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Eto’o, Chuck Berry du foot (suite et fin)

En cette fin d’année pourrie au triple A, sofoot.com revient sur un fait marquant de 2011 : le surprenant transfert de Samuel Eto’o à l’Anzi Makhatchkala. Une décision de cachetonneur qui n’est pas sans rappeler la carrière du grand Chuck Berry. Voici la deuxième partie de l’histoire commencée hier…

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Ce qui rapproche encore Chuck et Samuel, c’est leur statut d’artiste itinérant cachetonnant à fond en fin de carrière. Les deux loustics voyagent léger : la même guitare Gibson depuis 60 ans pour Chuck et un éternel ballon de cuir pour Sam. Économie de moyens qui incite à la simplicité et au nomadisme. Après ses hits fifties et early sixties, Chuck a moins enregistré, gâchant son talent dans des concerts ultra cheap qui ne lui ont jamais fait honneur. Aux States, Chuck a très longtemps tourné seul, délivrant des shows pas toujours mémorables. Il prend sa caisse, avale des dizaines ou des centaines de bornes, avec sa gratte sur la banquette arrière. Il déboule un peu avant le concert dans le joint où des musiciens recrutés la veille sont censés l’accompagner : Chuck ne les connaît pas, ne leur parle pas, n’a jamais répété avec eux ! It’s only Rock’n’Roll : Chuck indique la tonalité du morceau et ça enquille. Tout ça pour économiser de la thune : Chuck-le-radin ramasse un gros cachet seul, plutôt que d’en céder une partie à des musiciens qui l’accompagneraient régulièrement…

Évidemment, plusieurs fois avant le concert, Berry exige une rallonge de quelques dollars au patron sinon il se casse ! Numéro un peu minable mais bien connu de ces patrons de salles qui, affolés, cèdent toujours… Même en tournée dans le monde, Chuck réclame aussi des rallonges en dollars US, le rat ! A 30 ans, Samuel Léto est aussi parti. Loin, très loin. Pour cachetonner. Au Daguestan, à l’Anzi Makhatchkala. Le 19 août dernier, il s’est transféré de l’Inter à l’Anzi pour 27 millions d'euros pour un contrat de 3 ans qui lui rapporte 20,5 millions d'euros net par an (plus 20 000 € par but et 10 000 € par passe décisive) devenant le footballeur le mieux payé de la planète. Le président de l’Anzi, Suleyman Kerimov (oligarque, fortune de 8 milliards de dollars, selon Forbes) qui connaît son Samuel sur le bout des doigts, lui a offert en cadeau de bienvenue : le dernier modèle de Ferrari…

Le quad de Sam dans la soute de l'avion

Alors qu’il avait encore des belles années devant lui, à jouer dans des grands clubs, il a préféré cachetonner dans un pays inconnu et dangereux, au point que le club est basé à Moscou, là où il vit. Sam réfute toujours que c’est le fric qui a guidé son choix. C’est dit avec sincérité. Bon, après il s’énerve un peu si on le croit pas…. A l’Anzhi, Sam joue avec des gars pas terribles qu’il ne connaît même pas. Hormis peut-être le Russe Zhirkov, croisé en Ligue des Champions, et surtout Roberto Carlos. Mais le Brésilien est en fin de parcours… Chaque match qu’Etau dispute ressemble à un concert cheap de Chuck. Le championnat russe, malgré quelques bons clubs, ressemble à une tournée improbable de Chuck dans le Milwaukee, le Nebraska ou la Floride… Les deux Sam & Chuck font le boulot, à ceci près que Sam reste pro et n’exerce pas de chantage contre son boss, le redoutable Kerimov, pour lui extorquer une rallonge (vaut mieux pas : Kerimov règle punitivement les contrariétés du quotidien, « à la russe » …).

Ceci dit, Sam Fils fait aussi des caprices que ne renierait pas Berry Chuck, comme refuser de monter dans l’avion des Lions Indomptables si on ne charge pas son super quad Yamaha dans les soutes de l’appareil… Sam aurait souhaité que l’Anzhi engage son frère d’Afrique, Didier Drogba, un temps tricard chez les Blues, cet automne. Deux grands strikers autrefois concurrents et rivaux réunis enfin en terre slave au crépuscule de leur carrière : un truc qui aurait eu de la gueule… Un peu comme l’expérience pas si crade du duo formé par Chuck Berry avec un de ses grands « rivaux » , chanteur et guitariste des fifties, Bo Diddley. C’était à la fin des années soixante, quand les deux black stars devenues potes étaient passées de mode. Mais aux dernières nouvelles, Didier Drogba serait plus en partance pour la Chine, rejoindre Tigana et Anelka à Shangaï… C’est Malouda qui serait plutôt dans le viseur de l’Anzhi, qui lui aurait fait une offre de 6 millions d’Euros net par an.

