France - Ligue 1 - 26e journée - Lyon/Lorient

Par Arnaud Clément

Enzo Réale, la revanche d'un Gone

Capitaine depuis ses 14 ans de la fameuse génération lyonnaise 1991 des Grenier, Lacazette et consorts, Enzo Réale n'a pourtant jamais eu sa chance avec les pros, sans qu'on lui dise pourquoi. Voilà pourquoi il attend son retour à Gerland avec envie et un peu de rancoeur.

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Enzo Réale (Lorient)
Enzo Réale (Lorient)
Autant être clair d'entrée de jeu : après Scifo et Francescoli, le prochain Enzo qui donnera du plaisir aux spectateurs du championnat de France ne sera pas un mirage nommé Zidane, mais un Réale, un vrai. Enzo, de son prénom, c'est l'histoire d'un gamin qui a toujours été honnête envers le ballon, d'un milieu de terrain aux qualités qui ne manqueront pas de sauter aux yeux du plus grand nombre au fil des années. Mais c'est aussi une love story lyonnaise mal terminée, lui qui s'est fait griller la politesse après avoir attiré sur lui toute l'attention de l'intelligentsia lyonnaise pour sa vision du jeu, sa grinta, ses qualités techniques, son aisance dans un rôle de box-to-box, voire sa finition face aux bois. « J'ai toujours prouvé que je méritais ma place à Lyon. Mais je n'ai jamais eu d'explications quant au fait qu'on ne me laisse pas de temps de jeu. Pour ça, je garde une petite rancœur, oui. Ce n'est pas normal qu'un jeune qu'on a formé et qui n'a rien couté ne puisse pas avoir sa chance » pose sans sourciller l'intéressé, qui espère plus que jamais figurer dans le onze de départ de Christian Gourcuff aujourd'hui.

Si les histoires d'amour finissent mal en général, tout a longtemps pourtant été idyllique, pour ne pas dire trop parfait. Le gamin des Minguettes baigne dans un environnement footballistique on ne peut plus idéal. Son père Alain, lui-même ancien numéro dix pas manchot qui a joué en D4, et sa mère ont donné naissance à une tribu de footeux. « Aujourd'hui, seul l'ainé de mes cinq enfants, Mario, ne joue plus car il a 37 ans, mais sinon, Franck, Sandro et Tony jouent tous encore à l'AS Minguettes. Dans la famille, on a toujours été des joueurs de ballon avec de bonnes capacités d'endurance » explique Alain Réale, qui rechausse parfois les crampons à 56 ans avec les vétérans des Minguettes. Et le paternel de souligner que le petit dernier né en 1991 a pris une bonne part du gâteau familial pour aujourd'hui être le plus doué. Déjà tout jeune, il épatait la galerie, que ce soit en bas de l'immeuble à Monmousseau ou lors de ses confrontations en débutant contre Harry Novillo, lui aussi formé à l'OL et alors licencié à Saint-Fons. « Dès que je marquais, mon père me donnait une pièce de dix francs. Mais ensuite, il est revenu à celles d'un franc parce que je lui coutais trop cher » se marre aujourd'hui Enzo Réale.

La tête, le cœur et les c*******

Quand l'OL entend parler du phénomène, il ne met pas longtemps à se lancer à sa poursuite. Alors âgé d'à peine 8 ans, le gamin convainc son monde lors d'un tournoi test disputé à Meyzieu. Il n'en faudra pas d'autre aux éducateurs pour comprendre du potentiel du gamin, qui s'engage en poussins pour son club de cœur. Là où il découvre une autre exigence, celle de la compétition dans sa version la plus poussée : « Comme on avait une belle génération, on gagnait des titres et il y avait une exigence de résultat. Ça forge » explique celui qui remporta son premier titre de champion de France... en benjamins, avant d'en empiler bien d'autres jusqu'à son passage en pro. Pas de quoi l'effrayer pour autant, le garçon étant stimulé par les rendez-vous comme le soutient son premier fan de père : « Contrairement à d'autres, Enzo a les c******* et ne s'est jamais démonté dans les moments importants. S'il rate un match, je sais d'avance que ce n'est pas mental, mais plutôt lié à son état de forme. » Pourquoi cette grinta de tout instant ? Sans doute un trait de caractère hérité des joutes au quartier. « Déjà, il faut dire que ça jouait bien là-bas. Et puis, ça ne manquait pas de caractère, il ne fallait jamais perdre. En même temps, je ne comprendrai jamais un footballeur qui ne se dit pas compétiteur » explique-t-il.

