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Espoirs déchus

Pourtant dans de bonnes dispositions après le match aller (victoire 2-0), les Bleuets restent une nouvelle fois à la porte d'une grande compète en tombant en Suède. Avec Kurzawa en prochain bouc émissaire.

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Comme il y a deux ans, le team France Espoirs s'est crashé avec fracas sur la route vers l'Euro Espoirs. Il y a deux ans, le bruit était venu d'une sortie, jugée inopportune - en boîte de nuit et en taxi - de quelques Bleuets avant un barrage retour décisif contre la Norvège. Mardi soir, alors que l'affaire semblait bien engagée après le match aller (victoire 2-0 contre la Suède), le bruit est surtout venu de la pelouse. Alors qu'une diffusion sur une chaîne de clips, D17, laissait présager d'une qualification en toute discrétion, le score (4-1 pour les Blonds) ainsi que l'épisode Kurzawa ont remis dans la lumière sombre ces générations d'aspirants footeux français de haut niveau. Sportivement, la surprise n'est pas feinte. L'ossature de cette équipe reposait sur une petite dizaine de champions du monde U20 (Areola, Thauvin, Umtiti ou Foulquier à un degré moindre), ainsi que le meilleur défenseur latéral gauche de Ligue 1, Layvin Kurzawa. Pour se remettre dans le contexte, mardi soir, les joueurs suédois ont réussi à le faire sortir de sa coquille habituellement empreinte de sérénité et de réserve, par quelques tampons bien ciblés et provocations chuchotées. La tension du match est ensuite montée d'un cran quand, comme contre la Norvège deux ans plus tôt, les Bleuets partent à la chasse du but adverse, avec un handicap de 3 buts dans la musette. Guidetti, visiblement le point névralgique de toute cette tension, colle un chassé à Geoffrey Kondogbia, parti dans un rush du milieu de terrain. Le Monégasque, qui se relève et pousse le Suédois, manque de peu l'expulsion. La fin du match se transformera finalement en un concours de vices, cristallisé par ce geste chambreur du buteur qu'on croyait sauveur, Kurzawa, devant le nez de Guidetti. Les observateurs, qui auraient parlé d'une « équipe de caractère, à l'orgueil » en cas de qualification, peuvent maintenant creuser la tombe tant aimée du « manque de morale, du trop-plein d'arrogance » des footballeurs français. Dans le foot, celui qui a raison est toujours celui qui gagne à la fin.

L'effet papillon sur les A


Au-delà de l'épisode du chambreur chambré Kurzawa, gaguesque comme le duo de commentateurs D17 formé d'Alexandre Delpérier - ancien présentateur de Vidéo Gag tout de même - et Alain Roche, cet arrêt brutal de la génération championne du monde confirme une tendance observée depuis le début des années 2000 : à deux exceptions près - en 2002 et 2006 - les Espoirs français ne savent plus passer le cut des barrages pour cet Euro Espoirs. En 2002, la génération Landreau/Pedretti/Meriem s'était hissée en finale de la compétition, perdue contre les Tchèques, alors qu'en 2006, la génération Mavuba/Toulalan/Sinama-Pongolle s'était arrêtée en demi-finales, face au futur vainqueur hollandais, mené par Jean-Classe Huntelaar. Mis à part ça, le désert. Par ces ratés successifs à l'accès aux grandes compétitions, les Bleuets, individuellement, vont perdre du temps. Et, collectivement, en ont fait perdre également aux Bleus, les grands. Le temps d'un passé commun en grandes compétitions, ce passé commun qui avait indubitablement servi le groupe des A à la fin des années 90, ne pourra alimenter la nouvelle dynamique du groupe de Didier Deschamps, lancé sur l'appétissante route de l'Euro 2016, disputé en France. Oui, la génération de Thuram, Dugarry, Zidane, Liza, Wiltord, Pirès, Candela s'était aussi appuyée sur son parcours aux Euros Espoirs 94 et 96 (deux défaites en demi-finales contre l'Italie) pour mettre du bon charbon - solidaire - dans la chaudière qu'est devenue l'équipe de France A en 1998 et 2000. Là, DD devra se contenter de ce qu'il voit sur les pelouses de Ligue 1 - principalement - pour juger. Et les performances « pelouse » ne suffisent visiblement pas à DD le sélectionneur, comme en témoigne l'éviction de Samir Nasri du groupe France.

Retraite internationale du Djib ?


Une constante se dégage surtout de cet échec. La France n'arrive apparemment pas à construire, majoritairement, des sélections de Bleuets aux nerfs suffisamment solides. En 2000, les fils qui se touchent sont mis à rude épreuve, lorsque les Bleuets de Christian Bassila, Willy Sagnol, Nicolas Anelka et de Raymond Domenech ne se sortent pas du traquenard de Tarente. Fin 2006, les Bleuets de Gouffran, Benzema et Nasri se voient un peu trop grands lors d'un barrage perdu contre le faible Israël. Deux ans plus tôt, un Portugal de voyous-malins avait joué sur la même corde sensible pour faire sortir les Espoirs français de la course à l'Euro 2004. Djibril Cissé, redescendu des A pour aider, avait dégoupillé en fin de rencontre, pour finir expulsé. Et en 2014, les Bleuets n'ont pas su se tenir jusqu'au bout, alors qu'ils avaient fait le plus dur. Il n'y aurait pas même à regretter l'absence de Paul Pogba dans cette joute de jeunes. Le Turinois avait déjà montré la fragilité de ses nerfs lors du Mondial, contre le Honduras, bien calmé ensuite par une mise au ban et au point de Deschamps, qui sait à l'évidence tenir ses gars. Mais le dernier dommage collatéral de cette élimination est à chercher ailleurs. En ce mardi soir d'octobre 2014, la carrière en Bleu de Djibril Cissé semble bien s'éteindre. Lui qui voulait réintégrer les A pour le Mondial 2014, grâce à un retour en France et à Bastia en janvier 2014, avait aussi avoué être intéressé par une dernière expérience sous le maillot bleu, en cas de qualifications des Bleuets aux JO de Rio en 2016. Par cette élimination au stade des barrages de l'Euro Espoirs, le passage par Rio est désormais impossible. Et le retour du Djib en bleu aussi, qui peut définitivement mettre fin à ses rêves internationaux. La fin d'une époque.




Par Ronan Boscher
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