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Et le Costa risqua

Épiphénomène du Mondial 2014, le Costa Rica devait marcher sur la Gold Cup. Au lieu de ça, la Tricolor a fait un match nul contre la Jamaïque. La faute à une cascade de blessures, à la démission de certains cadres, mais aussi aux choix de son nouveau sélectionneur, Paulo Wanchope.

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5 juillet 2014. Les 51 000 spectateurs de l'Arena Fonte Nova de Salvador n'avaient pas besoin de suer à grosses gouttes, déjà écrasés par les températures tropicales. Mais l'équipe du Costa Rica avait décidé de repousser le suspense de ce quart de finale de Mondial face aux Pays-Bas jusque dans les dernières minutes de la nuit chaude brésilienne. Sortis aux pénos par le coup de bluff orchestré par Louis van Gaal et Tim Krul, les Ticos ont entrevu l'espace d'un instant une historique place en demi-finale face à l'Argentine. Plus généralement, dans cette Coupe du monde, le Costa Rica aura fièrement porté le costume d'équipe « surprise » de la compétition, capable de faire tomber l'Uruguay et l'Italie en poules, notamment. Et ça lui allait bien, avec son jeu en contre-attaque supersonique, presque implacable, dans lequel Joel Campbell et Christian Bolaños ont passé leur temps à bouffer la craie. Mais presque un an jour pour jour après cette prouesse, que reste-t-il de cet été brésilien ?

Une défense aux abonnés absents


À première vue, il ne reste pas grand-chose. Lors de leur premier match de Gold Cup face à la Jamaïque jeudi dernier, les Ticos ont été tenus en échec par les Reggae Boys (2-2). Et le Costa Rica s'en sort finalement plutôt bien. Après avoir mené 2-1, la bande à Bryan Ruiz a fini par se faire rattraper au score et a légèrement pris la marée en fin de match, ne devant son salut qu'à deux parades de son gardien sans club Esteban Alvarado. Mais le gardien habituel, ce n'est pas Keylor Navas ? Si, et c'est là où le bât blesse, sans mauvais jeu de mot. Après une Coupe du monde menée tambour battant, puis une saison très remplie pour certains joueurs costariciens, la langue tire et les muscles pètent.

Le portier du Real Madrid, donc, en raison d'une inflammation du tendon d'Achille, mais aussi le milieu défensif de l'ETG Yeltsin Tejeda, ainsi que les deux défenseurs Óscar Duarte (FC Bruges) et Bryan Oviedo (Everton) ne sont pas du voyage au Canada et aux États-Unis. Résultat : la piètre prestation offerte par les Ticos jeudi dernier est en grande partie due à une instabilité défensive faisant que, à chaque fois que les Jamaïcains se pointaient dans les vingt-cinq mètres adverses, il y avait danger. Et sur les deux buts signés McCleary et McAnuff, la ligne de défense costaricienne est totalement apathique. Moche pour une équipe qui n'avait fait bouger ses filets qu'à deux reprises – dont une fois en prolongation – en cinq matchs de Coupe du monde l'année dernière.

Pinto s'est tiré avec les plans de la maison


Mais l'absence de certains cadres de la défense ne fait pas tout. À bien y regarder, les tauliers Cristian Gamboa, Giancarlo González et Júnior Díaz étaient sur le terrain jeudi dernier. Non, au sein de la Sele, le malaise est beaucoup plus structurel et remonte à quelques mois déjà. Le jour où Jorge Luis Pinto a décidé de quitter le navire Tricolor, plus précisément. « J'ai couché avec l'ennemi pendant un an et demi. J'avais mes différends avec le staff, ils n'aimaient pas trop mon style. Je suis très exigeant, je veux du dévouement et de l'effort. Nous ne sommes pas parvenus à trouver un accord. Je me suis alors demandé à quoi avaient servi les victoires obtenues au Brésil  » , avait alors lâché le technicien colombien au magazine SB Nation après sa démission, avant de prendre les rênes de la sélection hondurienne en décembre 2014.

Le Costa Rica perd alors son cerveau, celui qui avait décidé d'implanter ce jeu en contre-attaque si séduisant. En lieu et place, la Fédération costaricienne nomme l'adjoint de Pinto, un certain… Paulo Wanchope. Après tout, dans un pays qui a déjà accueilli l'intrigue de Jurassic Park, pourquoi pas un vieux dinosaure de plus sur le pré ? Au détail près que l'ancien attaquant de West Ham et Manchester City est plus Galimmimus que Tyrannosaure. Si Wanchope a bien remporté la Copa Centroamericana lors de son intérim, il n'a tout simplement gagné aucun match depuis sa prise de fonctions officielle à la tête des Ticos (trois matchs nuls et trois défaites jusqu'ici) et fait des choix péremptoires pas toujours judicieux, comme celui de faire jouer Roy Miller arrière gauche, alors que celui-ci fait preuve d'une lenteur inégalée.

Campbell, le dernier du clan


Mais pour sa défense, Wanchope doit aussi faire avec une attaque en pleine reconstruction. C'est un fait : la flèche Tricolor Campbell-Ruiz-Bolaños n'est plus. D'une part parce que l'ailier au bandeau noir n'a pas été sélectionné par Wanchope pour jouer la Gold Cup. L'ancien du FC Copenhague paie sans doute une saison presque blanche post-Coupe du monde après six mois passés au CS Cartaginés, puis à Al-Gharafa. D'autre part parce que Bryan Ruiz, capitaine de l'équipe, a également passé une sale année footballistique. Si l'attaquant avait pu se requinquer juste avant la Coupe du monde en passant six mois au PSV, son retour à Fulham s'accompagne d'une rétrogradation du club en Championship, pour finalement terminer dix-septième (sur vingt-quatre) de l'exercice 2014-2015.

Il n'y a guère que Joel Campbell qui soit parvenu à confirmer que son Mondial n'était pas qu'une prestation en surrégime. Prêté à Villarreal par Arsenal, le joueur a contribué à la bonne saison du sous-marin jaune, qui termina sixième de Liga avec une qualification européenne à la clé. C'est d'ailleurs Campbell qui délivre les passes décisives des deux seuls buts marqués dans le jeu par le Costa Rica période Wanchope. Considérés il y a encore peu de temps comme les grands favoris de la Gold Cup avec les États-Unis et le Mexique, les Ticos devront d'abord essayer de sortir de ce groupe comprenant la Jamaïque, le Canada et le Salvador. Un groupe qui, étonnamment, semble aujourd'hui beaucoup plus difficile que le groupe de la mort (Angleterre, Italie, Uruguay) de Coupe du monde dont ils s'étaient extirpés il y a un an. Un comble.

Par Matthieu Rostac
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