1. // Coupe du monde 2014
  2. // Bilan

Et si on avait vécu la dernière Coupe du monde ?

L'enthousiasme passé, que restera-t-il de ce Mondial ? Davantage que de jouer aux esprits chagrins, ne serait-il pas surtout temps de s'interroger sur l'avenir de la Coupe du monde de la FIFA ? Tout s'est bien passé ! Justement qu'attendre maintenant ? The End ?

38 24
La Coupe du monde au Brésil vient donc de s'achever sur la victoire de l'Allemagne. Une édition plaisante, sans grandes surprises finalement, où les gardiens de but régnèrent sur le jeu et où la puissance européenne du moment rafla en toute logique un trophée qui l'attendait sagement au Maracanã. Un blockbuster bien maîtrisé, considéré tout naturellement comme une belle réussite tant du point de vue du terrain que de l'organisation. La fête de la FIFA n'a donc quasiment pas été gâchée. Les quelques manifestations anti « big Brother FIFA » ont presque donné l'impression d'être incluse dans le coté pittoresque de cette #CDM2014 hébergée par le pays du foot et de la gauche tropicaliste. Mais ce « bilan globalement positif » pourrait-il finalement se révéler le chant du cygne du football mondialisé tel qu'il fut promu depuis 84 ans par la grande maison de Jules Rimet et dont la quintessence s'est sûrement exprimée dans cette apothéose au Maracanã. La Russie 2018 et le Qatar 2022 ne seront-ils que les premières marches avant la chute finale de l'empire du ballon rond ?

Trop cher, trop gros


Parmi tous les signes que les observateurs ne cherchent pas à analyser aujourd'hui, trop heureux de célébrer un régal de buts – avec cette demi-finale de foot à 7 qui crucifia la Seleção - et de caïpirinha, certains devraient pourtant alerter les amateurs de tendances lourdes et autres fans de Schumpeter. D'abord le versant politique, certes d'une lenteur tectonique à se concrétiser. Ainsi, la critique de la compétition est devenue non seulement légitime, mais étrangement consensuelle. Personne n'est venu porter sur le fond la contradiction aux - maigres - troupes qui squattaient la plage de Copacabana déguisées en Batman ou en gueulant des slogans hostiles à Sepp Blatter sur de belle mélodies de chants de supporters. Au contraire, il leur fut presque donné acte de leurs arguments. Le site de Challenge, difficilement taxable de gauchisme attardé, rappelait que « selon le site BSI-Economics, l'organisation de la Coupe du monde de la FIFA 2010 devait rapporter 4,9 milliards de rands (environ 350 millions d'euros), mais c'est une perte de 20 milliards de rands (environ 1,5 milliard d'euros) qui a été enregistrée. » L'idée qu'organiser des événements comme celui-là ne coule plus de source, surtout en grosse période de crise, commence durablement à s'enraciner. Le Brésil échappa, pour le moment, au raz-de-marée protestataire, car tout le monde voulait en profiter et y compris les plus bégueules regardèrent les rencontres entre deux sirènes de mégaphone.

Ni la Russie ni le Qatar ne pourront se prévaloir d'un tel mythe mobilisateur comme le Brésil a pu en bénéficier. Malgré la chape de plomb néo-soviétique qui étend un peu plus chaque jour son obscurité sur « l'empire dans un seul pays  » du tsar Poutine, la folie des grandeurs qui devrait s'emparer de la Russie risque de remuer les quelques restes de société civile qui bougent encore, voire des oligarques rackettés ou autres potentats locaux obligés de verser leur dû à ce projet pharaonique. Le ministre russe des Sports Vitali Moutko table officiellement sur un coût de 14,7 milliards d'euros. Or la jurisprudence Sochi laisse peu de doute sur l'inévitable explosion de cette trop modeste projection.