Et s'il en est bien un qui confirme ses dires, c'est bien Robert Valette, indéboulonnable coach de la CFA rhodanienne pendant plus de quinze ans : « Si je dois partir à la guerre, je le prends sans hésitation. Le charbon, le combat, il connait. Nous avons souvent été placés dans le groupe sud en championnat de France amateur, avec des déplacements dans des endroits où on a connu l'intimidation, pour ne pas dire plus. Mais s'il y en a un qui ne s'est jamais démonté, c'est bien lui. C'est un banlieusard, au bon sens du terme : indépendamment du fait qu'il a un sacré caractère, il ne lâche jamais rien. » Ceci explique pourquoi le Vénissian prend dès ses 14 piges le brassard de capitaine d'une génération (Grenier, Lacazette, Faure, Umtiti, Tafer...) qui fournira largement les équipes de France de jeunes et d'Espoirs. Un rôle qui va comme un gant de par ses attributs psychologiques, mais aussi grâce à son rôle d'organisateur balle au pied. « J'aime bien faire le relais entre la défense et l'attaque. C'est pourquoi ce poste de six ou huit me convient bien. » Jouer le chef d'orchestre-meneur d'homme et donner le tempo avec l'or qui lui brûle les pieds tel un Fabregas époque Arsenal, il sait faire. Son but contre Troyes est d'ailleurs une bonne illustration de sa large palette.


« Il a tout balle au pied »

D'ailleurs, lorsqu'on fait référence à ses qualités à Robert Valette, le technicien à la retraite sort son instrument de mesure favori qu'il a précieusement gardé en stock : son carnet de statistiques. « Alors, Enzo, où est-il... Ah, le voilà. En soixante matches avec la CFA, qu'il a intégrée à 17 ans, il a marqué seize fois. De tous ceux que j'ai vu passer à ce poste, seul Steed (Malbranque) a dû faire mieux » compare-t-il. Une donnée à rapprocher de son total de l'an passé avec Boulogne-sur-Mer. « Six buts pour un relayeur qui découvrait ce niveau, ne tirait ni pénalty, ni coup-franc et jouait dans une équipe moyenne qui est finalement descendue, c'est pas mal, non ? » commente son père. Et Robert Valette d'expliquer le pourquoi du talent d'un garçon dont le gabarit (NDLR : 1m75, 69 kg) a pourtant souvent constitué un handicap pour faire sa place : « Il a tout balle au pied, mais ce n'est pas son plus gros point fort. Dans tout sport, c'est l'œil qui compte le plus et lui voit vraiment avant les autres. » Le gamin l'a bien compris et a fait sienne une maxime que beaucoup n'ont pas saisie : voir avant de donner. Un exemple parmi tant d'autres ? Ce caviar servi à l'aveugle – sa spéciale - pour Yanis Tafer à l'époque des joutes en Gambardella (à partir de 45 sec.)

Des capacités d'analyse qui l'ont aussi vite incité à aller voir ailleurs lorsque Rémi Garde laissa deviner qu'il serait bon pour de nouvelles piges en réserve. Direction Lorient, un choix qui sonne comme une évidence pour sa progression, lui qui dit se régaler des séances d'entrainement signées Gourcuff, auquel il n'est pas le seul à vouloir prouver qu'il a le niveau pour faire son trou dans l'élite. Une chose dont ne doute pas Robert Valette, qui regrette de l'avoir vu faire ses bagages pour la Bretagne : «  S'il fait les bons choix de carrière et s'étoffe encore un peu physiquement, on verra qui est le vrai Enzo lorsqu'il atteindra les 23 ou 24 ans. J'ai vraiment bon espoir le concernant, il est à l'aube d'une belle carrière. Dommage que ça ne soit probablement pas chez nous. » A coup sûr, Enzo Réale voudra donner raison à son ancien mentor. Histoire de faire comprendre à tout Gerland que même si nul n'est prophète en son pays, c'est encore plus nul d'être passé à côté d'un jeune qui n'a rien à envier à un Gourcuff ou un Grenier.

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10 réactions ;
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  • Message posté par starfash le 24/02/2013 à 09:16
      Note : 1 

    "Faire comprendre à tout Gerland"
    Pas besoin, hein. Ca fait longtemps que se les bouffe, nous les supporters, de voir ce mec jouer ailleurs.
    Aulas n'a jamais été autant hait que lors de cet échange de merde Enzo-Mvuemba.
    Nan mais sérieusement : on a gagné quoi ? On perd un type formé au club qui aurait put nous ramener au sommet pour un vieux gars qui aligne pas deux passes quand il joue... et je dis bien "quand il joue" parce quitte à pas le faire jouer, valait mieux vendre Réale et garder la thune.

