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Fabien Mercadal : « C'est important de se cultiver, de ne pas être con »

Invaincu depuis onze matchs et plus de trois mois en championnat, le Paris FC, qui se déplace ce vendredi à Auxerre, est un surprenant troisième de Ligue 2. Surprenant seulement si on oublie que l'entraîneur de cette équipe est Fabien Mercadal (45 ans), un homme pas comme les autres. Entretien nature, vomi et Le Grand Bleu dans le bureau du coach. Sa chambre à coucher, aussi.

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Votre père a raconté un jour que la veille du bac, vous lui avez dit : « Je n’y vais pas, je vais me débrouiller. Je ne te demanderai plus d’argent. » Avez-vous déjà pensé à ce que vous auriez fait une fois le bac en poche ?
À l’époque, c’était prof de sport ou pompier. J’aurais bien aimé être marin-pompier. Et si je n’avais pas réussi là-dedans, ça aurait été un truc autour de la nature, garde forestier ou quelque chose comme ça.


Pourquoi la nature ?
D’une manière générale, je cours après la simplicité. Ça se retrouve dans le jeu que l’on tente de mettre en place. C’est certainement quelque chose qui vient de mon éducation. Je suis originaire, par mon père, de Corse, d’un village de montagne, Rapale, et par ma mère, des Alpes-de-Haute-Provence, soit le territoire le moins peuplé de France. Je trouve que ce qui est simple est toujours plus classe. Je n’aime pas le surfait et il n’y a rien de plus simple que la nature.

À quoi ressemblait votre enfance ?
Le bord du Verdon, les Gorges, que j’adore... C’était simple, mais autour du sport, toujours. J’ai fait un peu de tout : du foot, du tennis, du judo. Je pense que le sport pour lequel j’étais le plus doué, c’était le judo. J’ai toujours aimé ça, le combat, l’affrontement, mais il y avait ce côté enfermé. On était dans le sud, tu entrais dans la pièce, ça puait... Moi, j’ai besoin de grand air.

C’est pour ça que vous êtes allé vers le foot ?
Je pense qu’aucun autre sport ne m’apporte autant de sensations. Je suis passionné par le jeu, un peu moins par le milieu pour être honnête. C’est une histoire de relations entre onze joueurs, qui ont tous une relation entre eux, et que tu opposes à des relations entre onze autres joueurs. En fait, la maîtrise de ce jeu-là, tu ne l’atteins jamais, mais tu cherches à l’atteindre. C’est ça qui me passionne. Après, mon fils a joué au tennis, je m’y suis un peu intéressé, avec notamment l’importance de l’ouverture et de la fermeture des angles...

Comment arrivez-vous à transmettre cette passion à vos joueurs ?
Il y a plein de moyens ! J’ai fouillé plusieurs pistes et j’ai décidé, finalement, de la transmettre en étant moi-même : sincère dans mes causeries, sincère dans ma gestion des entraînements. Quand ils me gonflent, je les massacre, quand ce qu’ils font me plaît, je les embrasse. J’agis de la même manière avec mes dirigeants, ce qui fait que, malgré mon caractère assez fort, j’arrive à durer assez longtemps dans les clubs où je travaille.

Vous n’avez pas toujours réussi à gérer ce caractère, notamment au départ.
On a souvent dit : « Fabien, il n’est pas méchant... » Mais, je bouillonne ! Il y a une année, à Dunkerque, il y a un long ballon de mon gardien qui est dévié par un joueur adverse et qui file en touche. J’ai tellement eu envie d’aller vite que je suis entré sur le terrain et je l’ai volleyé alors qu’il n’était pas encore sorti. J’étais carrément dans le jeu. Aujourd’hui, j’ai beaucoup d’arbitres qui viennent discuter avec moi et qui ont compris que j’étais sincère et que ça n’était jamais méchant. Après, tu ne peux pas empêcher le fait que certains t’enferment dans des cases. Certains aimeraient que je change, mais je ne le ferai pas. Tout simplement car je ne donne pas une mauvaise image de mon sport.


