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Eric et Quentin : « Le foot est un milieu qui manque cruellement de dérision »

Depuis quelques années, Eric et Quentin enchaînent les sketchs à un rythme effréné sur les plateaux de Canal + et de TMC. Cette année encore, avec Quotidien, les journées sont particulièrement chargées, souvent « aussi intenses qu’une soirée de Ligue des champions » , mais les deux comiques ne sont jamais contre l’idée de faire une pause pour parler des commentaires de Jean-Michel Larqué et de Lionel Charbonnier en boîte de nuit.

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D'où vient cette passion du foot ?
Eric : Je suis bien incapable de me souvenir d’où vient cet intérêt exactement. Ça doit remonter à l’école primaire, en 1992. C’est cette année-là que j’ai fini mon premier album Panini. Enfin, presque fini. J’avais la carte de Jean-Pierre Papin, sûrement la carte la plus dure à trouver, mais je l’ai perdue dans la foulée. J’avais envie de pleurer.
Quentin : Moi, je regarde surtout les matchs importants, comme la finale de la Ligue des champions, l’équipe de France ou la Coupe du monde.
E : Quentin a surtout un gros passé en tant que supporter marseillais.
Q : Non, c’est surtout qu'étant gamin, on allait en vacances chez ma belle-mère à Marseille. Comme j’étais très con, je mettais le maillot de l’OM histoire de faire plus vrai. Mais si on avait été à Strasbourg, j’aurais eu le maillot de la ville.

Vos familles étaient très foot ?
Q : Pas du tout. Chez moi, c’était rugby et rien d’autre.
E : Moi non plus, j’ai appris à aimer ce sport à la récréation. Ensuite, j’ai fait six mois en poussin, mais je n’ai pas tenu le choc. Alors, j’ai arrêté. Enfin, je continue à être gardien lorsqu’on joue au five, mais je préfère jouer au basket en fait.


C’est quoi le dernier match que vous avez vu au stade ?
E : PSG-Manchester City. Je ne vais pas souvent au stade, mais j’aime bien y aller quand c’est un match de Ligue des champions. Ça a toujours un parfum un peu spécial avec cette fameuse musique lors de l’entrée des joueurs.
Q : Ça devait être un PSG-Bordeaux, mais c’était avant l’arrivée des Qataris. Personnellement, je préfère regarder le foot derrière un écran.
« Contrairement à la NBA, que j’apprécie particulièrement, il n’y a aucune science du show dans un match de foot. Si le match n’est pas terrible, un mec qui n’aime pas particulièrement ce sport va forcément s’ennuyer. »
Déjà, parce que j’ai peur au stade (rires). Mais aussi parce que je trouve que ça manque de spectacle. Contrairement à la NBA, que j’apprécie particulièrement, il n’y a aucune science du show dans un match de foot. Si le match n’est pas terrible, un mec qui n’aime pas particulièrement ce sport va forcément s’ennuyer. Alors que tu peux totalement aller voir un match de NBA sans aimer le basket et être impressionné par le spectacle.
E : Tu vois, on n’est pas que des comiques, on n’hésite pas à balancer !

Votre meilleur souvenir, c’est quoi ?
Q : Comme tout le monde, la finale en 1998. Mais plus encore, je dirais la demi-finale face à la Croatie. J’ai vraiment explosé de joie ce soir-là. Sinon, d’un point de vue plus personnel, il y a aussi la Coupe du monde en Italie en 1990. Tout simplement parce que j’étais là-bas à ce moment-là et que j’avais réussi à avoir des ballons à l’effigie de la compétition, avec le petit bonhomme cubique.
E : Le but de Dugarry face à l’Afrique du Sud m’a marqué, surtout sa célébration. Après, il y a aussi la grosse performance de Zidane face au Brésil en 2006, ou encore son fameux contrôle en porte-manteau en amical contre l’Allemagne. Non, mieux encore : le penalty provoqué par Abel Xavier en demi-finales de l’Euro 2000. Je n’en pouvais plus, j’étais euphorique, mais je n’avais pas le droit de crier parce que tout le monde dormait chez moi...

Et la pire tristesse ?
« Ça manque quand même un peu d’histoires de prostituées ces derniers temps. Ça me perturbe ! »
E : La finale contre l’Italie en 2006, bien sûr.
Q : Le match perdu contre la Bulgarie en 1993. Je me souviens encore du commentaire de Jean-Michel Larqué juste après le but : « C’est la fin pour l’équipe de France. »
E : Le dernier Euro s’est mal terminé, mais on ne peut pas en parler comme une tristesse. L’équipe de France a fait une belle compétition, on sait que le groupe est bon et que ça devrait le faire en 2018. De toute façon, quand tu as gagné une Coupe du monde une fois, tu t’en fous un peu de l’Euro, tu veux juste goûter à nouveau au succès dans cette compétition.
Q : Ouais, enfin, ça manque quand même un peu d’histoires de prostituées ces derniers temps. Ça me perturbe !

Vous avez un avis sur cette équipe de France ?
Q : Elle me plaît tellement que je pourrais très bien m’acheter un maillot de Pogba, alors que je ne suis pas un acharné de foot. Il y a deux ou trois ans, ça n’aurait pas été possible de faire ça.
E : La communication est peut-être bonne, mais c’est vrai qu’on a la sensation d’avoir une vraie belle équipe, avec des joueurs qui semblent s’apprécier et bien vivre ensemble. L’époque des disputes, des fausses promesses et des joueurs sans réel potentiel semble loin derrière. Souviens-toi, à la fin des 2000, même Marvin Martin était comparé à Zidane.

