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El Bofo, brebis galeuse

Argentine-Mexique signera les retrouvailles entre Martin Palermo et Adolfo Bautista, dit El Bofo (le pataud), qui s'épieront... depuis le banc. Déjà beau pour l'Aztèque, haï et surtout moqué par une grande partie du Mexique, pas vraiment clément avec la lunatique, solitaire, et parfois géniale idole des Chivas Guadalajara.

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Chambrer le banc de Boca en pleine Bombonera n'est sans doute pas l'idée la plus fine qui soit. Mais Adolfo Bautista agit souvent avant de penser. Alors, de quatre doigts, il va rappeler le score du match aller, conclu sur un exploit personnel. En face, il y a ce bon vieux Martin Palermo. Nous sommes en 2005. En bon gardien du temple xeneize, le meilleur buteur de Boca prend le Bofo entre quatre yeux. Les deux seront expulsés, et l'international mexicain sortira sous escorte, souillé par le crachat de l'entraîneur xeneize. Chassé de la Bombonera, comme il le fut d'à peu près tous ses clubs.

La sortie du Bofo



Le but du Bofo



Ruben Omar Romano est le premier entraîneur à avoir accordé toute sa confiance à l'international mexicain. L'attaquant a alors 21 ans. « Il était un peu introverti mais avait beaucoup de talent » se rappelle son premier mentor aux Tecos Guadalajara. Les précédents entraîneurs avaient jugé son physique non adapté au football, plutôt au basket... Romano, lui, entrevoit la perle et l'emmène dans ses bagages à Morelia, où le Bofo brille. Surtout, il y trouve refuge une fois congédié de son club formateur. Bautista ayant eu la bonne idée de frapper dans le dos son coéquipier Andoni Hernandez, avant de l'envoyer dans une vitrine et de lui régaler une fracture nasale. Habitués à le voir regarder ses chaussures, ses camarades se demandent alors ce qui tourne mal chez ce solitaire. « Il est parti très tôt de sa maison, à 14 ans, explique Jose Luis Martinez Senalazo, l'un de ses formateurs, et je crois qu'il a eu du mal à assumer sa célébrité » . El Bofo se cherche et se révèle influençable. Fasciné par son coéquipier Sebastien “El loco” Abreu, le jeune homme copie l'international uruguayen, jusqu'à arborer le même look, des chaussures à la coupe de cheveux.

Apeuré, lors de sa première sélection

Avant la Coupe du Monde, l'idole des Chivas a quitté le Mexique sur une bronca géante. Pour le seul match de préparation joué au pays, le public de l'Estadio Azteca fit œuvre de vox populi en demandant à Javier Aguirre de se passer du Bofo. Depuis le mois de septembre, le neuf et demi n'a pas joué 90 minutes complètes. Ce qui, autant que ses matches de préparation calamiteux, puis l'éviction de Jonathan Dos Santos, alimenta la polémique. « Je crois qu'il s'est beaucoup négligé pour avoir ce physique aujourd'hui » estime son formateur, Martinez. Quand El Vasco appelle le Bofo pour la première fois en 2001, il découvre un joueur à part : « Il était apeuré, je lui ai dit qu'il ne fallait pas s'en faire, qu'on était entre amis » témoignera après coup l'entraîneur.


Depuis, El Bofo s'est affirmé, et cultive sa différence. Surtout les jours de match : teinture blonde ou crâne rasé, chaussures personnalisées ou numéro 100 floqué dans le dos, le loup solitaire verse dans la mégalomanie une fois sur son terrain d'expression. Ce qui irrite et favorise son procès en individualisme quand le contexte se gâte. Avec les Chivas, l'équipe où il connaîtra la gloire, on lui reprochera entre autres choses de ne pas choisir son clan : « Il est dans sa bulle et c'est parfois ce qui ne plaît pas » explique Manuel Vucetich, qui a profité du talent du Bofo dans trois clubs, sans réussir à lui inculquer les commandements de base du professionnalisme. « Il a des concepts bien propres, explique l'actuel entraîneur de Monterrey, quand je l'avais sous mes ordres, il rechignait à défendre, à l'entraînement, il courait quand ça lui chantait » . « Quand il est impliqué, c'est un joueur qui compte » concède toutefois Vucetich.

Avec les Chivas, El Bofo marque 42 buts en 131 matches. En trois ans (2004-2007), il devient une légende du club le plus aimé du Mexique. Tout finit pourtant mal là aussi. Six mois après avoir grandement contribué au dernier titre (2006) du “troupeau sacré”, le petit nom de l'institution de Guadalajara, la direction du club fait comprendre à l'artiste maudit qu'il est temps de partir. Une brouille publique avec son entraîneur en demi-finale du championnat précipite sa chute. La brebis égarée réintègre pourtant le troupeau en janvier dernier. A 31 ans, il ressemblait pourtant à une cause perdue. Aux Jaguares Chiapas, le soupe au lait traînait sa peine, et payait son embonpoint comme son manque d'entrain, régulièrement écarté du groupe. C'est d'ailleurs hors de forme qu'il débarque à Guadalajara, et pas franchement au top non plus qu'il finit la saison. De quoi s'interroger sur sa présence en Afrique du Sud. « Il n'est pas dans son meilleur moment mais c'est un joueur différent qui peut apporter lors d'une entrée en jeu » plaide Romano. La Coupe du Monde, il l'aurait de toute façon vécue : en avril, le grotesque malgré lui avait remporté un voyage pour le Mondial 2010 avec sa banque. En décembre, l'intéressé confiait : « Oui, c'est dur d'être El Bofo » .

Thomas Goubin, à Guadalajara

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