Evra a tout faux...

Venu plaider en appel hier à Paris l'annulation de sa suspension de 5 matchs chez les Bleus, Patrice Evra a été sèchement débouté. La commission supérieure de la Fédération française (FFF) a confirmé la sanction prononcée le 17 août dernier envers le participant actif de la « mutinerie » de Knysna. Décision logique et connerie énorme de Pat.

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Bizarrement, c'est la charge ultra violente de Lilian Thuram qui avait “remis en selle” ce pauvre Patrice Evra. Du prêt-à-lyncher exécutif et immédiat. Selon Lilian Luther King, Patrice Evra devait être « exclu à vie de l'équipe de France » pour avoir été, en tant que capitaine des Bleus, l'orchestrateur en chef de la mutinerie de Knysna... On croyait Lilian pasteur et rédempteur. On l'a découvert procureur impitoyable. Même ses potes de France 98 ont publiquement désavoué son jugement surprenant. Et elle était là, la faille dans laquelle devait s'engouffrer ce pauvre Patrice : profiter de ce petit courant de sympathie pour effectuer un petit recours en grâce dans l'opinion, et faire profil bas. Faire comme tous les autres Bleus d'Afsud : raser les murs et pour les “meneurs”, accepter la sanction quelle qu'elle soit. Dans son cas, c'était prendre acte de sa suspension de 5 matchs et en rester là. C'est ce qu'on fait Ribéry et Toulalan. Toul avait prévenu qu'avant même la sanction il ne ferait pas appel. Il s'y est tenu et il a éloigné petit à petit les foudres de la France du Foot de son périmètre vital. En revenant à la charge pour faire annuler sa sanction, Patrice Evra a commis une deuxième erreur, la même que la première : un contexte ambiant parfaitement défavorable.


Patrice, hors-jeu de position

La première erreur de contexte de l'ex-capitaine des Bleus, c'est le poids des images. Pour toujours et éternellement, Patrice Evra ce sont deux apparitions TV désastreuses en Afrique du Sud. D'abord le regard noir de celui bien décidé à démasquer le « traître » au cours de la conférence de presse du samedi 20 juin aux côtés d'un Escalettes aux fraises. Et le lendemain, plus grave, l'altercation avec Domenech et Duverne sur le terrain de Knysna, prélude à l'incident du car et du communiqué. Patrice Evra et ses avocats auraient dû re-visionner les images passées en boucle dans le monde entier, et surtout chez nous, en France. Un tsunami d'indignation et de colère... Ce sont ces images terribles qui accablent Evra, quelle que soit sa défense légitime du gars pris dans la tourmente et qui a malgré tout essayé de faire le lien entre les joueurs grévistes et l'encadrement des Bleus. Face à Domenech et Duverne, les mains dans les poches, le regard buté, la dégaine désinvolte du gars qui n'en plus rien à battre : c'est cette image qui fige Evra dans la posture du coupable à châtier, plus que son statut de capitaine. Parce qu'à ce moment précis, tout le monde savait qu'il n'y avait plus de bateau, plus de capitaine...


La deuxième erreur de contexte, c'est la situation actuelle d'une équipe de France nouvelle. Les Bleus de Blanc sont jeunes, souriants, polis, respectueux, combatifs, pas extra mais braves. Leur victoire 2-0 en Bosnie a reboosté l'image de marque du onze tricolore : la France du Foot les adore ! Or, c'est dans ce contexte que Patrice Evra s'est rendu à Paris pour contester à nouveau l'autorité, la hiérarchie, l'institution... Tout faux, Patrice !

Deux jours après le succès de Sarajevo, venir se plaindre, c'était carrément de la provoc. D'où le maintien de la suspension. Et encore ! Evra peut s'estimer heureux de ne pas avoir vu sa peine alourdie, comme les instances disciplinaires nationales ou européennes aiment souvent à le faire. Du coup, suivant le cours normal de l'exécution de sa sentence, Pat Evra ne redeviendrait donc sélectionnable que pour le France-Brésil du 9 février 2011. S'il ne fait pas appel ! Un recours est possible auprès du Comité National Olympique (CNOSF) dans un premier temps, puis auprès d'un tribunal administratif. On vous épargne les détails : la procédure est longue et chiante. Le recours ne devient suspensif qu'à partir du moment où un conciliateur au sein du CNOSF est nommé. Tout ça prendra du temps. Un temps pendant lequel le sport français euphorique en général (athlétisme, natation, judo... et les Bleus de Blanc !), “jeune, sympa et poli”, isolera encore plus le footballeur Evra, égoïste, indiscipliné et revanchard. Soit un contexte encore moins favorable... Patrice Evra et ses avocats devraient donc y réfléchir à deux fois. Ils ont 10 jours pour décider ou non de faire appel en saisissant le CNOSF...


