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  1. // Ballon d'Or 2010

Et Sneijder, bordel ?

C'est tombé aujourd'hui : Xavi, Iniesta, Messi. Le 10 janvier 2011, c'est l'un des trois joueurs cités qui sera lauréat du FIFA Ballon d'Or 2010. Grand perdant : Wesley Sneijder. Un scandale ? Quelque part, oui...

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Automne meurtrier...

Xavi, Iniesta, Messi. Trois joueurs blaugranas... En soi, rien de choquant : ils font vraiment partie du top of the pop du foot planétaire, aujourd'hui comme l'année dernière, ou les années d'avant. Pour ce qui est de Xavi et Iniesta, la question ne se pose pas : champions du monde ! Le premier est le stratège du Barça et de la Roja quand le second a marqué le but historique en finale, contre les Pays-Bas. Donc totale légitimité à vouloir consacrer ces deux génies incontestés du futebol... C'est pour Messi que le débat s'ouvre... D'abord, on oublie souvent que le Ballon d'Or ne récompense pas les performances réalisées seulement à la fin d'une saison, c'est à dire en mai-juin-juillet, après la fin des championnats nationaux, après les finales de coupes d'Europe ou grands tournois internationaux (Euro, Mondial, etc.), mais jusqu'en automne suivant. Pour faire bref, le Ballon d'Or 2010 chevauche deux saisons : le gros de la saison 2009-2010 et surtout le début de saison 2010-2011. On rappelle qu'après l'Euro 2000, Zidane était le grandissime favori pour le Ballon d'Or 2000. Patatras ! Le 24 octobre 2000, ZZ avait chopé un carton rouge lors de Juventus-Hambourg (un coup de boule, déjà...). Pareil pétage de plomb dans la dernière ligne droite l'avait privé de sa deuxième Boule Dorée. Donc, l'automne compte. Or, cet automne 2010 est blaugrana, messianique... Léo Messi survole de sa classe la Liga de ses buts en avalanche. Seul Cristiano Ronaldo s'accroche. Mais le petit Argentin cartonne aussi en C1 et il même marqué les esprits en battant à lui tout seul le Brésil en match amical (1-0 à Doha). Conclusion : Messi peut concourir au titre du meilleur joueur mondial. Problème : beaucoup de critères inhérents à l'attribution de Ballon d'Or le disqualifient quelque peu...

Wesley is great !

D'accord, Messi est extraordinaire (un seul superlatif suffira aujourd'hui). Déjà 58 buts inscrits en 2010 ! Sauf que Léo n'a pas gagné beaucoup de titres. Une Liga et c'est tout, une demi-finale en C1 et un quart de finale en Coupe du Monde avec l'Argentine. Un peu maigre... Or, le palmarès compte énormément pour le Ballon d'Or. La preuve : 7 Espagnols parmi les 23 nominés, parce qu'avant tout champions du monde. Normal. Messi, donc, n'a remporté « que » la Liga... Rien à voir avec Wesley Sneijder. Le stratège hollandais a gagné un triplé extra : Coupe-championnat d'Italie, la Ligue des Champions avec l'Inter. Club qui s'en va disputer la Coupe Intercontinentale, soit un probable futur titre en sus. Avec les Pays-Bas, Sneijder est allé en finale de Coupe du Monde, épreuve où il a fini meilleur buteur ex-æquo avec Müller, Forlan et Villa (5 buts). Moralité : Sneijder a presque tout gagné... Qui plus est, il n'a pas été le simple voyageur embarqué par hasard dans les aventures victorieuses de l'Inter et des Oranje : il a joué un rôle immense dans ces deux équipes. Une classe quasi inégalée : après tout, Xavi et Iniesta ont fait une très bonne coupe du monde, mais Sneijder a fait mieux, portant souvent grâce à son génie une équipe hollandaise chiche en talents purs. Sneijder a battu le Brésil à lui tout seul. Sur le terrain, en marquant et en faisant marquer, et dans les vestiaires, en poussant une gueulante bien sentie sur ses petits camarades à la mi-temps : Van Bommel n'a pas moufté et Bert Van Marjwik a parlé, mais après Wesley... En plus des buts capitaux inscrits, notamment sur certains coup-francs inouïs, faut-il rappeler les passes incroyables d'anthologie ? Celle à Eto'o, à Chelsea, qui envoie le Camerounais éliminer les Blues à Stamford Bridge (1-0). Ou bien celle balancée à Robben pour ce fameux duel perdu face à Casillas en finale de Mondial... Et puis, il y a sa jolie femme, Yolanthe Cabau van Kasbergen (c'est marrant comme ça se retient bien, ces noms pourtant très compliqués) son mariage en Toscane, cet été...


