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  2. // Arsenal/Barcelone

Entre artistes ?

La grandiloquence est de sortie dans les médias anglais. Pour ce quart de C1, on parle joga bonito, ambition de jeu, performance artistique, du têtu Wenger, du génial Messi. Le résultat, on zappe, ce soir, c'est spectacle à l'Emirates, histoire d'oublier que le Barça est un artiste bien plus confirmé qu'Arsenal, en perpétuelle construction.

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Ce match a donc été élevé au rang de choc de ces quarts de finale de Champion's League. Certains diront qu'Arsenal reçoit son grand-frère à Londres pendant que d'autres diront que le seul lien de parenté entre les deux équipes s'appelle Cesc Fabregas. Quoi qu'il en soit, dans l'exercice du tableau noir de football, il y a deux écoles : s'adapter à la tactique de l'adversaire ou ne s'occuper que de son propre jeu. Dans la presse anglaise, Arsène Wenger a répété à l'envi que son école à lui était plutôt autocentrée : « Je crois que la manière la plus efficace de jouer au football est de jouer un beau football et ne pas envoyer le ballon en tribunes. Le but n'est pas en tribunes mais sur le terrain » . Belle lapalissade. Dans le Guardian, le coach français confesse aux plus ignorants que ses joueurs n'ont de toute façon pas les moyens de jouer comme Chelsea l'avait fait la saison dernière contre les Blaugranas : « Chelsea est une équipe avec beaucoup d'expérience qui peut rester disciplinée pendant 90 minutes parce qu'elle a des joueurs de 28, 29 et 30 ans. Cela demande beaucoup mentalement lorsque vous ne touchez pas le ballon de ne pas perdre confiance » . Ou la limite sur le plan continental du modèle “jeunes à tout prix” des Gunners d'Arsène, même si Emmanuel Petit, qui joue son infidèle à lequipe.fr, annonce dans le Mirror que « l'expérience de Sol Campbell pourrait être importante » . Une blague portugaise sans doute. La presse anglaise l'aura donc bien compris, Arsenal la jouera comme d'habitude, le Times titrant « Wenger refuse d'abandonner ses principes de maître de la passe » tandis que le Daily Mail prévient que « la meilleure arme contre le Barça, c'est le beau football » .

On peut malgré tout douter de la tactique adoptée par le Frenchy, tant les Gunners sont dépendants de leur seul joueur de classe mondiale, Cesc Fabregas, qui a seulement « 40% de chances de jouer » selon les propres mots de Wenger, rappelle The Independent. Alors, intox ou pas ? Et Barcelone dans tout ça ? Le Guardian s'est quand même risqué à sortir des considérations tactiques de l'entraîneur d'Arsenal auto-convaincu et est allé rencontrer d'autres techniciens qui ont réussi à battre le Barça de Guardiola cette saison. Kurban Berdyev, le coach du Rubin Kazan, précise « que Barcelone aime utiliser toute la largeur du terrain. Dani Alves et Abidal ont tendance à prendre la profondeur et laissent des espaces au centre du terrain. Nous étions prêts à organiser nos contres dans cette zone, nous avions donc attendu la bonne opportunité » . Quique Flores de l'Atletico recommande de son côté « d'être parfait collectivement, et de leur refuser n'importe quel espace, histoire de leur rendre la vie difficile dans le jeu entre les lignes » .

Et encore, même en suivant ces préceptes, le cas Lionel Messi n'est toujours pas réglé. Le Telegraph s'amuse d'ailleurs à foutre la frousse aux Gunners, expliquant en dix points pourquoi Leo est le meilleur joueur du monde : « Centre de gravité très bas, plus bas que Maradona, efficacité maximum devant le but, sa première touche de balle, décisive pour mettre à 5 yards derrière lui son adversaire, le dribble, la générosité, la technique de passe, la puissance, la vitesse, la tête levée et la force de rester sur ses pieds » . Le Times préfère mettre la pression sur Gaël Clichy, le quotidien briton annonçant tout simplement que son duel avec l'Argentin sera « the match key » .

Bref, si on saisit tout, ce soir, les deux équipes veulent confisquer le cuir, jouer du beau football, être efficaces, faire plaisir à l'Emirates, avec, rappelons-le, un seul ballon sur le pré. Le Sun ne fait à cet égard pas dans la demi-mesure, avec son titre « Ce soir, c'est de l'art, pas du football » . Le tabloïd se fait effectivement l'écho des paroles modestes de coach Arsène : « Je crois que, que ce soit de l'écriture, de la danse ou du football, lorsque vous le faites au plus haut niveau possible, cela devient de l'art. Parce que qu'est-ce que l'art ? Quelque chose qui est toujours beau à regarder. Je pense que nous sommes deux équipes qui avons une philosophie positive et que les gens qui aiment le football regarderont ce match » . Sorte de méthode Coué ? Dans le Guardian, Martin O'Neill, le coach de Villa déclaré anti-Arsène, aimerait bien que le Français redescende sur terre : « Ce qu'il veut faire, c'est essayer de prouver que son équipe est la seule à produire du beau jeu. Mais ce n'est qu'une excuse prête à l'emploi, surtout si vous n'arrivez pas à être compétitifs contre Manchester ou Chelsea. Le fait est que ces deux équipes le sont probablement plus, parce qu'elles ont suffisamment de joueurs physiques dans leur squad » .

Car finalement, qu'Arsenal se qualifie ou non, question qui ne sera pas levée ce soir, ce qui intéresse l'Angleterre du football se situe plus au Nord, à Manchester. Persuadée que les “Three Lions” vont soulever la Coupe du Monde sud-africaine, la presse britonne commence tout juste à douter en se posant une véritable question : Rooney sera-t-il sur pieds à temps ? Le reste n'est que du verbiage entre esthètes avérés ou auto-proclamés.

Ronan Boscher

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