1. // Coupe du monde 2014
  2. // Le peuple de l'herbe
  3. // Billet d'humeur

Être Luis Suárez

S'il fallait un jour devenir quelqu'un d'autre, on n'aurait pas le choix. On serait bien obligé de devenir Luis Suárez. Mais pas à n'importe quel moment. Être Luis Suárez lors d'une Coupe du monde au Brésil avec l'Uruguay contre l'Angleterre.

Modififié
177 24
Il y a des joueurs dont le potentiel métaphorique est indépassable. Il est impossible de ne pas deviner dans leurs démarches, leurs célébrations, leurs cris de joie ou leurs yeux humides un peu de nos existences soumises aux caprices du destin et bien habituées aux contraintes de la vie en société. Depuis que nous avons l'âge d'aller à l'école, on nous a appris à être civilisés. Les heures passées à corriger nos travers d'enfants sauvages ont dessiné, peu à peu, l'être normal et policé qui dit aujourd'hui bonjour quand on lui parle, sert la main quand on lui demande et retient sa haine au lieu de mordre quand on le blesse. Grâce à l'éducation des peuples, personne ne se mettra jamais à genoux au milieu d'une salle de réunion, ne pointera les mains au ciel, ni ne braillera quelques prières en espagnol pour remercier des ancêtres magiques à la moindre émotion ressentie.

À nos supporters imaginaires

Personne ne déboulera jamais dans les couloirs tête baissée et bras ouverts, n'haranguera jamais un open-space devenu hystérique avec nous, quand on nous annoncera que notre demande de mutation a enfin été acceptée, qu'après des mois d'attente on avait enfin reçu notre carte de presse ou qu'au bout de la patience et du sacrifice, justice avait été rendue, et qu'on accédait enfin au prestigieux statut d'intermittent du spectacle. Dans nos vies normales, on nous a appris à célébrer nos joies en privé. Si l'on s'est créé quelques gestes rituels destinés à ces supporters imaginaires qui nous accompagnent partout où l'on va depuis notre naissance, c'est pour nous sentir un peu moins seuls quand une émotion violente nous prend la gorge et qu'on aimerait la partager au milieu d'un stade uruguayen criant notre nom. En vrai, le seul moment de notre existence où on a le droit de courir partout, d'embrasser notre pote et la femme de notre pote, d'écraser une larme de joie pour un motif dérisoire, c'est quand on vibre vraiment et qu'on est transporté par l'extase d'un but qui donne la victoire finale à quelques minutes de la fin. Heureusement qu'il y a le football, heureusement qu'il y a Luis Suárez.

L'homme à la tête de loup

La simple évocation d'un Angleterre-Uruguay (ou d'un Angleterre-Argentine, ou d'un Angleterre-Chili) dévoile déjà des trésors de mythologies footballistiques. L'Angleterre c'est un peu les États-Unis du foot, il y a toujours une bonne raison de leur en vouloir. Mais quand Muslera tape un ballon en demi-volée comme le font tous les gardiens de l'autre hémisphère pour dégager un ballon rasant, et que le cuir ricoche sur la tête du capitaine de Liverpool pour se glisser ensuite dans la profondeur de l'attaquant uruguayen à la tête de loup, Luis Suárez, on se dit qu'il y a encore une justice. Cette déviation était si parfaite qu'elle eût mérité que son auteur en fut el Matador Cavani. Pourtant, ce fut bien Steven Gerrard le coupable de cette passe décisive contre son camp. Suárez - hors-jeu selon certains - n'eut qu'à contrôler légèrement ce ballon pour le placer dans l'axe de tir et mettre en joue. L'angle était fermé, Cahill était à ses trousses, mais son visage était calme et ses gestes de béquillard appliqué étaient parfaitement coordonnés. Garder son calme, respirer un coup, se planter au milieu d'une surface et placer un ballon au seul endroit de vide possible (entre l'épaule et la tête du gardien) sans que nos mains ne deviennent moites, sans que notre cœur ne s'emballe. Du pied droit, Luis Suárez exécuta Joe Hart sans une seule seconde de pitié.

