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Et l’agent naquit

Aujourd’hui et surtout en ce moment, ils sont partout. Mais il fut un temps où les agents n’existaient pas et où il a fallu les inventer. Récit.

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Avant tout pionnier, il y a des hommes ou femmes qui ont essayé. Ces cerveaux ont eu l’inspiration, mais n’ont pas su comment la réaliser. Ils ont servi d’expérimentation. Ils ont mis d'autres chanceux sur la bonne piste. Mais ils ont surtout fini par échouer. L’un d’entre eux s’appelle Bernard Genestar, imprésario bien implanté dans le show business du Sud de la France au milieu des années 70, qui s’occupe notamment des tournées de Johnny Hallyday, Coluche et Michel Sardou et qui croit à l’application de son métier dans le foot. Sauf que Bernard Genestar va entraîner Michel Platini de galère en galère. Une marque de vêtement « Platini 10 » qui finira par couler, des sponsors tel que Fruité plutôt que des ponts d’or d’Adidas et un village de vacances qui mettra la clef sous la porte quelques années plus tard. Bref, une tentative retentissante d’innovation, mais pas vraiment en matière de retombées.

Vidéo

Car à cette époque, les intermédiaires entre le club et les joueurs existent déjà. Recruteurs, famille, amis, entraîneurs, sélectionneurs s’interposent et font le lien : « En fait, je crois même que les intermédiaires ont toujours existé dans le foot, raconte Stanislas Frenkiel, maître de conférence à l’UFR STAPS de l’université d’Artois. D'ailleurs, l’exemple de l’Afrique est très représentatif de cela. Rachid Mekhloufi, quand il arrive en 1954 à Saint-Étienne, c’est parce qu’en Algérie, tout un réseau de recruteurs bosse pour des clubs comme Monaco ou Saint-Étienne. » Mais alors, toutes ces personnes s'occupent essentiellement du club et non pas du joueur.

CDI et Afflelou


Il faut attendre le début des années 90 pour assister à la naissance du besoin d'être assister chez le footballeur. Et plusieurs éléments peuvent l'expliquer. Le premier tient au contexte juridique de l'époque. Avant 1961 et la création de l'UNFP, le joueur est lié au club jusqu’à trente-cinq ans : « Les joueurs avaient les menottes. On appelait ça des contrats à vie. » Et en 1969, les contrats évoluent grâce à l’UNFP, le joueur peut écourter son contrat avec un club. On commence à avoir des contrats à durée déterminés. En 1973, la charte du foot professionnel adopté, d'autres types de contrats, des stagiaires, des aspirants et des professionnels apparaissent également.


Autre élément favorisant l'arrivée des agents, les nouveaux présidents vedettes. Avant, c'étaient des industriels austères. Désormais, ce sont Bernard Tapie, Alain Afflelou, Michel Denisot, des hommes d’affaires fortunés, des hommes de médias ou des entrepreneurs. Et du coup, progressivement, le rapport va devenir plus favorable aux joueurs : « Alors qu’avant, c'était plus paternaliste comme manière de voir les choses, explique Stanislas. Ça, combiné à l'arrivée progressive de l’argent de masse avec notamment l’augmentation des droits TV et des sponsors, ça va également favoriser l’éclosion des agents qui cherchent alors à défendre les intérêts et les salaires des joueurs, et non plus à servir les clubs, comme l’était la mission de leurs ancêtres, les recruteurs. »

Show business et Madar


Et puis finalement, l’internationalisation du marché du football va aussi pousser les clubs à s’appuyer sur les agents. Ça devient forcément trop cher de placer des recruteurs aux quatre coins du monde, alors on se met à faire confiance à des personnes qui se disent « spécialisées » . En France, au début, ces personnes viennent surtout du show business. Il y a donc Bernard Genestar, mais aussi, « par exemple, la famille Marouani, famille d’imprésarios tunisienne, qui va notamment prendre sous sa coupe Luis Fernandez, Mickael Madar ou encore Zinédine Zidane. » Et puis finalement, l'agent naquit. Ne reste plus qu’à régulariser la profession au vu des différentes et récentes dérives.


Ça se profile en 1992 quand est mise en place une obligation de déclaration de ceux qui veulent devenir « intermédiaires sportifs » . Ça devient plus consistant en 1994 avec la création de la licence FIFA avec laquelle il faut désormais laisser une caution bancaire de 200 000 francs suisses et réussir un examen pour devenir agent. Et puis, c’est finalisé à la fin des années 90 par tout un ensemble de règles, primordiales, notamment la rémunération qui sera plafonnée à 10%. En 2000, la licence FFF est créée et on supprime la caution bancaire. Ce qui a notamment pour conséquence d’ouvrir la profession à tout le monde et non plus aux anciens joueurs ou aux personnes avec un profond compte en banque. Sauf que plus de dix ans plus tard, dans notre pays, on a cinq agents qui gèrent 30% du milieu, sans compter le portefeuille de Jean-Pierre Bernès. Après la naissance et l'enfance, voici donc venu l'adolescence, et l'art de repousser constamment les limites.

Par Ugo Bocchi Une histoire des agents sportifs en France : Les imprésarios du football, par Stanislas Frenkiel.
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