Ce qui explique aussi votre relation avec les supporters. Qu’est-ce qu’on apprend à leur contact ?
Je trouve que pour les comprendre, il faut aller les voir sur un déplacement. Un jour, on va jouer à Luzenac. Dunkerque-Luzenac. Tu vois un peu le truc : on est partis la veille, pas dans le confort du siècle, mais ça va quoi. Des gens de Dunkerque étaient venus à Luzenac, voiture perso, ils n’avaient pas pris l’autoroute car ils n’avaient pas d’argent. Ils ont dormi sur place, dans la voiture, avec un bébé. J’en ai la chair de poule quand j’en parle, parce que si tu ne te défonces pas sur le terrain pour des gens comme ça, pour qui tu le fais ? Évidemment, on leur a donné les places, ça leur a coûté de l’argent, ils avaient certainement posé une journée de repos. Et ces gens-là, ils existent dans tous les clubs, donc tu dois les respecter et accepter que parfois, ils puissent être en colère.

« Même quand l’équipe de France joue, je ne suis pas vraiment supporter. Je préfère être acteur, en fait. » Acteur, pas figurant

Vous avez été supporter ?
Non, je n’ai pas l’âme d’un supporter. J’aime bien aller chercher là-haut pour être impressionné. La personne qui m’impressionne le plus, c’est mon père. J’ai aimé le Sporting Club de Bastia, mais là où j’ai grandi, à Vinon-sur-Verdon, il n’y avait pas de grand club, donc je n’ai pas cette sensibilité. Ça peut choquer, mais même quand l’équipe de France joue, je ne suis pas vraiment supporter. Je préfère être acteur, en fait.

Vous n’alliez pas au stade enfant ?
Si, quand même... Mon voisin, qui est décédé depuis, s’appelait Menardo. Il a appelé son fils Olivier pour que les initiales fassent O.M. C’est lui le premier qui m’a emmené au Vélodrome. J’ai adoré.

Et vous pouvez prendre une claque en regardant un entraîneur travailler ?
Je suis passionné d’intensité, donc j’adore le travail de Roger Schmidt, de Klopp, évidemment, mais aussi de Bielsa. Pour une raison simple : je n’arrive pas à comprendre. Je comprends qu’il y a un sens, mais... J’aurais aimé le rencontrer. J’ai tenté via Fabrice Olszewski, son traducteur à l’OM, mais il m’a dit qu’il n’était pas très ouvert là-dessus. J’aurais aimé comprendre un peu plus, ça me fascine.

On voit qu’il y a beaucoup de livres sur votre bureau. Pourquoi sont-ils là ?
Pour le plaisir. Je lis le livre de Guardiola, je le stabilote, et je relis derrière. J’ai prêté une dizaine de livres à mon adjoint qui, lui, ne lit que ce que j’ai stabiloté. Je ne lis pas que des livres de foot, je lis par exemple actuellement Morales provisoires de Raphaël Enthoven. C’est important de se cultiver, de ne pas être con. J’ai dans mon groupe des gamins de 18-19 ans, je dois être aussi capable de parler un peu de la vie avec eux, j’ai ce rôle-là.

Que vous a-t-il manqué pour devenir joueur ?
J’étais peut-être un peu trop dans mon coin. J’ai une fierté parfois mal placée. J’aurais dû aller un peu plus vers les grands. J’étais au centre de formation de l’OM, avec certains de l’équipe qui a été championne d’Europe, la grande époque, et je sais que des mecs comme Di Meco ou Olmeta, m’appréciaient. C’est de famille, on a un côté timide, réservé, qui fait que quand j’allais discuter avec eux, je n’osais pas forcément. J’ai parfois eu l’impression de ne pas le mériter. Même là, aujourd’hui, j’entraîne en Ligue 2, mais je connais des bons entraîneurs de National qui pourraient être à ma place.

