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Et bah alors, qu'est-ce qu'il t'arrive la Serbie ?

Déjà assurée de ne pas participer à l'Euro 2016, la Serbie a l'air bien mal en point ces temps-ci et accumule les résultats calamiteux. L'adversaire des Bleus ce lundi soir n'a rien fait de bon sur la scène internationale depuis plus de dix ans et n'a plus participé à une grande compétition depuis 2010. Très performants en équipes de jeunes, les Serbes peinent ensuite à confirmer en senior. La faute à un football en crise latente, à un climat pas toujours très sain et à une exportation des meilleurs talents vers l'étranger beaucoup trop précipitée.

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Avec un point au compteur, la Serbie A est d'ores et déjà éliminée de la course à l'Euro 2016. Pas mieux qu'Andorre, Malte ou le Kazakhstan. 2015, année noire pour le football serbe ? Oui, si on veut, une année de m… de plus pourrait-on dire, sauf que ce n'est pas tout à fait exact non plus, car le 20 juin dernier, la sélection U20 a été sacrée championne du monde à Auckland en dominant le Brésil en finale. Une compétition arrachée en emportant chaque match à élimination directe en prolongation ou aux tirs au but, avec du cœur et une grosse paire bien placée, des qualités qui comptent en Serbie encore un peu plus qu'ailleurs. C'est en tout cas tout le paradoxe de ce football serbe, au top du hip hop chez les jeunes, pas loin du pathétique chez les A. Ce n'est pas nouveau : alors que les grands Serbes n'ont rien fait de vraiment bon depuis leur quart de finale en 2000 (deux vilaines phases de groupes aux Mondiaux 2006 et 2010, plus aucune participation à un Euro), les gamins cartonnent : champions d'Europe 2013 en U19, demi-finaliste 2014 dans la même classe d'âge, encore une participation à un Euro U21 cet été, une compétition dont la Serbie est double finaliste 2004 et 2007…

Des espoirs partis en Israël, au Kazakhstan


Ce paradoxe s'explique d'abord et surtout par la très mauvaise gestion de carrière de beaucoup de ces jeunes talents, qui profitent de cette exposition dans les grandes compétitions de jeunes pour quitter la Serbie sans vision à long terme, et alors que leur formation n'est pas achevée. C'est ainsi que dans la génération des U19 vice-champions d'Europe 2013, on trouve Marko Pavlovski, parti dans la foulée évoluer avec la réserve de Porto et qui cet été a été transféré à Mouscron… Autres exemples : Petar Golubović, acquis par la Roma qui le prête dans des divisions inférieures depuis ; Andrija Luković, aucun match avec le PSV depuis son arrivée en 2014 ; Dejan Meleg, aucune apparition non plus avec la A de l'Ajax en deux ans là-bas… Et parmi les champions du monde U20 de juin, combien de la demi-douzaine qui en ont profité pour trouver un contrat hors du pays vont se perdre pareillement ? Gajić le néo-Bordelais, Antonov parti aux Grasshoppers, Babić à la Real Sociedad, le portier Predrag Rajković au Maccabi Tel Aviv, Gaćinović à Francfort ou, plus risqué encore, Nemanja Maksimović, buteur décisif en finale face au Brésil, qui évolue depuis cet hiver à Astana au Kazakhstan

Six sélectionneurs en cinq ans


C'est une évidence que nombre de jeunes joueurs quittent le pays bien trop vite. Est-ce pour autant entièrement de leur faute à eux et à leur entourage ? Certainement pas. Cette précipitation est aussi due au fait que rien n'incite ces pépites à rester au pays, pour y disputer un championnat manquant de beaucoup trop de choses. De l'enjeu d'abord : quatre fois sur cinq, c'est le Partizan qui gagne, et quand ce n'est pas le cas, c'est son habituel dauphin et rival l'Étoile rouge. Du niveau ensuite : la preuve, des quatre engagés de l'été dans les compétitions continentales, seul le Partizan a survécu. Et encore, c'est après avoir été éliminé de Ligue des champions et reversé en Ligue Europa. L'Étoile rouge a été sortie par Kairat, Vojvodina par Plzeň et Čukarički par Qabala… Enfin, il manque un climat serein, alors que les tribunes sont gangrenées par un nationalisme exacerbé (on vous épargne l'affaire du drapeau albanais et du drone lors du match international l'an dernier…) et que les coulisses cachent bien mal des suspicions de corruption quasi permanentes. Le football serbe vit dans une instabilité chronique. Six sélectionneurs se sont succédés depuis cinq ans, et trois rien que sur la seule année 2014 ! Le dernier en date, Radovan Ćurčić, successeur du flop Dick Advocaat (quatre matchs pour un bilan de deux nuls et deux défaites), a convoqué 25 joueurs pour cette semaine internationale, dont onze à moins de dix sélections et treize de 25 ans et moins. Il espère que parmi eux se trouvent les successeurs de Mijatović, Savićević, Stojković, Mihajlović, Stanković, Kovačević, Milosevitic et Jugović.



Par Régis Delanoë
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