1. // Les Etats-Généraux du (tiers-)football

En attendant la prise de la Bastille ?

Les états généraux du football ne furent pas la révolution d'octobre ni même l'abolition des privilèges en 1789. Car on ne réforme pas une oligarchie sans en modifier un tantinet la composition des "élites". Et de ce point de vue, la FFF a de nouveau fait le pari de la continuité des hommes. Domenech n'a même pas réussi dans son échec à entrainer le système avec lui...

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Certes, il serait exagéré d'expliquer que rien ne s'est passé et surtout que rien n'est sorti de ces deux journées qui formèrent la grosse baudruche médiatique des états-généraux du football. Même si la plupart des mesures préconisées ou suggérées doivent être encore validées lors de l'assemblée fédérale du 18 décembre prochain, il n'en demeure pas moins que, fidèle à sa promesse de départ, l'initiative tant « désirée » (en simulant ou non) par l'ensemble des familles du foot et surtout par les politiques (très addicts en ce moment de messes à la mode “Grenelle de”), a finalement produit une réponse adéquate à la crise existentielle post-Knysna. Avec en retour un enthousiasme ministériel à la hauteur des pleurs de juillet dernier : « Les trois groupes de travail sur la modernisation des structures du football français, la compétitivité économique, le financement et la solidarité et le rôle social et citoyen du football ont donné lieu à des recommandations innovantes, concrètes, cohérentes et qui ont fait l'unanimité » . Dixit Rama Yade.

La vraie question ne s'avère pas tant d'estimer si ces préconisations, surement appliquées, vont changer quoi que ce soit dans le fonctionnement du petit monde du ballon rond (en mieux ? Selon quels critères ?), mais plutôt si nos dirigeants, aussi bien pros qu'amateurs, ont ciblé correctement les causes profondes des événements d'Afrique du Sud. Car au-delà des belles déclarations sur les valeurs du foot et le besoin de garantir son unité, la Ligue, et ceux qu'elle représente, sortent largement gagnants sans avoir rendu en rien des comptes pour leur lourde responsabilité dans la crise actuelle du foot et dans sa relation avec le public. Les bleus qui ont si joyeusement piétiné lors du Mondial les rêves « citoyens » et « humanistes » du football tricolore, sont les « enfants gâtés » (et dans ce cas les parents sont toujours les vrais responsables) des centres de formation et des clubs français, voire européens, bien davantage que des associations de quartier qui les ont vu éclore à leur talent ou en tout cas à leur vocation. A bien décrypter l'ensemble des mesures, on a peut-être un peu hâtivement retourné l'échelle des responsabilités pour la balancer sur les faibles épaules d'un foot amateur (et de ses “élus”) pas toujours cohérent ni compétent, mais sûrement pas “seul” coupable.

Donc, petit inventaire d'une « révolution tranquille » (M. Aulas)...

– Commençons par ce qui a le moins fait parler dans la presse, pourtant très avide des bonnes paroles des footeux de proximité avant la tenue des états-généraux : la proposition de favoriser des activités non- compétitives afin de « lutter contre la 'championnite' » . Aussi anecdotique et dame patronnesse que cela puisse paraître, cette préoccupation remonte pour le coup de “la base”, qui connait depuis peu une “légère” fuite des licenciés et une baisse certaine, cependant restreinte, de ses effectifs et donc probable des subventions attenantes. Si le recul se révèle léger et n'entame pas la première place écrasante de la FFF, elle pose quand même le problème de la concurrence grandissante des autres sports (souvent dotés d'une meilleure image, surtout en ce moment, comme le hand, bénéficiant en outre d'un puissant réseau scolaire, atout crucial notamment auprès de parents soucieux de “pédagogie”), et des autres fédérations (FSGT et son foot à 7 auto-arbitré, les activités péri-scolaires de l'USEP ou UFOLEP, etc.), voire de structures commerciales (centre de foot à 5). Autant d'acteurs qui ont quelque part diversifié l'offre de ballon sur le critère justement de l'alternative et de la convivialité. Le processus fut long à éclore en réelle “contre-culture”, mais le frémissement inquiète la base.

