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«Le football n’a aucun secret, il faut juste savoir réfléchir» Valeri Lobanovski (footballeur soviétique)

Euro 08 : l’éternel miracle italien

AS Roma   Equipe d’Italie   Equipe de France   Franck Ribéry   Juventus Turin  

18 juin 2008
Passés à un péno de l’élimination précoce, les Azzuri faisaient semblant de ne pas y croire tant que ça. Raté : les voilà en quarts, with God on their side.

Miracle à Zurich ? Depuis deux jours, derrière les encouragements de façade, l’Italie faisait tout pour se donner une posture religieuse. Dans le rôle du martyre, Del Piero, dont la nécro en split-screen (à gauche, le fuoriclasse juventino, à droite, l’Azzuri rétréci au lavage) tournait en boucle sur les écrans.

Dans celui du fils prodigue, un Van Basten sommé de sauver ses anciens ’’compatriotes’’. Dans celui du sauveur présumé, Cassano : crucifié dans les arrêts de jeu contre la Bulgarie en 2004, ressuscité en 2008 ?

Dans celui de Judas, l’arbitre, la Gazzetta dello Sport demandant même à Byron Moreno, aux manettes du désastreux Italie-Corée de 2002, son avis sur ses confrères des deux premiers matchs (en matière d’erreurs, autant demander au Bon Dieu plutot qu’à ses saints...).

Dans celui du rival biblique, enfin, la France (« Ancora tu, Francia », titrait la Gazzetta mardi matin), et surtout l’impie Domenech : « Nous ne pouvons pas mourir de la main de Domenech », priait la Repubblica. « Notre seule consolation sera peut-être de sortir en même temps que la France et son insupportable sélectionneur ».

Ajoutez à cela l’évocation insistante du "miracle de Cordoba" des voisins autrichiens (1) et la parabole du "capitaine abandonné" (l’ultime victoire des Azzuri contre Les Bleus dans le temps réglementaire remontant à 1978 quand, comme Cannavaro cette année, le capitaine Facchetti s’était blessé avant la compète). L’évangile selon Saint Donadoni était complet, bien résumé par ce titre de la Repubblica : « Battre la France et attendre un miracle ».

En pages intérieures, le quotidien se faisait plus lyrique - « Leopardi défie Baudelaire sur terrain neutre » - sans se douter que, le soir, les crampons de dix-huit seraient davantage de sortie que les douze pieds.

Un peu après 21 heures, dans le centre de Rome, le Campo di Fiori, ou la foule des Romains et touristes était rassemblée devant les écrans des bars, pouvait en effet constater le miracle : Saint Toni, qui ne croit que ce qu’il voit, venait justement de voir Abidal, sans doute pas au courant de son petit pari perso (dix occases franches et zéro but en trois matchs, qui dit mieux ?) le rattraper par le col. Péno, carton rouge, Ribéry blessé et Nasri en CDD non renouvelé : la quadruple peine pour la France en une demi-heure, quatre clous plantant solidement le miracle italien, en attendant le coup-franc (dévié, bien sûr) de De Rossi.

Devant l’écran, la suite appartenait au folklore plus qu’à la ferveur : Domenech prenait cher à chaque apparition dubitative, les noms de Mexès et Trezeguet volaient avec ironie, les Oranges faisaient le boulot sous les acclamations et les supporters se rassuraient (« Siamo noi campioni di mundi ! » : ils ont mis deux ans à s’en rendre compte, mais ils ont raison). Au coup de sifflet final, alors que les drapeaux sortaient de sous les tables, quelques pétards et vannes étaient gentiment lancés à quelques mètres de là, piazza Farnese, devant l’ambassade de France.

Les quelques supporters français, eux, rasaient les murs. Une heure plus tôt, à la mi-temps, un seul mot leur redonnait un sourire un peu forcé : miracle. Un mot que pourtant le football français, contrairement à l’italien, n’a jamais su traduire, sauf peut-être en 2000. Le foot français est une question de raison (on gagne le tournoi en étant les meilleurs et en faisant jouer les coiffeurs au troisième match), le foot italien une question de croyance. L’Edf d’inspiration Jacquet avait foi dans la profession, dans le professionnalisme, la Squadra Azzura est une profession de foi. L’Espagne catho, princesse de la lose, est prévenue.

Jean-Marie Pottier (à Rome)

(1) Une victoire 3-2 contre l’Allemagne, privant celle-ci de finale lors du dernier match : une évocation un peu maso, les deux mêmes pays finissant par arranger un match quatre ans plus tard en Espagne, précisément ce que l’Italie craignait des Pays-Bas et de la Roumanie...




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