Vous avez déjà échangé avec des coachs de Ligue 1 ?
Il y a de très bonnes personnes, comme Jocelyn Gourvennec, qui avait parlé de moi en bien après un match amical. Tu sens que c’est quelqu’un de bon, quoi. Ça me fait de la peine qu’il ait été licencié. J’apprécie beaucoup Antonetti aussi, il n’a pas l’image qu’il mérite. Là aussi, les cases : Antonetti, c’est un gueulard. Je suis allé voir ses séances à Bastia, Nice et Saint-Étienne, et je peux te dire une chose : c’est un vrai tacticien, qui aime le foot, avec qui les positionnements sont au centimètre près.

Ça vous arrive souvent d’aller voir des séances ?
Maintenant, il y a les réseaux sociaux qui te permettent aussi d’aller à droite, à gauche, prendre des idées. Je suis friand de ça, j’ai les yeux dans tous les clubs, j’aime savoir comment ils fonctionnent. Je vais aussi voir des entraînements dans les divisions inférieures. Quand j’étais à Dunkerque, j’allais voir les séances d’Olivier Laridon, qui coachait Malo-les-Bains, une DHR. Les bonnes idées sont à prendre partout.

À quoi ressemble votre journée type ?
Aujourd’hui, je me suis réveillé à six heures du matin. Le premier truc : j’ouvre le téléphone, je cherche des exercices de foot. Là, j’ai mûri notre déplacement à Auxerre et je suis venu au stade. On a regardé le match d’Auxerre à Nantes, le résumé de Gazélec-Nîmes qu’on avait déjà vu hier. L’idée est toujours la même : tenter de maîtriser un jeu tout en sachant que c’est impossible. Dans ce cas, il faut essayer de maîtriser le maximum de ce truc un peu bizarre, un peu secret, parce que, des fois, tu vois que ton équipe joue bien, qu’elle maîtrise son match, mais elle peut sombrer totalement le week-end suivant. Tu te dis : « Putain, ils font chier... » Mais c’est simplement l’adversaire qui t’a battu par son système, son approche. Alors, je veux comprendre.

« Pendant longtemps, la défaite me faisait vomir au sens propre. Mon premier adjoint à Gap me ramenait en voiture et me disait : "Vas-y, vomis !" Il fallait que j’expulse la défaite. » Coach pris au tripes

Dans ces cas-là, vous pouvez saluer un coach plus fort ? Vous aviez déclaré, par exemple, en août, que Le Havre était le Barça de Ligue 2...
Je respecte tous les entraîneurs que j’affronte, ils sont pour la plupart très bons. Mais je suis très mauvais perdant. La plupart du temps, je suis fâché contre moi-même. Pendant longtemps, la défaite me faisait vomir au sens propre. Mon premier adjoint à Gap me ramenait en voiture et me disait : « Vas-y, vomis ! » Il fallait que j’expulse la défaite.

Vous débranchez parfois ? Guardiola dit qu’il peut déconnecter du football 32 minutes, maximum.
Je n’ai jamais chronométré. Je ne sais même pas si on déconnecte, en fait. Le week-end, il y a toujours des matchs à regarder... Ces derniers temps, j’ai besoin de regarder des films. Je suis allé voir La Villa, de Guédiguian, un film qui se passe dans les calanques de Marseille. J’étais fier de moi. Puis, pendant le film, il y a des dialogues où je me disais : « Putain, ça, pour la causerie ! » En fait, tout ramène au foot. C’est ta vie, tu ne peux pas changer.

Il vous arrive de dormir seul, sur un canapé, ici, dans votre bureau...
Ça a dû m’arriver quinze fois depuis le début de saison. Quand tu rentres de déplacement à 1 heure du matin, que tu as décrassage à 9 heures le lendemain... Je préfère garder mon énergie. Je vis mon métier à fond. On se plaint souvent, mais on a un beau métier.


Votre famille comprend ?
J’avais déjà vécu la vie en solitaire, à Dunkerque, mais tu as des moments le dimanche où tu sens que tu fais de la peine. Parfois, ils viennent et toi, tu es invité dans une émission, donc ils t’accompagnent. C’est ta vie qui rythme celle de la famille, c’est pas facile à vivre. Mais voilà, j’ai vécu des moments un peu difficiles, notamment l’an dernier (licencié de son poste d’entraîneur du Tours FC, il s’est retrouvé au chômage pendant quatre mois, ndlr). C’est une période qui m’a permis de me rendre compte qu’on avait un joli métier.