Le cas du Qatar et son budget total de 200 milliards de dollars ne devra certes pas être dérangé par la contestation interne, toutefois jamais la pression internationale (conditions de travail, morts sur les chantiers, etc.) n'a été aussi forte pour une Coupe qui ne doit se disputer qu'en 2022, avec pour la première fois des doutes, pour l'instant à l'état de murmures dans les couloirs de Zurich, d'annulation ou de déplacement. Quelles en seraient les conséquences pour cet émirat qui a décidé d'utiliser ce Mondial pour passer du rang de « riches amis de l'étranger  » à celui de puissance incontournable. Les choix de la FIFA se justifiaient à l'époque diplomatiquement et économiquement. Seulement, le monde change et le football n'est pas qu'une pièce de plus sur une mappemonde Risk. C'est peu dire que ces deux pays rassemblent aujourd'hui tous les critères pour ressusciter ce vieux fantôme de la guerre froide : le boycott. Celui-là même qui faillit tuer en 1980 et 1984 l'olympisme (pendant qu'il est vrai, la FIFA passait entre les gouttes en 1978).

Mondialisation inversée


Après, en restant simplement au niveau bassement matériel, une Coupe du monde se doit aujourd'hui d'être également une – belle - destination touristique. On avait glosé sur la sécurité au Brésil. Qu'en sera-t-il à Moscou ou dans les villes « provinciales » avec un hooliganisme plutôt bien portant et la poussée des groupuscules d'extrême-droite xénophobe ? Le Qatar va devoir de son côté gérer la question sensible de l'alcool, de la température, des « chocs » massifs de cultures, sans parler de sa conception très singulières de l'accueil des migrants (au prix humain versé, le Népal peut réclamer une qualification d'office). Pas sûr que la Coupe du monde parvienne à y jouer le rôle tant escompté d'agréable vitrine. D'autres facteurs peuvent intervenir et qui sont propres au monde du ballon rond. Tout d'abord l'évolution des droits télés prive non seulement de plus en plus le public potentiel (malgré des législations nationales restrictives), y compris en Europe, de l'accès à ce qui constitue le sel de cette compétition : un monde qui joue. Déconnectée de sa dimension « bien public » ou « patrimoine de l'humanité  » , que vaudra la coupe si le « peuple » d'Essaouira ou de Bueno Aires n'est sûr que de regarder les matchs de sa sélection. Cette mondialisation inversée effrite et donc ébranle le fragile édifice de la popularité de cette épreuve unique, la seule qui puisse concurrencer les JO en terme d'audience et de résonance.

L'autre problématique tient dans la représentativité des équipes. Depuis 2002 et les exceptions turque ou coréenne, les poules accouchent toujours d'un quarteron de pays européens, de l'Ouest, et une ou deux exceptions sud-américaine. S'il ne déboule pas rapidement une équipe africaine costaude (et bonne chance pour leurs supporters à Moscou et même à Doha), si l'Asie continue d'être un trou noir qui envoie le Japon la représenter et si les USA persiste à se satisfaire d'être en huitièmes, qui peut affirmer que ce tournoi ne perdra pas son âme, se transformant en une super Champion League ? Nous en avons pris pour 8 ans. Reste a savoir dans quel état le monde laissera le foot, et inversement…

Par Nicolas Kssis-Martov
Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Vivement la reprise des championnats bordel, qu'on arrête quelques temps de parler de CdM
loulou1931 Niveau : CFA2
Très bon article pour le réveil, merci.
En cliquant sur l'article, j'étais sans crainte, je me suis même demandé ce qui vous prenait pour avoir de telles idées.

Et en lisant, au fil des lignes, je me suis rendu compte que votre argumentation était totalement fondée et... vraie.

