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Et si un multi-milliardaire reprenait l'OM ?

Dans les années 90, alors que Marseille dominait la Première Division, Canal Plus avait décidé de faire du PSG un contre-pouvoir, histoire de favoriser le suspense de la compétition qu'il diffusait sur son antenne. Vingt ans plus tard, et si l'inverse se produisait ?

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Frédéric Thiriez sait que cela ne peut plus durer. Avec un PSG ultra-dominateur et une AS Monaco dont le seul objectif sportif est de faire des plus-values financières, sa Ligue 1 est en passe de perdre tout intérêt aux yeux du public, le club de la capitale ayant réservé l'Hexagoal jusqu'en 2032. Ni une ni deux, le président de la LNFP taille sa moustache, prépare sa meilleure plaidoirie et se prend un aller simple pour Abu Dhabi. Son but ? Convaincre Khaldoon Al Mubarak que le fonds d'investissement Abu Dhabi United Group s'est fourvoyé en plaçant ses billes à City plutôt qu'en Ligain. Et le coup de bluff fonctionne : voyant son club enlisé dans une mauvaise série en Premier League, mal barré en C1 après une double défaite contre le FC Séville, l'homme d'affaires compare avec l'aisance du PSG en championnat et en poules de Ligue des champions, et se laisse convaincre. L'avenir du soft power d'Abu Dhabi se jouera en France, histoire ne serait-ce que de chier dans les bottes des cousins qataris, bien trop tranquilles de l'autre côté de la Manche. Quant au club à racheter, il devient rapidement une évidence : face au prestige de Paris, les Émiratis jettent leur dévolu sur l'OM, seul club au potentiel et à la visibilité suffisante pour faire de l'ombre au PSG.

Quand l'OM fait son marché dans le Nord de l'Angleterre


L'affaire est officialisée au 1er janvier, malgré les larmes de Kyrill Dreyfus à qui on vient de piquer son jouet. Pour 150 millions d'euros, Al Mubarak n'est pas à cela près, l'OM passe sous pavillon émirati. Et pas question d'attendre six mois avant de taper sur le PSG, le changement, c'est maintenant. Au slogan « Dream Bigger » , Abu Dhabi United Group oppose un cinglant « Dream is for losers » . Et pour ne pas faire les choses à moitié, Vincent Labrune est logiquement débarqué, tout comme Michel et l'ensemble de son staff. Deux jours plus tard, Leonardo est nommé directeur sportif, le lendemain, c'est José Mourinho - totalement persona non grata en Angleterre après avoir dit qu'Arsène Wenger « était encore plus sénile que la reine » suite à la dernière place des Gunners dans leur groupe de Ligue des champions - qui débarque. Avec comme adjoint, entraîneur des attaquants et avant-centre remplaçant Didier Drogba, « quelqu'un avec qui je suis prêt à partir à la guerre » , précise-t-il à la presse à son intronisation. Si le coach portugais a des noms précis pour le recrutement, sa direction tient à lui en imposer un, histoire de marquer son territoire face à la concurrence. Et Nasser El Khelaïfi a beau dire que le joueur n'est pas à vendre, Javier Pastore signe bien à Marseille le 5 janvier pour 80 millions d'euros. Suivent dans la foulée Vincent Kompany - supporter du club depuis l'enfance -, ainsi que Yaya Touré, Samir Nasri, Raheem Sterling, Joe Hart, Sergio Kun Agüero... Bref, toute l'équipe de Manchester City à l'exception de Bacary Sagna pour un montant total de 400 millions d'euros, amorti par la vente au même prix en sens inverse de tout l'effectif marseillais aux Citizens à l'exception de Lassana Diarra, Michy Batshuayi et Benjamin Mendy, que les nouveaux propriétaires olympiens estiment suffisamment bons pour s'imposer. Ainsi qu'Abou Diaby. Par sympathie pour les supporters mancuniens, qui l'ont déjà prise suffisamment profond dans l'histoire, mais aussi parce qu'Al Mubarak adore son blaze. Pour la reprise de la Ligue 1 contre Guingamp le 9 janvier au Vélodrome, José Mourinho aligne l'équipe suivante : Hart, Kolářov, Kompany, Otamendi, Zabaleta, Diarra, Touré, Silva, Pastore, De Bruyne, Agüero. Après la victoire 7-1, l'entraîneur lusitanien se la joue modeste : « Pas question de nous enflammer, on joue le maintien. »

Un Classique de feu


Douzième du championnat à la trêve, les Citizens de Marseille, comme les surnomme la presse française, distribuent les branlées avec générosité pendant l'hiver : quadruplé d'Agüero à Caen, triplé de Batshuayi à Lyon quand Mourinho aligne son équipe B, puis des 3-0 nets et sans bavure contre Lille et Montpellier. Avant d'accueillir le PSG le 6 février, Mourinho ressort ses vieilles méthodes : « Paris a dépensé plus de 100 millions pour se renforcer alors que nous avons une balance de transfert équilibrée, forcément ce PSG est avantagé, mais nous jouerons avec nos armes. » Pendant le match, le Portugais vocifère sur son banc, et exhorte ses joueurs à aller au combat. À la 15e minute, Abou Diaby boîte bas, mais c'est bien lui qui tacle Ángel Di María - l'homme fort côté parisien - à hauteur de la carotide. « This is a fucking simulation » , éructe Mourinho depuis la touche, alors que l'Argentin gît au sol, entouré des pompiers en train de tenter de stopper l'hémorragie. Une rixe éclate entre Jean-Louis Gasset et l'adjoint de Mourinho, le Portugais réussissant on ne sait comment à enfoncer sa propre touillette dans l'œil de Laurent Blanc. L'OM remporte finalement le match - marqué par 4 expulsions au total - grâce à un but de Nasri. Traumatisés - Thiago Silva ne sort plus de chez lui et prend 20 kilos en un mois -, les Parisiens n'obtiennent plus que 15 points en 13 journées, finissant la saison à la 4e place, à 15 points du champion marseillais. Un malheur n'arrivant jamais seul, le club de la capitale se fait sortir sans gloire en huitièmes de finale de la Ligue des champions face à l'Olympiakos, si bien qu'en fin de saison, Laurent Blanc annonce son départ et s'en va entraîner en troisième division islandaise. « Je crois que bon, moi et Jean-Louis, on a besoin de couper » , précise-t-il en conférence de presse. Pendant ce temps sur la Canebière, on savoure tranquillement le triplé Coupe-Championnat-Ligue Europa. En fait, une hégémonie, cela ne tient pas à grand-chose.

Par Nicolas Jucha
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