  • Message posté par Ed Deline le 24/02/2013 à 10:54
      

    Exactement.
    Quand je voyais des gens se palucher sur Gourcuff à l'époque où il faisait sa bonne saison à Bordeaux j'étais de ceux qui ne s'enflammaient pas attendu qu'il n'avait jamais rien prouvé lors des gros matchs internationaux ou à un autre niveau que la L1, et voir l'OL le payer à prix d'or lors de sa 2nde saison alors qu'il était déjà en perte de vitesse m'a laissé sur le cul.

  • Message posté par yohiio le 24/02/2013 à 11:15
      

    Pareil, je ne comprends pas l'intérêt de l'avoir cédé, d'ailleurs, je me suis toujours demandé s'il y avait une clause de rachat ?

  • Message posté par popeye le 24/02/2013 à 11:56
      

    A quelques exceptions, ils explosent un peu tard quand même, les jeunes venus du centre de formation lyonnais. Pas sûr que Reale aurait eu sa place dans le onze titulaire. Vous avez vu ce qui est arrivé à Mvuemba?

  • Message posté par moustafa le 24/02/2013 à 11:58
      

    Après Rémy, Mounier et Pied dans une moindre mesure, l'OL prouve qu'avoir un des meilleurs centres de formation de France c'est bien, mais faire éclore ses jeunes en pro c'est mieux...

  • Message posté par Luigi Alfa-No le 24/02/2013 à 12:33
      

    Je l'avais vu jouer contre Toulon, il y'a quelques années, en CFA. Il avait été très intéressant en box-to-box et effectivement il y'avait quelques briscards (pour ne pas dire bouchers) coté Toulonnais, et il ne s'était pas démonté, loin de là.

    Dommage pour l'OL, ouais.

  • Message posté par Mou-rinho le 24/02/2013 à 13:01
      

    Message posté par moustafa
    Après Rémy, Mounier et Pied dans une moindre mesure, l'OL prouve qu'avoir un des meilleurs centres de formation de France c'est bien, mais faire éclore ses jeunes en pro c'est mieux...


    Tu as pas tort mais bon entre un qui est chez le 20e de BPL un autre chez le 6e de Ligue 1 et un autre chez le 4e de ligue 1 et pour Mounier, il est même pas le choix n°1 il me semble donc pour l'instant je pense que l'OL peut surtout se plaindre de ne pas avoir réussi à faire s'imposer Belfodil et Enzo Real.

  • Message posté par OuinOuinOuin le 24/02/2013 à 14:36
      

    Message posté par moustafa
    Après Rémy, Mounier et Pied dans une moindre mesure, l'OL prouve qu'avoir un des meilleurs centres de formation de France c'est bien, mais faire éclore ses jeunes en pro c'est mieux...


    C'est vrai, mais c'est ce qu'ils font, non?
    Ils ne peuvent pas faire jouer tout le monde non plus. Même si pour Reale c'était peut-être une erreur de le faire partir.
    Quand on regarde l'équipe actuellement, Umtiti, Gonalons, Grenier, Lacazette, Ghezzal qui joue de plus en plus, Benzia. Ils n'ont jamais autant compter sur leurs jeunes ces dernières années.

  • Message posté par Brice_I le 24/02/2013 à 17:06
      Note : 1 

    Je pense que Reale a peut être lui aussi fait une erreur. Il ne se doutait peut-être pas que Garde ferait autant jouer les jeunes cette saison. Et qu'il aurait donc eu sa place, au même titre que Fofana a su la gagner, Qu'Umtiti a su la ganger, que Grenier et Lacazette ont su la gagner, et que Ghezzal est en train de la gagner.

    L'air de rien, c'est ça qui est aussi important: tout ces jeunes ont gagné leur place. Reale, en restant aurait aussi eu sa chance, et aurait certainement pu gagner sa place lui aussi.

  • Message posté par Brice_I le 24/02/2013 à 17:08
      

    Je veux dire, Lorient, c'est bien, mais à Lyon il aurait pu jouer l'Europa League dès cette année, jouer la course au titre, jouer la LdC peut-être l'année prochaine. Avec Lorient, il sera tout de même moins regardé, moins soumis à ces révélateurs. Bref, avec un poil plus de patience...


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