« Quand j’ai été viré de Tours, j’ai eu un Jack Russell. C’est devenu fusionnel. » Un homme nature

Et quand vous coupez ?
Je vais me balader avec mon chien, je me régale comme ça. Quand j’ai été viré de Tours, j’ai eu un Jack Russell. C’est devenu fusionnel.

Comment vivez-vous vos matchs ?
Quand je rentre dans un match, c’est comme dans Le Grand Bleu. Tu vois le mec qui va plonger dans l’eau, il a l’oreille qui bourdonne, il n’entend plus rien autour. C’est ça.

Vidéo

C’est une guerre en temps de paix, comme on dit. Tu es dans une concentration, comme dans du coton. Mais c’est agréable.

D’où viennent ces émotions ? De votre père, qui a été votre premier coach ?
Mon premier coach, dans mon village, c’était un clown. Il s’appelait « Troutrou » , il était vraiment clown dans la vie. Mais je suis sûr que c’est lui qui m’a fait aimer le foot. « Troutrou » , c’était pas un génie tactique, mais il nous faisait pisser de rire. Et après, c’était mon père, l’instit' du village qui faisait aussi l’entraînement, oui.

« Mon premier coach, dans mon village, c’était un clown. Il s’appelait "Troutrou", il était vraiment clown dans la vie. C’est lui qui m’a fait aimer le foot. » Fabien, bon public

Il y a déjà des entraîneurs qui vous ont dégoûté du foot ?
Il y en a plein qui m’ont inspiré sur les choses à ne pas faire : des humiliations, j’en ai vécu. Ça m’est aussi arrivé. J’ai fait cette erreur, mais de suite, je pense à ça. Souvent, c’est l’émotion qui prend le dessus. Humilier, ce n’est pas avoir un conflit. J’ai eu des conflits avec plein de joueurs. Humilier, c’est toucher la personne. Ça ne marche pas et ça ne me plaît pas.

C’est difficile de ne pas se faire submerger par les émotions ?
Oui, parce qu’il y a de l’enjeu. Aujourd’hui, on a un groupe sain : le staff, les joueurs, les gens qui sont autour de nous... J’ai eu la chance de vivre la même chose à Gap et Dunkerque, mais pas à Tours. Là-bas, il y avait 90% de joueurs sains – avec qui je suis toujours en relation – et deux mecs cuits.

Deux joueurs, ça suffit pour pourrir un vestiaire ?
Ils te le massacrent. Si tu as des résultats, tu les nettoies. Sinon... Alors qu’ils savent très bien que s’ils ne jouent pas, c’est parce qu’ils ne sont pas bons. Mais ils refusent, et en le refusant, ils mettent en danger l’équipe.

Gustavo Poyet a dit en arrivant à Bordeaux que les jeunes peuvent apporter ce que les anciens ne peuvent plus apporter. Est-ce plus difficile de gérer un joueur en fin de carrière ?
Pas du tout. Moi, j’ai l’équipe la plus vieille de Ligue 2. On a des anciens, qui ont l’expérience de la vie. Idriss Ech-Chergui, par exemple, il a 32 ans, je le fais jouer remplaçant, il a marqué le but de la victoire deux fois. Il joue pour l’équipe. On s’est disputés, parce qu’ici, on crie et on s’embrasse. Non, ce qui est dur à gérer, ce sont les cons. Vraiment. Les imbéciles, les égoïstes à outrance.

