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Eydelie : « J'espère que quelqu'un va me tendre la main »

Personnage central de l'affaire VA-OM en mai 1993, l'ancien Marseillais Jean-Jacques Eydelie ne s'est jamais vraiment remis du scandale. Aujourd'hui entraîneur diplômé au niveau européen, il tente de vivre du football mais concède qu'il s'agit « d'un combat quotidien » , un combat pour lequel ses alliés se comptent sur les doigts de la main.

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Dans un bon film, il y a toujours un gentil et un méchant, avec le premier qui gagne à la fin. Dans l'affaire VA-OM, plus gros scandale sportif français des années 90, il n'y a longtemps eu que des perdants : le «  gentil » Valenciennois Jacques Glassmann, premier à dénoncer la tentative de corruption marseillaise, et le « méchant » Jean-Jacques Eydelie, pour le coup rouage central de la mascarade...

Africa Sports Abidjan, 6 matchs et puis s'en va


Après avoir été sifflé sur les pelouses françaises et vécu une fin de carrière dans l'anonymat, l'ancien défenseur de Valenciennes a été « réhabilité » et œuvre aujourd'hui au sein de l'UNFP. Eydelie, lui, galère toujours. « Je suis en attente d'une proposition pour repartir sur un poste d'entraîneur, plutôt à l'étranger, et le plus haut possible » , explique-t-il. Depuis la fin de sa carrière sportive en 2003, l'ancien champion d'Europe 93 s'est mué en coach. Titulaire du diplôme A de l'UEFA depuis 2010 et donc habilité à entraîner en pro à l'étranger, il découvre le métier à sa manière : à Limoges, puis à la tête de l'équipe de sa ville natale Angoulême, en DH, mais également comme membre du staff de l'Académie Jean-Marc Guillou.

De quoi s'imaginer revenir, si ce n'est au premier plan, au moins au plus haut niveau. En juin 2012, il est nommé à la tête du club corse JS Bonifacio, en DH. Quelques bons résultats plus tard, il obtient en février 2014 l'opportunité d'aller plus haut avec l'Africa Sports Abidjan, le deuxième plus gros club de Côte d'Ivoire : « Je pensais être parvenu à m'installer chez les pros en signant à l'Africa Sport Abidjan, mais cela s'est mal fini. » En réalité, cela n'a même pas commencé, la direction du club ivoirien remerciant le Français au bout de deux mois. La raison officielle ? « Insuffisance de résultats » , le technicien ayant essuyé quatre défaites en six matchs avec une équipe prise en cours de saison...

« Je n'ai pas d'argent de côté »


Et maintenant ? Installé dans le Maine-et-Loire, à proximité de sa belle famille, Jean-Jacques Eydelie tente de se reconstruire, encore une fois. « J'ai besoin des aides sociales. Je n'ai pas d'argent de côté... C'est une situation que j'ai déjà vécue, donc c'est vrai qu'on s'habitue à tout et qu'on est parfois moins vulnérable. Mais c'est clair, ce n'est pas facile tous les jours...  » La difficulté n'est pas ce qui effraie celui qui a été formé au FC Nantes dans les années 80. Il est persuadé d'avoir un futur dans le foot : « C'est une volonté extrême chez moi de rester dans le foot parce que c'est ma passion depuis toujours, je la respecte au plus haut point, c'est mon élément... Le fait que je sois entraîneur maintenant, c'est une suite logique. Il est hors de question que je m'éloigne du milieu qui m'a toujours fait vivre. »

Après avoir sorti deux ouvrages au vitriol contre le monde du ballon rond - Je ne joue plus ! en 2006, Sale temps pour le foot en 2009 - Eydelie assume ses propos critiques et pense que « toutes les vérités ne sont pas agréables à entendre pour certains. Pas pour ceux qui respectent les valeurs du football, mais pour ceux qui aiment faire leur "tambouille" en famille, discrètement, et qui aiment avoir sous leurs ordres des gens qui se taisent et courbent l'échine » . Lui veut désormais « travailler dans un contexte sain avec des gens "propres" » .

« Quoi que je fasse, je ne pouvais que perdre tout ce que j'avais construit »


Encore meurtri par l'affaire VA-OM de 93, l'ancien Marseillais ne s'en cache pas, ses livres et déclarations étaient avant tout un moyen « d'aller au bout de ma thérapie, me vider de tout cela, il était important que je dise la vérité sur tout  » . Pas d'intention de révolutionner le football français, plutôt de se soulager : « Je l'ai fait pour moi plus que pour les autres. Je ne suis pas maso, je pense qu'il y a quand même des gens qui ont compris mes déclarations.  » Si Eydelie a su se soulager de certains maux, la blessure reste profonde et ne se refermera jamais : « Je suis blessé parce que je suis tombé dans cette histoire et que derrière, j'ai vu le peu de soutien que j'ai obtenu de mes anciens coéquipiers. » Ce qu'il a fait en 1993, il préfère l'assumer, mais estime que beaucoup auraient pu tomber comme lui : « C'était soit j'envoyais balader tout le monde et je perdais tout ce que j'avais gagné à force de travail et de volonté... Mais après coup, je l'ai regretté, car bien sûr j'ai tout perdu malgré tout. Quoi que je fasse, je ne pouvais que perdre tout ce que j'avais construit... Forcément. »

Aujourd'hui, il préfère en tirer le positif : « De toute façon, même si cela a été très dur à vivre, cela m'apportera beaucoup de choses pour l'avenir, notamment pour ma famille, mes enfants, et mon comportement. Je n'ai pas été en phase avec les valeurs du foot, mes valeurs, et je l'ai payé au prix fort. Aujourd'hui cependant, je suis en paix avec moi-même, sain de corps et d'esprit. » Et quand il pense à l'homme à l'origine de sa déchéance médiatique, Jacques Glassmann, Eydelie préfère l'admiration à la rancune : « Lui, cela a été le premier courageux de toute cette histoire. Il n'a pas accepté d'entendre et faire ce qu'on lui a dit. Je le respecte déjà pour ça, et tant pis pour ceux qui disent que c'est une balance. Je comprends très bien et respecte ce qu'il a fait. C'est lui qui a eu raison. » Si l'ancien défenseur de Valenciennes travaille aujourd'hui à l'UNFP, Jean-Jacques Eydelie attend encore l'opportunité de rebondir. « C'est une bataille au jour le jour, j'espère que quelqu'un va me tendre la main à un moment donné. »

Propos recueillis par Nicolas Jucha
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