Et c'est flippant !
J'aime pas trop le pessimisme ambiant entourant les prochaines coupes du monde. L'engouement sera encore énorme en 2018, et la Russie saura faire une belle coupe du monde. De toute façon les stades seront façonnés par la Fifa, et les caméramans chercheront encore les bonasses du public. Rien ne va changer. Perso, je n'ai pas vu le Brésil de ma télé, juste des pelouses et des joueurs, et ça ne risque pas de changer.
Alors ce n'est pas Fukuyama, la fin de l'histoire, parce qu'on a eu cette coupe du monde au Brésil. Il y en aura de plus belles assurément.
L'article est intéressant mais comme dit précédemment, on filmera les jolies filles dans les gradins et rien ne changera.
Les événements "à risques" Russie 2018 et Qatar 2022 ne feront que succéder aux JO de Pékin de 2008 et à ceux de Sotchi cet hiver, ainsi qu'à celui que l'on vient de vivre, le Brésil.
On va en parler des semaines avant, il ne va rien se passer pendant, et on aura tout oublié après ... c'est triste mais c'est comme ça ...
Le débat est mal placé je trouve. Le problème se situe dans l'adéquation entre les fameux standards FIFA et le niveau de développement du pays organisateur. Les standards sont devenus tellement élevés qu'aujourd'hui seul un pays solide économiquement et politiquement peut l'organiser sans coût exorbitant. Sinon c'est la porte ouverte à la corruption et aux éléphants blancs. En 1986 le Mexique a bien organisé une Coupe du Monde à l'arrache sans difficulté et coût exorbitant mais les standards n'étaient pas les mêmes. Et à l'époque, la population locale pouvait aller au stade, pas seulement les personnes aisés (sérieusement, vous avez vu un seul noir dans le public brésilien pendant cette Coupe du Monde?).

On a peut-être vécu la dernière vraie Coupe du Monde (quoique celle en Russie peut être sympa), mais le pire c'est que dans dans 2 ans, on va vivre le dernier Euro, parce que ce bon vieux Michel a eu la bonne idée d'arrêter avec l'orga avec un ou deux pays hôtes.
Message posté par Hidan
J'aime pas trop le pessimisme ambiant entourant les prochaines coupes du monde. L'engouement sera encore énorme en 2018, et la Russie saura faire une belle coupe du monde. De toute façon les stades seront façonnés par la Fifa, et les caméramans chercheront encore les bonasses du public. Rien ne va changer. Perso, je n'ai pas vu le Brésil de ma télé, juste des pelouses et des joueurs, et ça ne risque pas de changer.
Alors ce n'est pas Fukuyama, la fin de l'histoire, parce qu'on a eu cette coupe du monde au Brésil. Il y en aura de plus belles assurément.


fukuyama, fukushima, ne confonds pas la centrale japonaise avec le gardien japonais
Message posté par smaug
L'article est intéressant mais comme dit précédemment, on filmera les jolies filles dans les gradins et rien ne changera.
Les événements "à risques" Russie 2018 et Qatar 2022 ne feront que succéder aux JO de Pékin de 2008 et à ceux de Sotchi cet hiver, ainsi qu'à celui que l'on vient de vivre, le Brésil.
On va en parler des semaines avant, il ne va rien se passer pendant, et on aura tout oublié après ... c'est triste mais c'est comme ça ...


Le Qatar est quand même un cas particulier. À voir comment la situation évolue d'ici là, mais pas sûr que tout se passe sur des roulettes..
Message posté par Suupa


Le Qatar est quand même un cas particulier. À voir comment la situation évolue d'ici là, mais pas sûr que tout se passe sur des roulettes..


Je suis d'accord mais j'ai tendance à penser que justement, ce cas particulier risque de se surprotéger.
Message posté par dageoog


fukuyama, fukushima, ne confonds pas la centrale japonaise avec le gardien japonais


Ouais, pas sûr que t'es saisi la référence.

Dans le doute, et parce que le forum de So Foot a toujours été plus instructif que celui du Monde:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Francis_Fukuyama
Wayne Né-roux Niveau : DHR
J'ai beaucoup aimé l'article. Les arguments sont assez crédibles.