Spectateur de lui-même

Et alors son expression de bandit de grand chemin se changea en celle d'un chérubin bouleversé qui n'en revenait pas de ses propres facéties. La mâchoire grande ouverte, il embrassa rituellement son poignet, puis son pouce, puis son index, puis son majeur, ouvrit les bras, fit signe à quelqu'un au fond de la tribune et s'effondra enfin face contre terre comme s'il avait souhaité mourir ici, maintenant, devant les siens, juste après un doublé qui donnerait la victoire à son pays. Ce qu'il y a de bouleversant et peut-être parfois même d'insupportable, c'est le génie qu'a Suárez de célébrer ses deux buts comme s'ils n'étaient pas les siens, comme s'il était lui aussi installé dans les tribunes et qu'il venait de voir son attaquant offrir à son pays une de ses plus belles joies. Quand, à la fin du match, il fut remplacé (et dire qu'il n'était qu'à 50%...), il prit un à un ses coéquipiers par la tête, s'agrippa à eux comme on s'accroche à sa peluche avant de s'endormir quand on a 3 ou 4 ans, et les serra contre lui. Le reporter qui s'approcha de Luis confirma ce qu'on avait deviné : « Luis, tu nous avais dit que tu avais rêvé de ce moment-là ? Tu l'avais dit à tes coéquipiers, n'est-ce pas ... » Et Suárez craqua de nouveau. Dans une espèce de vagissement de nouveau-né, il confirma : « Siiii, lo soñé...(sanglot)... lo soñééé » ( «  oui, je l'ai rêvé, je l'ai rêvé » ). Cet homme dont le métier consistait à marquer des buts et à affronter chaque semaine une foule de 50 000 personnes (sans compter les millions d'yeux impudiques guettant le moindre de ses gestes) était encore ému par un ballon qui était rentré dans des filets, par des bonheurs qu'on imaginait dans le secret de nos nuits et qui, peu de temps après, se réalisaient comme par magie. Avoir le droit d'être content, pouvoir hurler un bon coup, savoir pleurer pour rien, réaliser son rêve, qualifier son pays. Être Luis Suárez, encore une fois.

Par Thibaud Leplat
Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Modifié

L'une des vertus principales de Suarez, c'est de donner à Stevie G la fin de carrière qu'il mérite. Que ce soit en PL ou au mondial (cf. leurs calins).
Sinon, le mec est touché par la grâce, tout ce qu'on peut espérer, c'est qu'il n'aille pas au Real...
Note : 9
Message posté par marcus01
L'une des vertus principales de Suarez, c'est de donner à Stevie G la fin de carrière qu'il mérite. Que ce soit en PL ou au mondial (cf. leurs calins).
Sinon, le mec est touché par la grâce, tout ce qu'on peut espérer, c'est qu'il n'aille pas au Real...


J'préfère qu'il reste a Pool et qu'il nous mette un doublé par match contre Chelsea que de le voir au Real putain !
C'est exactement ça, avec ce mec l'esthétique et le regard de l'autre n'ont aucune importance. Rentrer sur le terrain pour gagner, tout mettre en œuvre pour aider son équipe à atteindre cet objectif, toujours jouer à fond comme si la vie en dépendait... C'est brut, c'est hargneux et putain que c'est jouissif à voir.
ah j'en chiale tiens
Ronaldo McDonald's Niveau : CFA2
Beau billet
Nerazzurro Niveau : CFA2
Quel joueur ce Suarez ! Impossible de ne pas avoir été touché par ses larmes hier soir. C'était beau et c'était grand. C'est pour ce genre de choses que j'aime tant le foot.

Magnifique billet sinon. Merci.
Messieurs de la FIFA, en voyant comment SUAREZ a porté LVP cette saison, envoyant son doublé hier contre l'Angleterre pour son entré e en compétition, j'espère de tout coeur que ces exploits seront déterminants pour la course au BO. Et svp ne nous sortez pas les 17 buts de Ronaldo en LDC on en a marre des records avec des buts inutiles.
"Personne ne déboulera jamais dans les couloirs tête baissée et bras ouverts, n'haranguera jamais un open-space devenu hystérique avec nous"

Toi tu ne connais pas Jordan Belfort.
Paulgeorge Niveau : DHR
Putain si c'est pas beau le foot...
luciusfromvillage Niveau : District
Impatient pour ce PUT* de 3ème match de poule!
ce mec peut etre une horreur sans nom, une tete à claques monstrueuse, mais je ne peux pas m'empecher de kiffer son jeu, sa hargne, son efficacité...

il vit le foot à l'excès, ses larmes en sont la preuve, et on est obligés d'être fascinés par ça

un seul etre leur a manqué et l'uruguay avait été dépeuplé contre le costa rica
son retour démontre toute l'importance d'un grand joueur dans une équipe
Je n'ai jamais était un grand fan de l'auteur de l'article. Mais là, je valide ! Très beau et très bon article.

Merci.
Si dans la vie on peut mettre le feu à un open space pour pas grand chose.