FIFA, Messi, Russie, Qatar...

Alors ? Alors, Wesley aurait dû figurer dans le trio final. On ne parle pas de « mérite » : le mérite n'existe pas, on ne « mérite » rien dans la vie. Objectivement, sur la saison écoulée, Sneijder enfonce Messi au vu des critères du Ballon d'Or et il l'égale en génie pur. Certes, cet automne, Sneijder a été moins en vue avec l'Inter, et ça compte aussi au moment où Messi régalait la planète foot. Il faut aller voir ailleurs pour tenter d'expliquer le squeezage de Sneijder. Déjà, la prime aux buteurs : le Ballon d'Or a toujours plus favorisé les goleadors que les autres joueurs, milieux, défenseurs et gardiens de but. Marquer des buts, critère immédiatement identifiable, quantifiable. Et tant pis pour le génie créatif... En sélectionnant Messi plutôt que Sneijder, le jury FIFA va aussi au plus facile en retenant un acteur hyper connu du foot d'aujourd'hui : en choisissant une star déjà consacrée, on s'expose moins à la critique. Tout le monde adore Messi. Pas Sneijder, un peu victime du délit de faciès. Calvitie précoce, visage fouineur d'Arlequin de Commedia dell'arte, bref un profil pas très bankable, en comparaison de Messi, ultra présent dans pas mal de marques publicitaires. Pub, image, sponsors... Les gros mots, tout de suite...

C'était un peu le danger pour France Football de se voir en partie dépouillé par la FIFA de son « impartialité maison » : la FIFA poursuit aussi des buts mercantiles avérés et Messi, ce sera toujours plus « porteur » que Sneijder. Que ceux qui critiquent le choix de la Russie et du Qatar s'inclinent à nouveau devant une FIFA qui ne perd jamais le Nord... Car il est aussi question de latitudes, le Nord, le Sud : Messi, c'est l'Amsud, l'autre pôle sacré du foot mondial après l'Europe. Or, l'Europe avait déjà Xavi et Iniesta : on n'allait pas rajouter un autre Européen, Hollandais en l'occurrence ! Alors va pour Messi, qui réconcilie un peu plus largement tous les coins de la planète. Enfin, Sneijder paye aussi un autre délit de sale gueule : il joue dans deux équipes mal aimées, l'Inter et les Pays-Bas. L'Inter paye en illégitimité un jeu prétendument défensif (3 buts contre Chelsea, 3 buts contre la Barça et 2 buts contre le Bayern, du catenaccio, quoi !) quand on reprochait à la Hollande d'avoir joué frileux au Mondial Sudaf. Et tant pis si Sneijder avait expliqué en long en large et en travers que les Pays-Bas jouent contre des équipes systématiquement regroupées en défense. Au fait, combien l'Espagne a-t-elle marqué de buts au Mondial 2010 ?...


Et puis Wesley a un patronyme imprononçable et « inécrivable » . A la différence de Messi, les deux syllabes magiques archiconnues dans le monde entier, surtout chez les mômes (la FIFA aime les enfants). Alors, voilà : pas le scandale atomique, vu que le Léo est Grand (à ce propos, le Clasico 5-0 contre le Real l'a bien aidé), très Grand, même. Mais sur la saison, dans son ensemble, Sneijder était au-dessus : l'un a sublimé sa sélection nationale, pas l'autre. Les anti-Sneijder vont hurler, trouver que Messi est 100% OK pour figurer dans le tiercé final. Et si Léo gagne le Ballon d'Or ?... Que diront les fans de Xavi et de Iniesta ?


Chérif Ghemmour

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