Vous y croyez, à la Coupe du monde 2018 ?
E : Carrément ! D’ailleurs, je trouve que c’est une bonne chose que Pogba soit allé à Manchester cette année, plutôt que l’année prochaine. Là, il a le temps de s’adapter et de progresser encore avant la Coupe du monde. Pareil pour Griezmann, il a tout intérêt à rester encore une saison à Madrid.

Est-ce que vous avez une équipe de cœur ?
E : Je dirais Paris, mais c’est surtout affectif. Sinon, j’aime beaucoup la Premier League pour le côté spectacle. Cette année, les plus grands entraîneurs y sont, tous les clubs attaquent, Tottenham peut créer la surprise et Liverpool est revenu au top. C’est tout bon !
Q : Moi, c’est Marseille depuis la fameuse tête de Boli face à Milan en 1993. Mais c’est plus un souvenir d’enfance qu’autre chose. Si Milan avait gagné cette finale, j’aurais peut-être supporté Milan.

Comme beaucoup, est-ce que vous pensez que le football est tombé dans le capitalisme à outrance ?
Q : On peut le regretter, oui, mais on n’est pas du tout dans cette démarche. Les joueurs n’y sont pour rien et il faut bien avouer qu’en tant que téléspectateur, c’est super agréable. Même si le foot est devenu le royaume de l’oseille...
E : C’est sans doute moins amical et bon enfant qu’auparavant, mais c’est très fort en matière de spectacle. Et puis les mecs ont beau être millionnaires, on sent bien qu’ils sont hyper professionnels. Regarde Ronaldo : son envie de gagner est dingue !
Q : L’argent est roi, mais le sport gagne toujours. Voilà, c’était l’instant philosophie.

Si vous étiez un duo de footballeurs, vous seriez qui ?

E : Bon, je mélange les époques et les postes, mais je me verrais bien numéro 6 à la Verratti, en soutien de Quentin dans le rôle d’un Rudi Völler.
Q : Valbuena peut-être aussi. Et pas pour le côté sextape, je t’arrête tout de suite.
E : Étant salariés de TMC, une chaîne monégasque, ça serait bien également de citer un joueur de l’ASM comme Falcao.
Q : T’as raison : vive Monaco !

L’année dernière, vous aviez fait un sketch autour de l’affaire Aurier. Est-ce possible d’être drôle en parlant de foot ?
Q : On a également fait des sketchs autour de Benzema ou de l’équipe de France pendant l’Euro. S’il y a un bon angle, on est preneurs. Après tout, c’est un univers qui parle à tout le monde et qui est forcément plus facile à rendre drôle que le bowling ou François Fillon.
E : Julien Cazarre le fait très bien, d’ailleurs. Mais c’est un milieu qui manque clairement de dérision... Les enjeux sont tellement forts que tout est très cadré.
Q : C’est vrai que les footballeurs me font un peu penser aux Miss France, dans le sens où on a l’impression qu’ils sont très formatés, que tout est fait pour que leur attitude soit lisse.
E : Après, c’est normal quand on sait que le moindre propos peut faire le buzz. À l’Euro 2000, par exemple, je me souviens que l’on voyait clairement Didier Deschamps dire à Roger Lemerre qu’il arrêtait l’équipe de France en sortant du terrain. Ça ne serait plus possible aujourd’hui de voir ça, les mecs ont toujours la main devant la bouche pour se parler entre eux.
Q : Tout est très aseptisé, mais c’est partout pareil. Au tennis, il n’y a plus de McEnroe ou de Jimmy Connors également.

Vous avez eu l’occasion de parler avec des joueurs depuis que vous faites de la télé ?
« J’ai croisé Lionel Charbonnier au Baron une fois. Et je me demande encore ce qu’il foutait là. »
E : Ouais, mais on ne dira pas les noms. Ils n’ont peut-être pas envie d’être cités, alors je préfère ne pas les nommer. Cela dit, c’est toujours bien de rencontrer des mecs, souvent à la retraite d’ailleurs, que l’on admirait étant gamin.
Q : En dehors des plateaux, je tiens à dire que j’ai croisé Lionel Charbonnier au Baron une fois. Et je me demande encore ce qu’il foutait là.

Ça parle beaucoup de foot dans Quotidien ?
E : Quand même, oui. On a aussi une petite équipe de foot avec laquelle on joue en salle.
Q : On a d’ailleurs battu So Foot il y a peu. Je me souviens avoir fait un tacle magistral sur Franck Annese. (*)
E : Autant te dire qu’on a été surpris par ta demande d’interview : on s’imaginait avoir un gros contentieux avec vous.

  • (*) Droit de réponse de Franck Annese : « J’ai joué un seul match contre eux, on a gagné 4-1 et j’ai mis trois buts. Je me souviens très bien de ce match, parce qu’à la fin, je leur ai dit : "Continuez à faire les acteurs, vous êtes meilleurs que sur le terrain." Donc cette histoire de tacle, hein…  »

    Propos recueillis par Maxime Delcourt
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