– Autre solution apparemment purement conjoncturelle, bien que douloureuse, la réduction du nombre de clubs par division. La Nationale passerait à 18 et la CFA 2 tournerait par poules de 14. La L1 évite le plan social, même si la question revient régulièrement dès qu'il s'agit d'assurer la stabilité économique de l'élite française et à demi-mot de continuer de caresser le doux rêve de sa compétitivité. Seul hic, cette “ablation” dans les divisions inférieures, les mieux régionalisées, risque de priver de débouché la masse anonyme des semi-pros et autre demi-élite du foot français (sans oublier les recalés des centres de formation), véritable prolos de la balle qui se comptent par milliers. Et de générer de véritables zones géographiques vides de clubs structurants.

– « Une révolution tranquille » , Mr Thiriez a le sens de la formule historique, une sorte de Mao weight watcher. La refonte de la désignation du président et de son équipe peut effectivement donner l'impression de dépasser enfin une “cooptation” aux allures “soviétiques” et surtout “consanguines”. De fait ce nouveau système –la présentation sur liste et autour d'un programme, puis ensuite encadré d'un comité exécutif de 12 membres, parmi lesquels 4 ou 5 membres chargés de fonctions exécutives précises comme l'EDF, le tout choisi par l'assemblée fédérale (et non pas par les clubs comme le souhaitent les plus “radicaux” tel Jean-Michel Larqué, de plus en plus à l'aise dans son rôle de Mélanchon du ballon)– risque vite de rebasculer vers les anciens fondamentaux, faute d'alternative et de débat. La démocratie, c'est autant une affaire de cadre qu'une dynamique interne. Le goût du consensus et surtout la hantise de la contestation sont trop ancrés dans la culture du foot français pour disparaître simplement avec un ravalement de façade du mode électoral (très suffrage censitaire malgré tout dans l'esprit). Les problèmes à venir du foot français ne vont pas toujours se résumer à la désignation du sélectionneur. Dans ce cadre, la création d' « une haute autorité » de 25 membres, dotée d' « un rôle d'alerte, de contrôle et d'interpellation » , directement inspiré par le ratage de la gestion du cas Domenech, devrait normalement offrir quelques garanties. Toutefois qui désignera ses membres, auront-ils les “compétences” et le “courage” d'oser contredire leurs “inévitables” amis de la direction de la FFF ?

– Dernier point, et non des moindres, le foot pro se voit attribuer au minimum une minorité de blocage, très rassurante devant toute crise future de fierté des amateurs, surtout quand l'heure des comptes de l'Euro sonnera. Des amateurs qui se sont en retour réjouis de voir l'aumône du foot pro pérennisée (les 2% sur les droits télé), une dizaine de millions d'euros (de 12,5 à 10,5 millions). C'est peu cher payé en effet, quand la LNF vient de ponctionner, avec l'accord de l'État, 150 millions sur le CNDS pour les futurs stades de l'Euro 2016. Finalement les états-généraux ont vraiment rempli leur rôle à défaut de leur mission.


Nicolas Kssis-Martov

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Article intéressant notamment la partie sur "la proposition de favoriser des activités non- compétitives afin de « lutter contre la 'championnite' »".
Serait il possible d'avoir plus d'info à ce sujet ?
Merci d'avance.
Etant très investit dans l'activité du Foot7 Fsgt dans ma ville, je suis heureux de voir que certains journalistes sportifs s'intéressent à d'autres aspects de ce sport que celui de la compétition et du monde professionnel.
C'est sur que ca fait moins rêver qu'un Barca-Real, mais l'état d'esprit véhiculé, et la convivialité qu'il y règne font de ce cadre sportif une alternative très appréciable à celui mis en place par la FFF, et ce, même au plus bas niveau. Y'aurait d'ailleurs matière à faire un article sur le seul sujet de la gestion des terrains de football en France, qui sont publics, mais sous monopole quasi exclusif de la FFF.
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