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  2. // Man U/Liverpool

Faites entrer l'accusé

Le Manchester-Liverpool se jouera aussi dans les tribunes. Quel camp pourrira le mieux le propriétaire de son club ? Red Devils et Reds, les deux ennemis ont au moins ce point en commun cette saison : la haine par leur public de leurs propriétaires respectifs. A ce jeu-là, Manchester gagne encore, Glazer étant nettement plus secoué que Gillett et Hicks.

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Christophe Hondelatte l'aurait sans doute introduit ainsi : 10 mars 2010, Manchester, 21h45, Old Trafford, huitième de finale retour de Champion's League. MU écrase le Milan AC 4-0, une soirée parfaite pour les supporters de United, enfin en apparence. Les fans des Red Devils n'arborent pas leurs écharpes rouges habituelles mais plutôt des écharpes rayées vert et or, couleurs des origines du club, le temps du Newton Heath. Comme un défi lancé à Glazer. Pourquoi ? Hondelatte aurait pris son veston, l'aurait posé sur l'épaule, aurait claqué la porte, aurait balancé une pièce au pianiste qui donne envie de se pendre (Michel Legrand pour ne pas le nommer) et aurait enquêté.


Flashback. Le milliardaire Malcolm Glazer commence à s'ennuyer aux States avec sa franchise de NFL, les Tampa Bay Buccaneers. Les perspectives de croissance financière sont très minces, le marché du foot US s'exportant mal à l'étranger. L'Américain cherche donc un nouveau joujou à fort potentiel et cible le soccer européen. Et quitte à entrer sur le marché, autant se payer l'un des plus grands clubs du Vieux Continent. Le 12 mai 2005, la société de Glazer pose 800 millions de livres sur la table et retire dans la foulée le club de la Bourse de Londres. Il n'est alors plus obligé de partager les profits générés, supprimant de fait les dividendes. Glazer est bien décidé à faire de MU sa nouvelle pompe à fric en utilisant les vieilles ficelles utilisées en NFL : la hausse soutenue des tickets d'entrée pour des bénéfices maximum.

La cote d'amour du nouveau proprio n'est dès lors pas très élevée dans le nord de l'Angleterre. L'ambiance se glace au fil des années, en dépit d'une réussite sportive implacable (3 Premier League et 1 C1). Aujourd'hui, la gestion financière du Yankee est en effet fortement contestée, l'Américain ayant fait exploser la dette du club à un niveau record, 714 millions de livres (798 millions d'euros), et n'ayant pas sportivement remplacé les départs de Tevez et Ronaldo, rapportant pourtant à eux deux près de 130 millions d'euros.


Gérer un club de “soccer” n'est donc pas aussi simple que de gérer une franchise NFL. Ligue ouverte en Europe contre ligue fermée et salaires plafonnés aux USA, l'instabilité est tout de même la première caractéristique du modèle économique du football européen.


L'opportunité était donc bonne pour les opposants de Glazer de remettre un coup de pression. Les Red Knights entrent alors en piste. Sous ce nom plein de bravoure se cache un groupe de banquiers pleins aux as de la City, prêt à proposer 1 milliard de livres pour reprendre les rênes du club. Keith Harris, le meneur de la bande s'en est expliqué dans News of the World : « Le service de la dette leur coûte 67 millions de livres par an. Ils ont besoin de faire des profits pour payer les intérêts, pour réinvestir dans les joueurs de l'équipe et s'ils pensent que toutes ces choses ne peuvent pas être assurées par les revenus, alors ils doivent être en train de se gratter la tête » .

L'offre chevaleresque a été retoquée par le board ricain, qui « n'est pas vendeur » selon un porte-parole. Ces hommes-là ne sont pas venus se farcir l'Europe pour une simple plus-value de 25%. Tant pis, les Red Knights ne s'avouent pas vaincus et cochent la médiatique rencontre Manchester-Milan sur leurs agendas. La campagne MUST (Manchester United Supporters Trust) est lancée et chaque opposant à Glazer et sa clique est prié de porter en guise de protestation une écharpe verte et jaune. Beckham, de retour le temps d'un soir dans son jardin, aura eu la bonne idée de saluer ses anciens fidèles avec la fameuse écharpe autour du cou. Les médias britons s'emparent du buzz et les chevaliers peuvent se satisfaire de leur réussite.


Seulement, plusieurs articles relaient aujourd'hui les effets négatifs du buzz. Les joueurs de United et la chaîne maison MUTV ont interdiction formelle d'évoquer le sujet, de près ou de loin. Tous les employés de la maison United sont sous observation. Demandez à Jerry Vyse, jeune vendeur de sandwiches et boissons dans un stand d'Old Trafford, viré pour avoir porté l'écharpe de la discorde dans « l'exercice de ses fonctions » . Demandez aussi au steward, celui qui doit se taper tout le match de dos à mater les Anglais, viré pour avoir rendu à un supporter une affiche hostile à Glazer (“Love United, Hate Glazer”), malgré 19 ans de service.

Et l'ambiance ne risque pas de s'apaiser. Comme une énième provocation, l'establishment US planche sur une nouvelle augmentation des tarifs d'abonnement à Old Trafford. Depuis son arrivée, l'équipe Glazer augmente les abonnements à une moyenne de 48% par an. Dans le Guardian, une source proche des propriétaires ne faisait pas dans le sentiment : « Les problèmes financiers affectent-ils la prise de décision ? Oui. L'actuel climat de protestation et de haine influence-t-il la prise de décision ? Pas du tout » .

Finalement, le pire est peut-être à venir. Et si la protestation montait à l'étage supérieur ? Difficile à croire, même si à la lecture de l'édito du fanzine Red Issue, on se dit quand même que Glazer aura intérêt de bien manager la fronde : « Des actions beaucoup plus radicales sont requises. Plutôt que de voir MUST dépenser 65 000 livres dans une agence américaine de lobbying, il serait bien mieux de voir cette somme d'argent allouée à l'achat de vols pour la Floride, pour les plus passionnés des Anti-Glazer, et de leur montrer enfin la force des sentiments des chevaliers. Nous chanterons comment les Glazers vont mourir, car aujourd'hui, jusqu'à preuve du contraire, ils marchent librement hors-zone, sans opposition. Sans cela, rien ne changera » .


En cas de crime, Hondelatte aurait sans doute penché pour le meurtre avec préméditation, enfin espérons pour lui, parce que là, il y a quand même quelques indices.

Ronan Boscher

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