Euro 08 : les Roumains ne passent pas à l'orange
Euro 08 : les Roumains ne passent pas à l’orange
Equipe des Pays-Bas
Deux thèses s’opposaient avant le coup d’envoi. D’un côté, les partisans du cynisme, Aimé Jacquet en tête, pour qui les Pays-Bas, en plus d’avoir fessé la France et l’Italie, se feraient un autre plaisir, un peu maso celui-ci, en perdant contre les Roumains, pour être bien sûr de renvoyer à la maison champions et vice-champions du monde. De l’autre, les derniers fous qui croient encore à la beauté de la victoire pour la victoire. Et pourquoi pas un autre monde possible tant qu’on y est ? Mais les Hollandais, comme aiment à le dire les hordes de supporters qui ont envahi la Suisse, sont bel et bien totalement « crazy ».
Dès la symphonie des hymnes, c’était clair, Hollandais et Roumains avaient signé un pacte. L’hymne batave était accompagné des applaudissements rouges, jaunes et bleus. Clair comme de l’eau de roche. Au vrai, ils avaient déjà fait la claque sur le Fratelli d’Italia. Le début de match fut plutôt tranquille. Les Bataves attaquaient gentiment le match, genre on s’installe dans le camp roumain, mais sans les brusquer, car faudrait quand même pas qu’on marque. Les Roumains, eux, se montraient étrangement apathiques, à l’exception de Mutu, pourtant sévèrement avoiné à plusieurs reprises par son sélectionneur. Un Piturca d’ailleurs pas très inspiré en ayant préféré le tracteur d’Inverness, Marius Niculae, à l’autre Niculae, Daniel, l’Auxerrois.
Passée la 20e minute, les Hollandais embrayaient. Le poids plume Ibrahim Afellay, un Robin Van Persie all-star ce soir, et un Robben très long de ligne, animaient le jeu batave. Mais enfin, sans leurs deux toupies géniales (Sneijder et Van der Vaart), les Oranges ne retrouvaient logiquement pas l’imprévisibilité des manœuvres offensives qui avaient tant donné la nausée à Français et Italiens. Huntelaar, l’homme aux 33 buts en 34 matchs de championnat, se manquait une fois (contrôle de la main à la 21e), deux fois (une frappe qui s’envole à la 34e), et les équipes regagnaient les vestiaires au terme d’une terne mi-temps.
En revenant sur la pelouse, les Hollandais mettaient un peu plus d’intensité dans leur jeu, et ouvraient logiquement la marque par Huntelaar, le pied en opposition après une déviation de Engelaar, milieu box to box à la passe toujours aussi juste. Bon, la plaisanterie avait assez duré et les Roumains allaient enfin se réveiller. Bah non. Toujours pas. Léthargiques, apathiques, Cristian Chivu et ses amis s’enlisaient. Van Persie, lui, continuait de se démultiplier, meneur (son positionnement dans l’organisation dictée par Van Basten), ailier, et...buteur. A la 87e, sur une superbe ouverture, il fit admirer sa qualité de contrôle avant de claquer d’un fouetté le ballon au fond des filets.
Lors de la conférence de presse d’après-match, Van Basten pouvait laisser transparaître un sentiment d’accomplissement. Ses remplaçants avaient fait le job, et ses stars, de retour de convalescence, lui ont donné des garanties. Robben galope à nouveau et Van Persie, logiquement élu homme du match, pète le feu. De quoi donner l’embarras du choix à Marco pour la suite. « Si on continue comme ça, lâchait-il au terme du match, je ne sais pas où s’arrêtera notre chemin ». En demie, contre l’Italie serait-on tenté de répliquer. Mais les Hollandais impressionnent vraiment, et surtout, les 23 sélectionnés respirent la joie de vivre.
Du côté de Piturca, déjà fessé par Marco lors de la finale de la Coupe des Champions 1989 (Milan -Steaua : 4-0), pas de quoi se réjouir. Ses joueurs, qui semblaient avoir fait le plus dur en tenant en échec les Françitaliens, ont manqué la dernière marche qui devait ramener le football roumain au premier plan, et donner un peu raison à ceux qui les méprisaient en pensant que les remplaçants hollandais les plieraient si ils évoluaient à 100%.
Par Thomas Goubin, envoyé spécial à Berne






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