L'honneur perdu d'un capitaine...

On devine donc que le “camp Evra” pourrait (et devrait ?) en rester là. Sauf que... Patrice Evra vit très mal sa situation de “coupable en chef”. Au point même que son rendement sportif avec MU s'en ressent. Sir Alex, aussi fin psychologue qu'il l'avait été avec un Beckham honni en Angleterre après la coupe du Monde 98 (expulsion contre l'Argentine), l'a vite compris et s'est empressé de garder son moral au plus haut. Mais, rien à faire ! Evra, toujours blessé dans son honneur, veut corriger cette injustice. Certaines circonstances plaident en sa faveur. On l'a accusé de ne n'avoir jamais fait d'excuses publiques à la France entière. C'est faux : c'est Raymond Domenech qui l'avait interdit de point-presse au cours duquel Evra voulait s'excuser, au nom des Bleus pour la grève de Knysna. Occasion manquée, mais pas de son fait. Et en parlant de Ray Strange, c'est encore sur lui que doivent pleuvoir certaines attaques plus ciblées. Il faut se rappeler comment il avait nommé Evra capitaine : quelques heures avant le match France-Costa Rica à Lens. Une nomination surprise, à quelques jours de la coupe du monde, brisant l'ordre établi et squeezant le “vrai” capitaine, William Gallas. Un Gallas même pas prévenu qui découvrira dans les vestiaires que le brassard des Bleus est posé sur l'équipement (short, maillot, bas) de son pote Patrice... Bonjour l'ambiance ! Reste le choix d'avoir nommé Evra capitaine. Élire son capitaine est une décision grave qui ne se prend pas à la légère, sans préparer l'heureux élu, et le reste du groupe. Est-ce qu'Evra avait les épaules pour ça ? Était-il taillé pour les moments de turbulences ? C'était à Domenech de le savoir. Toujours en observation psychologique poussée de ses joueurs, Aimé Jacquet ne se trompait jamais. Domenech, si. Evra n'avait pas la carrure, quand bien même il avait porté le brassard avec les Red Devils.

La faillite d'Evra, c'est d'abord aussi celle de deux coéquipiers plus matures, William Gallas et Thierry Henry, tous les deux ex-capitaines en date des Bleus. Ils n'ont pas joué leur rôle de modérateurs qu'un Patrice Evra ne pouvait assumer. C'était plutôt à eux de reprendre les choses en main quand les choses ont mal tourné. Malheureusement, ils ont préféré jouer perso. Vexés l'un et l'autre d'avoir vu leur ego froissés : Henry, pour avoir été sélectionné in extremis puis recalé sur le banc de touche, et Gallas, pour avoir été dépossédé du brassard... Les deux Ponce Pilate cyniques s'en sont lavé les mains, laissant le petit Patrice se noyer. Aujourd'hui, Titi est aux USA et William a été blanchi. Pas un seul message de soutien public envers Patrice qui, lui, avait défendu Henry après sa main contre l'Irlande et qui avait affirmé avec conviction que Gallas reviendrait fort pour la Coupe du Monde, malgré sa blessure. Les Bleus de Raymond ? Un groupe qui vit super bien !... Le proche avenir de Patrice Evra en équipe de France, c'est une pénitence forcée qu'il aurait tort de vouloir contester encore. Il n'y a qu'à voir et entendre les réactions outrées de la France du Foot à son initiative d'hier de contester sa sanction pour se rendre compte qu'il fait fausse route. Plus concrètement, dans le grand chamboulement de l'équipe de France de Blanc qui a vu émerger des nouvelles têtes (Rami, Mvila, Diaby, Valbuena) susceptibles de reléguer les “anciens cadres” (Toulalan, Abidal, Cissé, etc.), Evra garde la main. Même s'il n'a jamais été aussi convaincant en Bleu qu'avec MU, la concurrence avec Clichy, Cissokho (voire Abidal), ne lui est pour l'instant pas trop défavorable. Elle est là l'occasion de retrouver son honneur : revenir fort sur le terrain. C'est toujours de là que vient la vérité. Même si Blanc a peut-être fait secrètement une croix sur Evra, il n'est pas buté au point de se passer d'un très bon joueur en cas d'indisponibilité de ses “nouveaux titulaires”. A Patrice de jouer. Le public sait parfois pardonner...

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