Récemment, une enseignante a publié Génération : j’ai le droit, livre dans lequel elle regrette l’individualisme de plus en plus marqué des nouvelles générations d’élèves. Est-ce que vous ressentez plus d’individualisme chez les jeunes footballeurs ?
Pas du tout. Je peux la comprendre, cette enseignante, c’est sûr qu’elle doit vivre des choses difficiles. Mais je trouve qu’on ne cherche pas à aller dans leur monde, aux jeunes. Mon fils de 15 ans, il a été élevé avec la tablette. On a lutté contre, mais bon, ils l’ont tous... C’est pas de l’égoïsme, ils sont capables de se mettre dans des bulles. Des fois, tu lui parles, il ne t’entend pas. Donc il faut se connecter à leur monde. La dernière fois, ça m’a surpris, ils étaient tous sur leur téléphone, dont mon adjoint. Si tu ne rentres pas dans le truc, tu te dis qu’ils sont chacun de leur côté avec leur téléphone. Mais non, ils jouaient en réseau ensemble. Les jeunes ne sont pas des moins bonnes personnes qu’il y a quelques années. Dans le foot d’avant, il y avait aussi beaucoup d’abrutis !

Vous allez régulièrement voir des matchs dans des bars. Qu’est-ce que vous recherchez ?
Ce n’est pas pour faire du cinéma, mais j’aime bien discuter avec les gens et boire un coup. Cette image-là, elle ne doit pas plaire. Ils doivent se dire que je suis un poivrot, c’est faux. Mais je suis comme ça. Il y a des effets de mode. On a décrété que si tu ne mettais pas un costume sur le bord du terrain, tu n’étais pas un bon entraîneur. Quel est le sens ? Ça veut dire que quand Conceição, il arrive à Nantes avec son jogging dégueulasse, c’est un mauvais entraîneur ?

« Se faire virer ? C’est un peu comme une rupture amoureuse. La femme, elle part avec un autre mec, tu te dis : "Mais qu’est-ce qu’ils sont en train de faire ?!" » Cœur brisé

Après Tours, vous avez vécu quelques mois sans club. À quoi pense-t-on pendant toutes ces journées ?
C’est un peu comme une rupture amoureuse. La femme, elle part avec un autre mec, tu te dis : « Mais qu’est-ce qu’ils sont en train de faire ?! » C’était pareil. J’avais mon adjoint au téléphone (Nourredine El Ouardani a pris l’intérim de l’équipe en février 2017, ndlr), parce qu’en plus, ils gagnaient les matchs ! C’est ça qui est frustrant. Il me disait : « Franchement, quand on est 24, on fait trois équipes de huit...  » , rien de particulier. Tu te dis : « Quoi ? Elle m’a quitté pour lui ?! » Après, avec le temps, tu en vois une autre... Je pensais revenir en CFA, ça ne me dérangeait pas du tout.

Vous ne pouviez plus regarder les matchs du Tours FC, le vendredi soir ?
J’ai fait un truc insensé. Je me suis fait virer dans le bus, au retour du match de Bourg-Péronnas, après sûrement le meilleur match que l’on ait fait de l’année : 2-1 pour nous, on tire sur le poteau, et on perd le match 3-2. C’est un sentiment d’injustice. Terrible. Donc, dans le bus, le directeur général du club m’annonce que c’est fini. Il était gêné, je sais qu’il ne voulait pas me virer. Premier truc que je fais après : j’ouvre mon cahier pour préparer le match de Strasbourg avec mon adjoint. Alors qu’on venait de m’annoncer que j’étais viré...

Vous avez grandi dans le calme, près du Verdon, dans le sud de la France. Vous aimez la ville de Paris ?
Paris est une très belle ville, mais moi, ça ne me touche pas beaucoup. Tu mets autant de temps pour te garer que pour faire la route... Je n’aime pas que ça klaxonne. Tu n’as pas même pas le temps de passer la première que ça te pousse déjà derrière ! Mais bon, tu t’adaptes.

Même s’il y a deux groupes ultras derrière le Paris FC, qu’est-ce que ça vous fait de voir le stade Charléty aux trois quarts vide à chaque match ?
Charléty, c’est 20 000 places. Mais il n’y a pas le potentiel. Le potentiel maximal, c’est 6 000, 7000. On a fait 5 000 contre Lorient. Tu ne peux pas être déçu tout le temps. 5 000, on l’a fait parce que cette équipe, elle plaît, elle joue et elle se bat. Elle est composée à 80% de gars formés en Île-de-France. Elle ressemble à notre public. C’est ça le plus important.

Par Maxime Brigand et Florian Lefèvre, à Créteil