Le faux contrat signé d'Eto'o au PSG

Et cachetonner comme Chuck pour ramasser un peu plus d’oseille, c’est possible ?… Sam y a au moins pensé ! Le championnat russe dans sa nouvelle formule ne reprend qu’en mars 2012. Comment occuper son temps d’ici là, en effectuant une pige un peu à la Chuck Berry (je débarque, je joue, je prends l’oseille et je me casse) ? Pour Sam, un retour express à l’Inter envisagé un temps est resté sans suite. Plus marrant : la phrase sibylline de Sam le 31 octobre dernier, au Canal Football Club, qui a été légitimement interprétée comme un appel du pied au PSG.

Au départ évasif ( « Pour l'instant, ce n'est pas envisageable. On verra si l'occasion se présente… » ), Sam sème ensuite le doute en avouant être régulièrement en contact avec Leonardo : « On a gardé de très bons rapports. Mais on n'a pas abordé ce sujet. Avant d'aboutir à un contrat, il y a pas mal de choses. » Plus confondant, il avait fini par un énigmatique : « Léo, si tu as besoin de moi… » , avant de signer pour de faux un contrat d’engagement à Paris à Pierre Ménès ! Et puis Samuel a fait un rétropédalage en publiant trois jours plus tard un communiqué officiel réfutant toute velléité de CDD au PSG, même pour une très courte pige. On murmure que c’est le redoutable Kerimov (celui qui règle punitivement les contrariétés du quotidien, « à la russe » ) qui lui aurait « suggéré » de faire cette mise au point. A 20 millions d’Euros annuels, on comprend que Suleyman ne soit pas partageur.

Elvis n'a jamais écrit une chanson

D’autres points communs rassemblent des deux artistes itinérants et cachetonneurs. La cloche, d’abord ! Sam a grandi dans le quartier pauvre de New Bell, à Douala, alors que « My ding-a-ling » (interdit sur pas mal de radios US pour ses connotations sexuelles évidentes), sorti en 1972 restera le plus grand hit de Chuck. Driiiiiiiiiing !... Chuck et Samuel, c’est aussi même blackitude qui leur a valu de subir le racisme qui va avec. Chuck a longtemps connu les joies de l’Amérique ségrégationniste, ainsi que le manque de considération pour l’artiste qu’il était ayant largement composé la BO de l’Amérique des fifties, à l’inverse du grand Elvis qui, lui, n’a quasiment jamais écrit une seule chanson de toute sa vie. Samuel a essuyé en Europe de l’insulte, du crachat et du jet de bananes, au point d’avoir voulu quitter la pelouse lors d’un funeste Saragosse-Barça de février 2006 à cause des cris de singe. Détail piquant : Chuck vit et a vécu aux USA, pays de « caucasiens » ( « blancs » , selon la typologie ethnique US officielle) et Sam est allé chez les Caucasiens, les vrais… Enfin, bon, malgré les préjugés et les discriminations, les deux hommes ont avancé, en faisant tomber quelques barrières.
Quoi d’autre en commun encore ? Les deux bonhommes ont eu affaire à la justice de leur pays. Pour des affaires de fraude fiscale, puis de mœurs, Chuck Berry a fait de la prison. Un truc carabiné : deux ans de taule en 62, ce qui a pas mal plombé sa carrière. Samuel Eto’o n’a été condamné que par la justice sportive de son pays : 15 matchs de suspension avec les Lions Indomptables infligés par la Fédé camerounaise pour avoir « zappé » le match amical Algérie-Cameroun du 15 novembre dernier. Juste après Maroc-Cameroun, Captain Eto’o avait quitté la sélection basée à Marrakech pour repartir en jet privé en Europe… Ceci dit, les sempiternelles histoires de primes et d’intendance foireuse de la Fécafoot (fédé camerounaise), c’est pas nouveau. Ces problèmes ont quand même vrillé les nerfs de générations de Lions Indomptables, bien avant ceux d’Eto’o. Mais mine de rien, pareille sanction de 15 matchs de suspension, c’est la fin de carrière internationale de Samuel. Sam avait 10 jours pour faire appel…

Voilà que se termine la vie parallèle de Sam & Chuck. C’est fini. Quoi ?... Une dernière ?... OK. Sam a mis un point d’honneur à planter souvent contre le Real lors de quelques Clasicos mémorables, en souvenir vengeur du club meringué qui ne l’avait pas gardé en 97 (prêté à l’obscur CD Leganés). En parvenant au succès et à la réussite, Chuck a juste pris une petite revanche sur quelques musiciens de jazz qui l’avaient snobé avec mépris sur scène, lui, le petit guitariste de R&B…

Lire la première partie de cette article

Par Chérif Ghemmour
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Paul_101_Moro Niveau : District
Franchement, chapeau Cherif. Enorme!
Deux articles excellents. Des comme ça il en faudrait tous les jours. Une petite suggestion : George Best et Jimi Hendrix par exemple
Ou Gigi Meroni et Jim Morrison : deux grands talents morts très jeunes (24 et 27 ans), rebelles, dont l'activité principale a totalement éclipsé leurs autres activités (football et peinture pour Meroni et musique et poésie pour Morrison).
Chuck Berry il a vendu son cul à un tyran islamiste pour de l'argent ?
Je propose aussi Paul Gascoigne et Charlie Sheen, même si c'est un acteur.
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