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Et merde… c’est jouable!

Des mois de communication foutus en l’air. Des mois à expliquer que l’équipe de France réaliserait un miracle en sortant simplement des poules. Et voilà que le tirage (Angleterre, Suède et Ukraine) transformerait presque l'EDF en favori. Damned!

Un petit coup de fil quelques heures avant la cérémonie à une connaissance de la Fédération Française de Football avait donné une indication: "A la limite, on préférerait presque un groupe de la mort, histoire que ce soit plus simple à gérer par rapport à l’équipe et par rapport à l’environnement extérieur". Hein?!!??? Mais c’est franchement tordu comme raisonnement, non? Et notre confident inside stuffs de reprendre:"Pas du tout. On a bien vu que depuis des années, les Bleus sont emmerdés par le statut de favoris et qu’ils déjouent complet dès qu’ils sont dans l’obligation de gagner. Avec une poule très relevée, ils endosseraient de fait un costume d’outsiders vachement moins lourd à porter et peut-être qu’ils se lâcheraient enfin, un peu comme ils avaient réussi à le faire en Bosnie (2-0) quand ils s’étaient pointés là-bas avec tous les pronostics contre eux. Pareil, vis-à-vis des médias et du public. Avec des gros à se coltiner, tout cet environnement ne pourrait qu’être agréablement surpris par une performance de nos joueurs, sans attendre forcément ce miracle". En clair, on devrait presque envier le Danemark d’avoir réussi à décrocher la timbale avec, excusez du peu, les Pays-Bas, l’Allemagne et le Portugal (qui soit dit en passant est abonné aux groupes incandescents après s’être tapé le Brésil et la Côte d’Ivoire lors du dernier Mondial). Et on devrait presque se maudire d’avoir hérité de l’Angleterre, la Suède et l’Ukraine. Car pour le pékin moyen, ce groupe D figure un groupe en bois dont les Bleus doivent s’extirper tranquillou et sans trop suer en plus. La bonne blague.

Le souvenir de 1992

Car posons d’entrée un postulat: plus rien n’est facile pour l’équipe de France désormais. Et pour les nostalgiques de la parenthèse enchantée 1996-2006, il n’y a qu’à se remater les éliminatoires pour s’en convaincre: un seul bon match (en Bosnie) et une ribambelle de purges où il fallait être un journaliste très consciencieux pour les regarder en intégralité. Et le tout dans un groupe en bois. Pour de vrai cette fois. Et du coup on se demande: quand on galère autant face au tiers-monde des éliminatoires de la zone Europe, faut-il se mettre à flamber avant d’aborder Anglais, Suédois et Ukrainiens. Un groupe pour le moins athlétique où finalement la meilleure nouvelle est la date d’entrée tardive en compétition: le 11 juin, idéal pour caler un troisième amical. Un groupe qui ressemble terriblement à celui de 1992 en Suède quand la bande à Michel Platini (pourtant auteure d’un grand chelem en qualifs) était passée par la fenêtre dès le premier tour avec les Anglais, laissant la Suède et le Danemark filer vers les demies et même plus pour Brian Laudrup et les siens. Cette fois le quatrième larron s’appelle l’Ukraine. Une occase de voir scintiller les derniers feux d’un certain Andrei Shevchenko, enfin ce qu’il en reste, pour sa dernière grande compétition. Certes la sélection de Blokhine ne ressemble que très vaguement à celle qui faisait flipper le continent au début des années 2000. Mais on ne doit jamais sous-estimer la force d’un pays organisateur, même si ce que l’on a vu en juin dernier en amical (victoire de la France là-bas 4-1) indique plus un crash façon Belgique 2000 ou Autriche 2008, deux coorganisateurs sortis dès le premier tour.

Gare aux jeunes Anglais

Non, le vrai danger viendra des deux autres équipes. L’Angleterre est une vieille connaissance qui a longtemps figuré une sorte de cauchemar ambulant. Mais depuis 1997 et un dernier coup de griffes signé Alan Shearer lors du Tournoi de France (1-0 à Montpellier), les Three Lions butent invariablement sur les Bleus et tout le monde a le souvenir de ce match de l’Euro 2004 quand, mené 0-1, Zidane avait sorti sa cape de Zorro pour planter deux buts dans les trois dernières minutes. Oui, avec les Anglais, ça se bastonne mais depuis bientôt quinze ans, ça sourit toujours. "C’est même l’idéal pour débuter une compétition car t’es tout de suite dans le vif du sujet avec eux", assure un rescapé de ce match, Bixente Lizarazu. Une affaire intéressante d’autant que Capello devra faire sans Rooney, suspendu pour les trois premiers matches. Mais attention quand même car l’Italien a lancé toute une bande de jeunots décomplexés, vifs et techniques à l’image de Phil Jones ou Cleverley. Les noms seront peut-être moins ronflants que ceux de la génération dorée mais, confortablement calés dans leur fauteuil d’outsiders, ils peuvent faire encore plus mal. Un peu comme la Suède d’ailleurs. Moins d’assise technique que dans les 90’s avec les Brolin et autres Dahlin, mais une grosse solidité d’ensemble animée par un attaquant proprement génial, Zlatan of course. Là encore, quand on repense aux misères causées par un simple Dzeko à notre charnière centrale, on lui souhaite bien du courage avant de se manger la maestria du Rossonero.


Recherche ossature désespérément

Mais malgré ces mises en garde, il ne faut pas se mentir, ce serait une immense déception si Laurent Blanc ne qualifiait pas ses garçons pour les quarts. Le début d’une drôle de pression et de quelques questions, comme celle sur le critère de sélection par exemple: Blanc doit il bâtir une équipe taillée pour ce groupe où le niveau athlétique est très élevé? Si tel était le cas, Olivier Giroud pourrait d’ores et déjà réserver son mois de juin à l’Est et Gameiro commencer à réserver du côté de Djerba. "C’est un paramètre à prendre en compte, c’est sûr, mais on ne peut pas tout miser sur ces trois matches car si en quart, on doit prendre l’Espagne et ses qualités complètement différentes de notre poule, on aura l’air malin", reprend Lizarazu. Du coup, la tendance irait plus vraisemblablement vers l’école Platini: on prend les meilleurs et on avise un plan de jeu ensuite. Pas con. A condition que les meilleurs en question soient à la hauteur, ce qui n’a jamais été le cas, hormis Benzema, Lloris et, allez M’Vila pour la route. Pour le reste, Blanc, malgré son aura, malgré la mansuétude des médias à son égard (sportivement, on lui a quand même foutu une paix royale dont quasiment aucun de ses prédécesseurs n’a seulement rêvé de bénéficier), n’est parvenu à dégager une véritable ossature autrement que sur ses feuilles de papier. Et l’on voudrait que cette équipe en recherche permanente depuis des années (depuis 2008? 2006?) soit l’incontestable favorite de cette poule D. C’est un terrible décalage avec une certaine réalité. Le début des emmerdes…

Par Dave Appadoo
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