtant toujours l'antre des Colchoneros de Vicente Calderón. Sans faire offense à la troisième plus belle armoire à trophées d'Espagne, nul besoin d'être un cartésien d'expérience pour admettre que la situation est des plus cocasses. Car dans quasiment tous les fanions du gratin européen, Falcao verrait son nom coché dans le onze titulaire des feuilles de matches. Bah oui, avec des statistiques, le natif de Santa Marta truste nombre de records. Le millésime dernier, il a encore monopolisé le meilleur total d'Europa League (12 buts), et se case derrière les intouchables Messi et Ronaldo en Liga (24 unités). Une anomalie d'école qui n'est pas sans déplaire à l'Atlético Madrid où ses aficionados l'ont érigé en icône.

L'offre de ... l'Anzhi

Il y a douze mois de cela, Radamel Falcao débarquait à Madrid dans un tout autre costume. Avec ses quelque 45 millions d'euros sur le dos, aucun délai ne lui était offert pour valoriser ce bel investissement. Tant mieux, tant pis, il assume sans broncher. Une saison s'écoule et le Colombien ramène son Atlético sur le toit de sa petite Europe et enquille les cachous en championnat. Trois cuvées successives à plus trente buts, cela force le respect. Surtout que, outre cette folie comptable, la pointe rojiblanca a réussi à amadouer la frénétique Frente Atlético. Avec sa hargne, ses kilomètres avalés et son labeur défensif, le poulain de Simeone ne s'économise que rarement. Encore mieux, il ne pointe jamais à l'infirmerie. Après ce dernier exercice du tonnerre et une finale de C3 face à Bilbao qu'il a griffée de sa classe, El Cholo le donnait même partant. « J'ai entendu ce qu'a dit Simeone. La vérité, c'est que je ne sais rien à ce sujet (…). Pour pouvoir devenir une idole, il faut laisser une empreinte et pour cela, il faut du temps » , modère-t-il lors d'une escale de présaison à Cali.

Assez curieusement, la bête n'affole pas les offres. Certes, le Chelsea de Roman Abramovitch lorgne sur la pépite de 26 ans. Une rumeur folle de Marca annonçait d'ailleurs en plein mois de juin que les Londoniens seraient prêts à injecter 15 millions d'euros et le joujou de Fernando Torres dans la transaction. Puis, plus rien. Les quelque 75 briques de clause libératoire d'un joueur auquel il reste encore quatre piges de contrat refroidissent les ardeurs des plus grands. Alors c'est l'exotique Anzhi Makhachkala qui sort la boîte à billets. Non content du seul Samuel Eto'o, l'oligarque Suleyman Kerimov fait parvenir un joli chèque de 68 millions d'euros au magnat du cinéma, accessoirement président de l'Atlético, Enrique Cerezo. Un pactole des plus séduisants : à l'instar de toute la péninsule ibérique, les Colchoneros sont en crise et doivent dégraisser. D'autant plus que le board madrilène doit encore quelque 20 millions d'euros au FC Porto. Mais celui qui n'a « pour l'instant la tête qu'à l'Atlético » , se plaît dans la capitale espagnole et ne se voit pas faire ses bagages.

La Ligue des champions, fissa


Tant mieux pour la peuplade rojiblanca, tant pis pour les comptes, le bestial striker va continuer à sévir sur les bords du Manzanares, le fleuve longeant le Vicente Calderón. Pas plus tard que lundi soir, Radamel a donc remis ça. Muet lors de la mise en bouche face à Levante, celui qui aurait aimé être journaliste a donné une belle fessée à l'Athletic Bilbao. Quelques semaines après une démonstration en terre roumaine, le félin a remis le couvert face aux Basques : un triplé plus tard, l'étalage de son talent est fait. Coups de reins, passements de jambes, crochets, instinct de tueur… Bielsa & co en ont vu de toutes les couleurs. Un triomphe probant qui place l'Atlético comme grand favori de la Liga à 18. De toute façon, les Matelassiers n'ont guère le choix que d'accrocher un ticket pour les Grandes Oreilles. Sous peine de voir déguerpir lors de la prochaine pause estivale leur génial Colombien. « Je ne me suis pas donné de date limite pour jouer la Ligue des champions, mais je veux vraiment la jouer  » , envoyait-il à l'aube de cette nouvelle saison.

Falcao a beau chérir son nouveau camp de base qu'est l'Atlético, il a un palmarès à étoffer. Deux League Europa au compteur, c'est bien, la Coupe d'Europe des grands, c'est mieux. Car son potentiel est énorme. Et dans son sillage, c'est tout un onze qui se voit grandir. Avec le combo Simeone-Turan-Falcao, les perspectives des Colchoneros se voient pousser des ailes... et les ambitions qui vont de pair : « Oui, je rêve de faire de grandes choses avec l'Atlético. Mais je sais que cela ne dépend pas seulement de moi et cela doit coller aussi avec les projets du club dans les années à venir. » Justement, les attentes colombiennes se mêlent à celles d'un public qui s'apprête à quitter ce bon vieil Estadio Vicente Calderón. Du haut de ses 46 ans et de ses 55 000 sièges, l'enceinte du sud de Madrid devrait disparaître pour laisser place à un quartier d'affaires. De leur côté, les Colchoneros prendraient la direction d'un stade municipal réaménagé, plus connu sous la dénomination de l'Estadio La Peineta, pouvant accueillir 73 000 fessiers. L'optimisme voudrait que le projet soit livré l'été prochain. La crise pourrait changer la donne. Mais ça, Radamel Falcao ne peut le prendre en compte. Car, avec son statut de top player, il doit encore et toujours prouver qu'il fait partie des plus grands. Si ses rugissements venait à résonner un peu plus longtemps à Madrid dans les années qui viennent, Falcao pourrait redonner vie à une certaine idée du romantisme...

Par Robin Delorme
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