Euro 08 : Espagne bat Allemagne 1-0
Euro 08 : Espagne bat Allemagne 1-0
Atletico Madrid Bundesliga Equipe d’Allemagne Equipe d’Argentine Equipe d’Espagne FC Barcelone Juventus Turin Liverpool FC Milan AC Raul Real Madrid C.F. Thierry Henry Xavi
Avant de revenir sur la victoire espagnole, juste un petit rappel au sujet de l’Allemagne à travers deux extraits d’’articles parus sur sofoot.com.
« L’Allemagne ne produit plus de vrais grands joueurs de calibre international. Car le mal allemand est là, tout simplement : il explique que la Mannschaft et les clubs de Bundesliga n’effraient plus personne sur la planète foot. L’Allemagne s’est endormie sur ses lauriers, se flagellaient Beckenbauer, Hoeness et Rümmenigge, triumvirat du Bayern bien décidé à enrayer le long déclin d’une nation autrefois souvent n°1 mondiale…L’Euro 96 est bien loin : les Möller, Klinsmann, Bierhoff, Köpke, Sammer, Hässler ou Scholl étaient tous des titulaires potentiels dans n’importe quel grand club européen. Tout s’est gâté après, avec l’absence d’une réelle relève de qualité » (Bilan 2007 : Deutschland encore loin d’être über alles - Dimanche 30 décembre 2007).
« La Mannschaft est une belle et bonne équipe. Elle peut même gagner l’Euro mais si elle le gagne ce sera par défaut, vu qu’elle manque de certaines qualités essentielles. On l’a bien vu hier soir contre la Croatie. La compète n’est pas finie. Time will tell… » (Euro 2008 : Raymond et les Oranges Bleues - Vendredi 13 juin 2008).
Voilà la réflexion constante qu’une partie de la rédac’ portait sur l’Allemagne depuis longtemps. Des bons (voire très bons) joueurs mais pas de joueurs exceptionnels, capables de renverser le cours d’un match décisif et d’être réguliers d’un bout à l’autre de la compétition.
Tout le contraire de l’Espagne, avec un collectif hallucinant et pourvue, elle, de joueurs d’exception dans toutes les lignes : Villa, Torres, Casillas, Senna, Xabi, Iniesta, Silva, Puyol, Fabregas, Sergio Ramos (presque toute la Seleccion, en fait…)… C’est aussi et surtout avec d’énormes individualités qu’une équipe gagne des compètes.
Ce n’était pas le cas de l’Allemagne avec un Ballack encore transparent, ou bien avec les Klose, Podolski ou Schweinmachinchose, pas décisifs eux non plus. Comme annoncé depuis le début de la compète, la paire axiale Metzelder-Mertesacker avait dépassé depuis longtemps la date de péremption. Lehmann nous a encore fait une spéciale : une sortie kamikaze inutile sur le but de Torrès (33ème). Lahm, soi-disant super flèche défensive, bouffé à la course par El Kid de Liverpool…Seul Frings aura été vraiment bon chez les Allemands hier soir. L’Allemagne aura pesé pendant deux courtes périodes.
Le premier quart d’heure et une dizaine de minutes de pression intense vers la 60ème, quand Kuranyi est entré pour muscler l’attaque. Mais Aragonès a vite adjoint à Senna un autre milieu défensif avec l’entrée de Xabi Alonso (64ème) et c’en était fini d’un éventuel retournement de situation allemand.
Espagne-Allemagne n’était en fait qu’un remake de Croatie-Allemagne (2-1) du premier tour : une équipe (Croatie / Espagne) aux lignes resserrées fait circuler la balle en jeu court ultra précis tout en se projetant vers l’avant quand elle le décide, souvent au moment le plus propice. La force mentale collective extraordinaire de l’Allemagne n’a pas suffi cette fois-ci.
L’Espagne a mérité son titre. Ça fait un peu moins de 10 ans qu’elle cartonne dans les équipes de jeunes en trustant les titres mondiaux ou continentaux. Les Champions d’Europe d’hier soir sont pratiquement tous issus de ces sélections et se connaissent donc depuis longtemps. C’est sans doute ce qui a permis à la Seleccion d’avoir enfin cette cohésion et cette homogénéité qui ont transcendé les particularismes régionaux mortels d’autrefois (Basques, Catalans, Castillans) et les différentes cultures de jeu antagonistes (Real, Barça, Valence, etc…).
Comme Lippi en 2006 qui avait composé une vraie équipe d’Italie en passant outre le monopole des grands clubs Inter-Juve-Milan AC (quatre joueurs de Palerme dans les 23…), Aragones a bâti une équipe de toute l’Espagne : deux joueurs du Real et trois du Barça (quatre avec Cesc ?) et le reste : Villarreal, Getafe, Valence, Mallorca, Atletico Madrid… Plus une petite colonie anglaise (Fabregas, Xabi Alonso, Torres), porteuse de vertus british qui ont apporté un petit plus à la Seleccion…
Aragonès a trouvé la synthèse parfaite, mélange de technique collective et de rigueur défensive. Sa plus belle trouvaille tactique : Marcos Senna devant la défense. Un hybride génial et posé de Makélélé et Vieira, capable d’enclencher lui aussi des offensives, voire de venir créer le surnombre devant (il a encore failli marquer hier soir, à la 82ème).
Le trio Silva-Xavi-Iniesta a été royal, plus futé en fait que le remarquable milieu hollandais. Un bon point pour Silva, autre révélation espagnole du tournoi, qui a joué tout en abnégation contre l’Allemagne, dans un rôle plus défensif et moins porté vers l’attaque.
Et puis Casillas, réel N°1 mondial à son poste, Sergio Ramos, Torrès… Une équipe sereine, avec une vraie identité de jeu immédiatement lisible, quasiment aucune faute, jamais de panique, des remplaçants qui jouent le jeu : la vraie force tranquille.
Il faut rendre hommage à Aragonès, gros relou souvent (très) mal inspiré qui a quand même créé un précédent heureux en sélectionnant un Noir en la personne de Senna (pas demain la veille qu’on verra un Noir au Zénith de St-Petersbourg, hein…). Aragones a pris ses responsabilités en écartant Raul de son groupe, pour mieux permettre aux p’tits jeunes de s’épanouir tranquillement (comme Jacquet avec Cantona).
Enfin, Aragones a eu l’intelligence extrême de placer Fabregas en remplaçant tout au long de l’Euro (même si Cesc était titulaire hier soir, suite à la blessure de Villa). Raynald Desnoueix expliquait que l’un des problèmes majeurs du sélectionneur espagnol était de gérer le trop plein de joueurs talentueux au milieu de terrain.
Aragonès a tranché : Silva-Xavi-Iniesta. Un récupérateur derrière et deux attaquants devant (qui décrochent à tour de rôle). Pour Aragones, se prendre la tête à vouloir utiliser à tout prix l’atout Fabregas aurait conduit à déséquilibrer une équipe parfaitement en place. Cesc n’entrait qu’en deuxième mi-temps pour relancer la machine avec talent. Bien vu. C’est le genre de choix que tous les sélectionneurs anglais n’ont pas osé faire en associant systématiquement Lampard et Gerrard, qui n’arrivent toujours pas à cohabiter efficacement et se marchent sur les pieds en sélection. Aragonès aurait tranché pour l’un ou l’autre. En tout cas, il a misé sur Xavi, désigné meilleur joueur du tournoi…
Aragones peut partir la tête haute et les chicos bonitos peuvent déjà penser à 2010…
Chérif Ghemmour






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