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« Eusébio est le Portugal »

Eusébio s'est éteint à l'âge de 71 ans. Amoureux de Di Stéfano, héros de la finale de la Coupe des clubs champions en 1962, de la Coupe du monde 1966, mais surtout de tout un pays, il laisse le Portugal en deuil en ce dimanche 5 janvier. Le classico de la semaine prochaine se fera sans lui, pour la première fois depuis 1942...

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Le Portugal est en deuil. Le pays aux trois « F » (Fatima, Futebol e Fado) vient de perdre l’ambassadeur du sport qui lui est le plus cher. « Cela fait deux, trois ans que je sentais qu’il s’affaiblissait, mais j’espérais que ça arriverait plus tard » , regrette Antonio Simoes sur le site d’A Bola. L’ancien coéquipier d’Eusébio a beau avoir assisté au déclin de son grand ami, il n’en demeure pas moins surpris. La mort frappe bien souvent sans prévenir. Décédé à 3h30 (heure portugaise) suite à un arrêt cardio-respiratoire, la légende portugaise prend donc une dernière fois tout son monde à contre-pied, lui, le véloce et puissant dribbleur. Celui que beaucoup considéraient comme « en avance sur son temps » .

En raison de l'heure du décès, aucun des trois grands quotidiens n’évoque le décès de la Panthère Noire, surnom attribué par un journaliste anglais à l’alter ego européen de Pelé. Aussi bien A Bola qu’O Jogo et Record parlent de la Coupe du Portugal, où Porto et Benfica ont brillé. C’est sur les sites de ces journaux qu’il faut se rendre pour apprendre la disparition du Ballon d'or 1965. « Eusébio est mort » , titrent solennellement les trois quotidiens, alors que le pays entier vient à peine de se réveiller. « Plus qu’un des grands noms du footbal, Eusébio est le Portugal » , n’hésite pas à dire José Mourinho, qui a décidé de mettre ses talents d’orateur au service du bien en ce jour de deuil. « Ma génération se souvient encore d’Eusébio. L’homme qui a été tout pour le Portugal au moment où le pays était ce qu’il était et le monde complètement différent est immortel. Mon fils sait qui est Eusébio sans l’avoir vu jouer une seule fois. »

Le Happy One n’est pas le seul à saluer le caractère surhumain de l’homme né à Lourenço Marques, à l’époque où le Mozambique était encore une colonie portugaise. « Ce n’était pas un prince. Car des princes, il y en a beaucoup. Des rois, il y en a moins. Il fait partie des élus. Il était surdoué physiquement et techniquement ; c’était une statue grecque » , renchérit son ancien coéquipier et actuel entraîneur du Teraktor (Iran) Toni, sur A Bola. Cristiano Ronaldo, lui, n’a pas encore parlé à la presse lusitanienne, mais a rendu hommage au défunt héros sur les réseaux sociaux : « Eusébio, éternel à jamais. Repose en paix. »

Le maillot de Di Stéfano

Les minutes passent et les articles sur la Panthère fleurissent. L’excellent site Mais Futebol revient sur la légendaire finale de la Coupe des clubs champions opposant le Real de Puskás et Di Stéfano - l’idole d’Eusébio - à Benfica, tenant du titre. Ou comment un môme de 20 ans conquiert le public d’Amsterdam et toute l’Europe en 90 minutes, lui qui n’avait pas pu participer au premier succès des Aigles l’année précédente, freiné par des problèmes administratifs causés par le rival sportinguista. Un gamin à qui « le trophée ne disait rien » et qui, à la fin du match ne pensait qu’à une chose, « le maillot de Di Stéfano » . Cinquante ans plus tard, le monstre argentin le lui rend bien. « Pour moi, Eusébio sera toujours le plus grand joueur de tous les temps » , peut-on lire sur le site d’A Bola.


La plus grande étoile du football portugais n’était pas simplement un homme à exploits. En bon Portugais, il aimait et savait parler. Le site du quotidien O Jogo n’est pas passé à côté et a mis en exergue quelques unes de ses plus savoureuses sorties médiatiques, dont la suivante : « Jamais je n’aurais imaginé arriver là, mais tout m’a souri parce que j’avais les deux pieds sur terre et la tête sur les épaules. Je dois beaucoup à ma manière d’être. J’ai toujours été très simple, et je parle peu. »

Sur les forums, les supporters se montrent quant à eux plus divisés. Adulé à Lisbonne et dans le Sud, Eusébio est loin de faire l’unanimité dans le Nord, rivalité oblige, surtout à une semaine du classico Benfica-Porto. Le premier de 2014, et le premier sans lui depuis le 25 janvier 1942...

Par William Pereira
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