Euro 08 - Güiza, qui ça ?
Euro 08 - Güiza, qui ça ?
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L’Espagne ayant passé les obstacles russe (4-1) et suédois (2-1) les doigts dans le zen, David Villa et Fernando Torres vont pouvoir se reposer. La place est donc libre pour celui qui à 27 ans a conforté Luis Aragones dans son idée de mettre un irréversible coup de blanco sur le nom de Raul la meringue. Güiza dans les 23, un truc impensable il y a encore un an, quand ce fils de pauvres pensait vivre à Getafe l’apogée de sa carrière.
Disciple de l’indiscipline
Daniel Gonzalez Güiza est andalou, il aime le flamenco. En voyant sa mère s’occuper de ses cinq enfants et son père se briser l’échine dans un job d’employé communal au service des ordures de la ville de Jerez, Dani se dit que travailler d’arrache-pied n’est pas la meilleure recette pour réussir dans la vie. Alors il devient branleur. Au fond de la classe, ses principales occupations se résument à fabriquer des sarbacanes avec son stylo et canarder son entourage. Faut bien l’avouer, l’école, c’est pas son fort.
Au vrai, le seul moment où Daniel s’épanouit, c’est quand il chicote le cuir. Dani grandit dans la rue et passe la plupart de son temps sur les terrains vagues d’un quartier pauvre. Le collège est surtout synonyme de récrés, seuls moments de la journée où il flambe en humiliant ses camarades au foot.
Au quartier c’est la même ! Au-dessus du lot, Dani se permet de manquer quelques séances d’entraînement. Un jour, il s’engueule avec un de ses coéquipiers pendant la semaine et ne se pointe pas au match le week-end. Une défaite plus tard, les mamans des enfants du quartier défilent à la porte de la baraque des Güiza et prient la madre Josefa de convaincre son fils de ne pas abandonner l’équipe…
Pas forcément amoureux des entraînements, Dani ne manque néanmoins à aucun moment les jours où les séances sont dirigées par Kiko, le Kiko qui flambera plus tard sous le maillot de l’Atletico Madrid. A l’époque, Kiko porte le maillot de Cádiz. Le club est détesté par l’ensemble des gens qui habitent le quartier, mais Daniel s’en branle, son admiration envers Kiko est plus forte que tout. Aujourd’hui encore, pour célébrer ses buts, Dani trottine, regarde le public et mime l’archer, comme son modèle l’a fait durant toute sa carrière.
La sieste de Majorque
Dani ne tarde pas à quitter le club de sa ville, le Xerez CD, pour signer à Majorque à l’âge de 19 ans. Un passage foireux où il ne s’implique pas assez. Après un prêt express à Dos Hermanas (2e div.) où il retrouve provisoirement des couleurs (8 buts), Güiza voit surtout sa carrière lui passer sous le nez et perd trois précieuses années dans l’équipe B de Majorque, ne rentrant que très rarement dans les plans des entraîneurs qui se succèdent à la tête du club des Baléares. L’un d’entre eux se nomme Luis Aragonés. Au cours d’une séance vidéo orchestrée par le vieux Luis, Güiza se met à ronfler devant tout le monde…Fin de l’aventure, puis double passage invisible avec la réserve du Barça puis à Huelva.
A 23 ans, Güiza ne confirme pas les attentes placées en lui. Erreur de casting ? Fausse promesse ? La réponse ne peut pas encore se baser sur le football, puisque Dani passe le plus clair de son temps à s’amuser. Daniel Güiza ne fait pas partie de ces footballeurs qui n’ont pas eu de jeunesse. Son éducation gitane lui a appris à profiter de la vie et à avancer à l’instinct, alors la cyprine et l’alcool fort coulent à flot durant cette période de désert sportif.
Conscient qu’il est temps de rebondir, il rejoint la Ciudad de Murcia. Au moment faire signer le joueur, le propriétaire du club Quique Pina déclare à la presse : « Aujourd’hui, je vous présente le joueur le plus voyou d’Espagne ! ». Un boss avec qui le courant passe bien, et le voilà sur une trajectoire plus adéquate à son talent : « A 23 ans, il était face à sa dernière chance. S’il voulait être sportif, il devait changer de comportement. Et il l’a très bien compris » ajoutera Pina en guise d’adieu.
Boire et déboires
Deux saisons où ses 38 buts parlent d’eux-mêmes et lui permettent de signer à Getafe, club dans lequel il pourra enfin goûter (à 25 ans) avec régularité à l’élite espagnole. La période d’adaptation n’existera pas, Dani fait d’emblée le bonheur du nouveau coach Bernd Schuster, avec qui il partage deux saisons avec le club madrilène. Deux exercices pleins, où le club est propulsé au rang de révélation, puis de confirmation, se qualifiant ainsi pour la coupe UEFA.
La vie devient trop facile pour l’Andalou, alors les vieux démons refont surface. Son couple est en crise, il se sépare de Rocio (femme qu’il a rencontrée à l’époque de Xerez) et se voit par la même occasion séparé de ses deux enfants.
La bouteille vole alors à son secours, et Güiza noie son chagrin sur les dancefloors qui l’entourent. Dani soigne le mal par le mal, clope au bec, et Dieu lui envoie Nuria Bermúdez. Coup de foudre réciproque entre les néons et les boules à facettes. Classe. Nuria Bermúdez ? Une meuf clean, qui entre deux apparitions dans des séries B, a pris le temps de raconter à toute la péninsule qu’elle avait fait sauter tous les cuissards du Real Madrid (+ celui de Cristiano Ronaldo).
Dieu est grand et gitan
Retour aux sources pour Güiza à l’aube de la saison 2007-2008, signature à Majorque. 27 ans, l’âge du Christ. Transcendé par ce retour au bercail, il enquille les pions aussi facilement qu’il le faisait à l’époque du terrain vague. 27 buts au total (dont 12 lors des 9 dernières rencontres) - et aucun penalty ! -, loin devant les cadors qui ont l’habitude de crécher à cette place. Un titre de pichichi en poche qui lui permet légitimement de frapper à la porte de la Seleccion en milieu de saison.
Côté sentimental, ce qui se présentait comme un coït entre clubbers devient un peu plus sérieux que ça : Nuria la furia donne la vie en décembre dernier à un petit… Daniel (donner son propre prénom à son fils, un truc de sportif).
Les douze mois que vient de vivre Daniel Güiza ressemblent sérieusement à un cadeau de Dieu. Le ciel l’aide, mais Dani le lui rend bien. Quelque part entre Mickaël Madar et Tony Vairelles, l’enfant de Jerez de la Frontera a ses petites manies. Au-delà des pompes de foot en requin qu’il sort uniquement lors des grandes occasions, Güiza possède à l’intérieur de l’un de ses protège-tibias une photo du Dieu des Gitans ; dans l’autre, une portrait de la Vierge des Vallées. Croyant jusqu’au bout de la nuit, Dani s’endort tous les soirs avec un t-shirt du Christ et de la Vierge.
Le prochain rêve de Güiza : « J’avais cette peur de ne pas y aller (à l’Euro) car être pichichi ne vous garantit rien ». Après avoir savouré sa sélection, Dani s’est fixé un nouvel objectif qui consiste à « marquer au cours de cet Euro ».
De son côté, Madame, elle, a déjà réalisé son rêve en 2006, en réussissant son examen d’agent de joueurs. Aujourd’hui, elle s’occupe des intérêts d’un mari plus convoité que jamais.
Par Matthieu Pécot






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