Après, je mettrais tout de même un bémol sur l'organisation de la CDM en Russie et le comparatif avec Sotchi. En effet, même si l'on peut légitimement penser que la folie des grandeurs de Poutine l'amènera à dépenser des sommes monstres, c'est difficilement comparable avec les JO d'hiver. Sotchi était tout simplement une ville inadaptée à l'accueil d'une telle compétition (pas d'infrastructure, climat subtropical inadéquat, ville excentrée, etc...), ce qui explique que la facture ait autant flambé. Pour le Mondial, en l'occurrence, les structures existent déjà, et je pense que le sport est suffisamment populaire chez les Russes pour que ça n'engendre pas autant de problème.

Après, demeure la question en effet de savoir comment Poutine va se comporter d'ici-là, et comment va évoluer la situation avec les pays frontaliers. L'idée du boycott ne me paraît pas saugrenue.
Señor Gifle Niveau : CFA
Message posté par smaug
L'article est intéressant mais comme dit précédemment, on filmera les jolies filles dans les gradins et rien ne changera.
Les événements "à risques" Russie 2018 et Qatar 2022 ne feront que succéder aux JO de Pékin de 2008 et à ceux de Sotchi cet hiver, ainsi qu'à celui que l'on vient de vivre, le Brésil.
On va en parler des semaines avant, il ne va rien se passer pendant, et on aura tout oublié après ... c'est triste mais c'est comme ça ...


J'attend de voir pour les jolies filles, boobs à moitié sortis aux couleurs du pays qu'elles supportent, en 2022...
Funk Doctor Niveau : CFA2
Et puis surtout la corruption. La FIFA exige 8 stades aux normes (sécurité, nombre de places assises, etc...), mais ici au Brésil il y avait 12 stades, dont 4 ou 5 je crois qui ont été totalement reconstruits ou construits tout court, notamment dans des lieux où il n'y a pas de football. Pourtant il y a un championnat assez important au Brésil, des stades dans de grandes villes, pourquoi avoir fait construire tous ces stades en entier, si ce n'est pour que tout le monde croque sa part du gâteau ?
Message posté par Señor Gifle


J'attend de voir pour les jolies filles, boobs à moitié sortis aux couleurs du pays qu'elles supportent, en 2022...


Autant je fais confiance aux autorités Qataris pour gérer une probable foule de manifestants, autant je les vois mal gérer la tenue vestimentaire de chacune des milliers de supportrices sur place, rajoute à ça la température. A moins d'interdire les femmes de stade ...
Après les verra-t-on à l'écran ? Je connais pas les droits de regard du pays organisateur sur les images de la FIFA.
Message posté par dageoog


fukuyama, fukushima, ne confonds pas la centrale japonaise avec le gardien japonais


Francis Fukuyama (au cas ou, même si je pense que c'est du second degré...)
Message posté par samotraki


Ouais, pas sûr que t'es saisi la référence.

Dans le doute, et parce que le forum de So Foot a toujours été plus instructif que celui du Monde:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Francis_Fukuyama


houla non, là ça va beauuuuucoup trop loi pour moi
Message posté par dageoog


houla non, là ça va beauuuuucoup trop loi pour moi


Nan mais t'inquiète, la référence suffit. C'est comme citer "Ce qui ne tue pas rend plus fort" sans avoir jamais lu une autre ligne de Nietzsche, ça marche pareil avec "La fin de l'histoire" et Fukuyama.
Message posté par dageoog


houla non, là ça va beauuuuucoup trop loi pour moi


Nan mais t'inquiète, la référence suffit. C'est comme citer "Ce qui ne tue pas rend plus fort" sans avoir jamais lu une autre ligne de Nietzsche, ça marche pareil avec "La fin de l'histoire" et Fukuyama.
Message posté par dageoog


houla non, là ça va beauuuuucoup trop loi pour moi


Nan mais t'inquiète, la référence suffit. C'est comme citer "Ce qui ne tue pas rend plus fort" sans avoir jamais lu une autre ligne de Nietzsche, ça marche pareil avec "La fin de l'histoire" et Fukuyama.
Ce triple post sort de nulle-part... j'ai plus qu'à me flageller.
Partenaires
Logo FOOT.fr Olive & Tom
38 24