Un soir de beaujolais nouveau (un jeudi comme le savent les alcolos) on s'est piotés passablement bourrés. Deux potes ont du dormir chez moi. Bibi, plutot malin avait pris son vendredi mais un de mes deux potes ne devait aller bosser. Au reveil...vers 13h du matin...on lui a dit de poser sa journée. Mais il a rassemblé tout son courage et il est allé bosser en arrivant à ...15h. Résultat quand il est rentré dans la piece tout ses collègues de l'open space se sont levés et lui ont fait une OLA !
Message posté par Nerazzurro
Quel joueur ce Suarez ! Impossible de ne pas avoir été touché par ses larmes hier soir. C'était beau et c'était grand. C'est pour ce genre de choses que j'aime tant le foot.

Magnifique billet sinon. Merci.


Averlo preso all'Inter quando era il momento....
Le mec, plein de vices, de hargne, de passion, d'esprit de sacrifice (rappel le match contre le Ghana) et même d'excès bref la garra charrua!

Il personnifie à lui tout seul l'Uruguay!! J'adore ce joueur!
Coach Kévinovitch Niveau : Ligue 1
Message posté par BATIGOAL98
Messieurs de la FIFA, en voyant comment SUAREZ a porté LVP cette saison, envoyant son doublé hier contre l'Angleterre pour son entré e en compétition, j'espère de tout coeur que ces exploits seront déterminants pour la course au BO. Et svp ne nous sortez pas les 17 buts de Ronaldo en LDC on en a marre des records avec des buts inutiles.



On parle de la FIFA mon gars, réveille-toi, tu te fais des illusions. Moi aussi, j'adorerais mais on sait comment ça va se passer: une nouvelle bataille entre Tic et Tac!
MindTheGap Niveau : CFA
Message posté par BATIGOAL98
Messieurs de la FIFA, en voyant comment SUAREZ a porté LVP cette saison, envoyant son doublé hier contre l'Angleterre pour son entré e en compétition, j'espère de tout coeur que ces exploits seront déterminants pour la course au BO. Et svp ne nous sortez pas les 17 buts de Ronaldo en LDC on en a marre des records avec des buts inutiles.


J'adore (vraiment, vraiment !) Suárez et apprecie grandement Liverpool mais même si j'aimerais le voir BO, on peut ressortir l'argument de chaque année avec Messi ou CR7, quel titre ont gagné Liverpool et l'Uruguay.

Je vois mal CR7 cette année gagner le BO car année de mondial, mais ses 17 buts n'ont pas servi à rien en LDC... Il l'a gagné bordel. Faut arrêter de penser à son péno de la finale.
Quenellinho Niveau : Loisir
Message posté par marcus01
L'une des vertus principales de Suarez, c'est de donner à Stevie G la fin de carrière qu'il mérite. Que ce soit en PL ou au mondial (cf. leurs calins).
Sinon, le mec est touché par la grâce, tout ce qu'on peut espérer, c'est qu'il n'aille pas au Real...


Le Real, c'est le seul endroit où il devrait être justement putain. Liverpool, c'est le pire endroit pour un grand joueur (Coucou Gerrard)
Quenellinho Niveau : Loisir
Message posté par marcus01
L'une des vertus principales de Suarez, c'est de donner à Stevie G la fin de carrière qu'il mérite. Que ce soit en PL ou au mondial (cf. leurs calins).
Sinon, le mec est touché par la grâce, tout ce qu'on peut espérer, c'est qu'il n'aille pas au Real...


Le Real, c'est le seul endroit où il devrait être justement putain. Liverpool, c'est le pire endroit pour un grand joueur (Coucou Gerrard)
Leave-Her-Pool Niveau : DHR
Fernando, ce billet aurait pu être pour toi, mais bon, toi étais " beau " tu étais le Niño, le Kid, tu étais lisse, tu plaisais aux jeunes filles en fleur.
Mais quand Stevie t'as conseillé à contre coeur de faire ce qui étais le mieux pour toi, tu es parti Fernando (cf So foot de Juin 2014)...

Paradoxalement tu es parti l'année où Luis est arrivé, j'ai rêvé de vous associer tous les deux sur le front de l'attaque des Reds mais ce songe n'a jamais vu le jour.

Luis est fourbe, Luis donne des coups, mais Luis est ce buteur racé que tu ne seras plus jamais. On dit qu'à 27 ans un attaquant est mur, à son apogée. C'est un fait, personne n'est aujourd'hui au-dessus de Luis.

J'espère qu'il restera encore quelques temps à Anfield à embrasser son poignet, puis ses 3 doigts, comme s'il frappait sur la porte du bonheur.

Bon Dieu, quel Joueur!
Partenaires
Olive & Tom Logo FOOT.fr
177 24